Vrin

  • « Maintenant je viens à un point, lequel est à mon avis le ressort et le secret de la domination, le soutien et le fondement de la tyrannie » - un mystère résumé dans son titre, tout autre que celui de Contr'un qui le réduirait à un mot d'ordre, tout autre aussi que les arrangements factices avec lesquels on a tenté en vain de le confondre. Qu'est-ce donc au juste que cette servitude volontaire ?. Le Discours de la servitude volontaire interroge d'abord une énigme, celle d'une soumission active au tyran, qui fait obstacle à la capacité de penser et étouffe tout désir d'émancipation. Les racines de la tyrannie dont traite La Boétie, se situent à l'articulation de la politique et de l'éthique. Pour autant, ce ne sont pas seulement les repères éthiques qui sont menacés, mais également les frontières de l'individu. Le Discours propose ainsi d'interroger « ce qui se fait en tout pays, par tous les hommes, tous les jours ».

  • Élevé dans la religion chrétienne avant de devenir l'adversaire du christianisme, tout à la fois homme d'étude et chef de guerre, philosophe et empereur, Julien dit l'Apostat est un personnage singulier. Honni pendant des siècles comme traître à la vraie foi, il devient peu à peu une figure exemplaire de la liberté et de la tolérance pour une partie des écrivains européens. Il est l'auteur d'une oeuvre variée, facilement accessible, à l'exception du Contre les Galiléens. Cet écrit de combat dans lequel Julien avait rassemblé ses griefs contre la religion chrétienne a en effet disparu, mais il a été partiellement conservé par les citations qu'en ont faites ses adversaires chrétiens dans leur tentative de le réfuter. C'est à partir de ces répliques qu'on tente depuis le XVIIe siècle de restituer l'ouvrage original. La dernière de ces « restaurations » permet aujourd'hui d'accéder au Contre les Galiléens dans de meilleures conditions et, en comblant une lacune de l'édition, de mettre à la disposition du lecteur ce témoignage historique d'un christianisme contesté.

    Texte grec, introduit et traduit par Robert Muller et Angelo Giavatto.

  • Quelle est la signification du verbe être dans le poème de Parménide? Comment s'y articulent « être », « logos » et « kosmos » ? Ces fameux fragments de l'époque archaïque sont souvent considérés comme le texte fondateur de l'ontologie occidentale. Le commentaire de Magali Année tente toutefois de sortir le poème de Parménide de ce confinement, en proposant une interprétation non pas philosophique mais résolument linguistique du verbe être. En mettant l'accent sur la stratégie énonciative et discursive utilisée par Parménide pour instituer une parole d'autorité, c'est la dimension kosmologique de ce poème, et notamment de sa deuxième partie, qui ressort au grand jour.
    La nouvelle traduction du poème de Parménide, que propose le présent ouvrage, tient compte des acquis du commentaire.

  • Après avoir traité des sens dans le premier livre De la recherche de la vérité,
    Malebranche aborde la question de l'imagination : « l'ordre naturel nous y oblige, car il y a un si grand rapport entre les sens et l'imagination, qu'on ne doit pas les séparer ». Poursuivant son intention et sa démarche pédagogiques, Malebranche s'attache à expliquer avec précision les causes aussi bien physiques que morales du dérèglement de l'imagination. L'on verra comment le philosophe défend l'idée de la supériorité de l'âme sur le corps, prônant ainsi la séparation de ces deux facultés afin de n'admettre que les idées claires et évidentes qui sont données par l'union avec le Verbe.

  • Lettres choisies

    Maurice Emmanuel

    Personnalité majeure de la vie musicale en France dans les premières décennies du XXe siècle, Maurice Emmanuel (1862-1938) a construit une oeuvre originale à la croisée de la création musicale, de la science de l'Antiquité et de la musicologie. Les lettres rassemblées dans ce volume, pour la plupart inédites, révèlent l'étendue des recherches d'un compositeur en quête de nouveaux moyens d'expression, et qui a été un helléniste et un historien de la musique de premier plan. Mais la correspondance de cet artiste emblématique d'une certaine « modernité classique » témoigne tout autant des qualités humaines d'un musicien qui a marqué des personnalités aussi diverses que Léo Delibes, Antoine Marmontel, Théodore Dubois, Paul Dukas, Ferruccio Busoni, Jacques Copeau, Émile Jaques-Dalcroze, Charles Koechlin, Paul Desjardins, Jacques Rouché, Charles Tournemire, Olivier Messiaen, Georges Migot, Henri Dutilleux. Lire ses lettres aujourd'hui, c'est entrer de plain-pied dans la vie musicale et intellectuelle de la Troisième République et découvrir une abondance de témoignages originaux sur les contemporains d'Emmanuel, depuis Saint-Saëns, Franck et Delibes jusqu'à la jeune génération des années 1930. C'est aussi mieux comprendre les enjeux artistiques, politiques et idéologiques d'une période faste de la musique française

  • Lettres

    Marsile Ficin

    • Vrin
    • 29 Mars 2010

    Au fil d'une riche correspondance, Marsile Ficin, donne à voir combien l'Humanisme dépasse le cadre de la redécouverte théorique des textes de l'Antiquité pour renouer avec un authentique «art de vie». Soucieux de concilier les sagesses païennes au christianisme, Ficin ne cesse de convier son correspondant à une conversion, qui lui permettra de se retrouver en lui-même. Ce choix de lettres, extraites de son Epistolarium, témoigne du goût de Ficin pour une philosophie pratique, où l'art du conseil tient la première place.

