• « Descendre dans le paysage sous la mer. Au fil de la descente, le bleu s'efface, le noir gagne, la parole bavarde pèse sur les poumons, peu à peu il s'agit de se taire, les mots se comptent avec l'air et l'économie des gestes. Au début la profondeur enivre. Celui qui est descendu vers ce non-lieu vagabonde à demi-vivant parmi les voix ? minérale, végétale, animale ? voix multiples du corail, sa respiration devient courte, il est aspiré par l'ivresse de la plongée. D'emblée le monde sous-marin propose un brouhaha aux sons étouffés, une parole grisante, peu audible, puis imperceptiblement l'eau s'impose comme le maître. »

  • Je suis un corps écrit. La mer est un corps écrit. Nos corps dialoguent. Je répète le geste-lecture. Lieu d'une cryptographie - tout est caché, sous une voûte d'eau. Les signes invisibles sont abrités loin, dans le plus petit océan du monde - au fond du ventre des femmes. Je lis la mer. Déchiffre les éphélides, les signes - les lignes et leurs brisures, le désir. Après des mouvements fertiles, le sens de la mer pénètre mon corps : la lumière liquide coule au fond des yeux. Par éclats et fragments de vagues, la chair bleue d'une orange ouvre sa houle. Cette nudité de ténèbres est douce et dure. Elle est le corail des baisers - clos comme un livre.
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  • Sumer

    Sylvie-E. Saliceti

    Voici un conte comme on aime à les entendre et qui n'est pas sans évoquer Les Mille et Une Nuits, les palais de Bagdad et la voix chaude de Shéhérazade.
    Sylvie Saliceti s'inspire très librement de vieilles épopées sumériennes et de misérables lambeaux de chroniques pour rendre un hommage appuyé, exprimé finement et tout en délicatesse, à l'antique civilisation sumérienne disparue voici plus de quatre mille ans ! Elle choisit son terrain, celui de la fiction, à distance des lourdeurs de l'érudition académique, pour évoquer quelques faits saillants qui l'aident à tisser la trame de son action.
    On devine, en filigrane, tout au long de son ouvrage, son admiration pour ce vieux peuple qui inventa l'écriture avant tous les autres. Dans cette aventure, en effet, les Egyptiens sont seconds. Son admiration, aussi, pour une société qui a su, par-delà les guerres et les carnages, tourner son regard vers les autres, tous ceux qui ne parlaient pas la même langue qu'elle. Les Sumériens et les Akkadiens, une population de langue sémitique, fournirent ensemble, dès avant le IV millénaire avant J.-C.
    Un socle duel et stable où se bâtit une culture métisse qui perdura pendant plusieurs longs millénaires, jusqu'aux premiers siècles de notre ère. Le beau livre que nous offre Sylvie Saliceti contribue, à sa manière, à faire revivre dans les mémoires le souvenir de cette antique humanité. Il est d'autant plus précieux qu'aujourd'hui, sur les rives du vieil Euphrate, des hommes livrent une seconde fois Sumer à la mort, par le pillage systématique des sites archéologiques, la destruction et la dispersion d'une part importante du patrimoine de l'humanité.

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