  • Que peut bien être l'informatique pour nous envahir à ce point? Se fondant sur des travaux récents de philosophie de l'informatique, ce livre revient sur la notion de Machine de Turing et sur la Thèse de Church : l'ordinateur peut-il tout simuler? (le vivant, l'esprit). Eclairant les notions de computation et d'abstraction à la lumière de celles de simulation et d'ontologie, il montre en quoi l'informatique n'est ni simplement une branche des mathématiques, ni une technologie de l'information, mais une technologie des croisements des voies de la référence.

  • -Quel est le rapport entre le roman et la quête du bonheur à l'époque moderne? -Quelles sont les étapes de la maturation du genre romanesque? -La quête romanesque du bonheur passe-t-elle par une intellection de la nécessité historique ou bien par une expérience esthétique autonome? - En quel sens la vraisemblance constitue-t-elle la règle de la création romanesque et le moteur de l'évolution du genre?

  • Comme s'en explique Melville lui-même, le classicisme domine dans l'écriture de ce film noir " à la française " qu'est "Le Cercle rouge".
    Un casse sans spectacle, des héros sans passé incarnés par des acteurs mythiques, une rencontre improbable qui se clôt dans une vision déceptive du monde : le silence qui s'installe entre les personnages renforce le sentiment d'incommunicabilité, de solitude, de froideur. Autant qu'un film noir, Melville semble finalement explorer les pistes du " film froid ".

  • L'Inconscient politique. Le récit comme acte socialement symbolique, paru en 1981, peut être considéré comme le dernier monument de la théorie littéraire du XXe siècle. S'inspirant d'analyses marxistes, Fredric Jameson y explore la dimension narrative de la politique. De quelle manière, et pourquoi, la politique se fait-elle récit ? L'analyse littéraire de Jameson s'attache donc à restituer la nature cognitive et praxique des textes, montrant comment ce réel qu'ils appréhendent se dérobe sans cesse à eux.
    Jameson entend montrer comment les textes individuels projettent par eux-mêmes un collectif humain, c'est-à-dire font oeuvre d'une priorité du politique.
    Fredric Jameson est professeur à l'université de Duke en Caroline du Nord.
    Nicolas Vieillescazes est traducteur, spécialiste d'esthétique et de théorie critique.

  • A partir de la fin du premier siècle de notre ère, la "Seconde Sophistique" voit s'imposer, au premier plan de la vie culturelle du monde hellénophone, des virtuoses de la rhétorique dont l'influence s'étendu bien au-delà de l'école, de la salle de conférences et du tribunal, jusqu'à faire d'eux des personnages dominants dans leur cité, leur province et, parfois, dans l'empire.
    Au tableau, axé principalement sur Athènes, que Philostrate et Eunape ont laissé de cet univers, la documentation épigraphique apporte des confirmations, mais aussi des retouches et des compléments. Elle donne une idée plus précise de la diffusion de ce mouvement, de l'Arabie à l'Espagne, et de son évolution. Elle apporte des éléments de réponse pour un débat ouvert dans le dernier quart du XXe siècle, en montrant que l'importance sociale des sophistes, attestée par les monuments honorifiques élevés par les cités, ne tient pas seulement à leur situation de notables : elle est la reconnaissance officielle de leur rôle spécifique et d'une hiérarchie des valeurs qui fait de la paideia la principale source d'excellence.
    Redéfinissant la place de l'hellénisme dans un monde devenu romain, la sophistique transcende la rivalité entre rhétorique et philosophie en faisant de l'art de la parole l'instrument de diffusion d'un idéal et d'un style de vie proposés à tous les pépaideuménoi de l'empire. Les inscriptions mettent aussi eu évidence la puissance assimilatrice de la culture grecque : beaucoup de ces champions de l'hellénisme sont issus d'Italiens installés en Grèce ou en Asie vers l'époque augustéenne, d'autres sont nés en Commagène ou dans le Hauran.
    Elles attirent l'attention sur le rôle culturel des sanctuaires : l'idée d'un rapport privilégié entre l'homme de culture et le divin était présente, dès avant Aelius Aristide, dans les Asclépiéia. Enfin, quelques documents exceptionnels donnent directement la parole aux orateurs, dont telle plaidoirie ou tel discours a été gravé dans le marbre. L'importance de ce témoignage est désormais reconnue par les historiens de la littérature et de la pensée.
    Mais ces textes restaient dispersés dans une centaine de corpus géographiques et autant d'articles de revues, datant parfois de plus d'un siècle. Aussi a-t-il paru nécessaire de les rassembler en lui recueil qui, tout en répondant aux exigences critiques d'une édition de documents épigraphiques, puisse les présenter, assortis d'une traduction et d'un commentaire détaillé, à tous ceux qu'intéresse l'histoire de la vie intellectuelle, de la vie sociale et des mentalités dans le monde grec sous la domination romaine.

  • Lorsqu'en 1809 paraissent les Recherches sur l'essence de la liberté humaine, Schelling ne soupçonne pas qu'elles deviendront le plus fameux de tous ses livres.
    Il mesure néanmoins que sa philosophie " se voue au devenir " (X.Tilliette). L'exigence qu'il s'impose d'explication du mal par une exploration de sa racine divine contribue en effet à rendre inévitable la refonte du système. Elle contribue en outre à faire de cet ouvrage un texte sans précédent et sans équivalent dans l'histoire tout entière de la philosophie. Le résultat en est une impressionnante fresque dont le motif central tient en ces quelques mots : la liberté humaine pour le bien et le mal.
    Les études qu'on lira dans le présent volume témoignent diversement des fruits de cette audace. Elles proposent de relire le chef-d'oeuvre de Schelling à partir de ses sources (Luther, Leibniz, Bôhme, Kant), de ses interlocuteurs (Baader, Jacobi, Eschenmayer) et de ses grands lecteurs (Schelling lui-même, Schopenhauer, Kierkegaard, Tillich, Rosenzweig, Heidegger, Pareyson). Ces éclairages divers permettent d'en découvrir ou d'en redécouvrir les structures décisives : une logique du néant et de la dualité, une métaphysique de l'amour et de la séparation, une physique du retrait de la nature divine et de l'exclusion du mal, une ontologie de la liberté humaine, une théodicée où c'est l'homme qui dispose de la puissance du mal, une vision de l'histoire où il y va du tout et de sa disjonction.

  • Isagoge

    Porphyre

    • Vrin
    • 3 Mai 2000
  • Lessing était un grand lecteur de fables, mais préférait les originaux aux copies : ainsi revient-il des fables allemandes imitées de La Fontaine aux inspirateurs grecs du fabuliste français, Esope et Phèdre.
    Comment la fable peut-elle s'assimiler à une « doctrine des moeurs » ? Pourquoi cet usage récurrent des animaux dans les fables ? Quelle utilité les fables peuvent-elles avoir, dans l'éducation des enfants notamment ? Cette édition présente également un corpus de fables traduites de l'allemand ; en postface, J.-F. Groulier explore les liens de la fable à l'exposition de la vérité.

  • Qu'est-ce qui fait l'unité de la Krisis ? Comment s'articulent ses différents thèmes ? Depuis sa traduction en 1976, l'oeuvre ultime de Husserl a été souvent invoquée et discutée, pour en critiquer le rationalisme affiché et débusquer les restes de métaphysique, ou bien pour y saluer la naissance d'une figure nouvelle, le monde de la vie. Ce serait vain de vouloir à tout prix saisir d'une seule vue un ouvrage difficile, disparate, riche plutôt de ses tensions, de vouloir y déchiffrer l'unité d'un projet méthodique abouti. La complexité de l'ouvrage n'a pas échappé aux interprètes, mais il existe peu d'études systématiques, sobres, patientes et détaillées. Les commentaires ici rassemblés tentent de dégager le sens et la portée des questions posées par Husserl, l'articulation mutuelle des différents réseaux de problèmes : mathématisation galiléenne de la nature, projet d'une science du monde de la vie, statut équivoque de la psychologie, lien entre sujet et monde. On trouvera ici aussi la traduction d'articles devenus classiques, écrits par Aron Gurwitsch, Ludwig Landgrebe, Iso Kern, Walter Biemel, parce que ces textes ont nourri le débat autour de la Krisis et forment les jalons historiques de sa réception.

  • L'enseignement universitaire du XIIIe siècle se fonde sur le commentaire et la 'dispute'.
    La Sophistria de Robertus Anglicus (1260-1270), dont est proposée ici l'édition critique accompagnée d'une étude historique et doctrinale détaillée, est un témoin exceptionnel de cette pratique de l'enseignement des arts par "mode de sophisme", surtout développé pour la logique et la grammaire. Il s'agit d'une collection d'une trentaine de sophismes, organisée de façon systématique, et préservée dans huit manuscrits.
    On y voit ainsi, en partant du sophisme, énoncé problématique, le maître avancer des arguments, avec ou contre ses bacheliers, à propos de toutes les difficultés qu'il contient, les arguments et solutions fournissant au bout du compte un exposé général de la syntaxe latine. La Sophistria s'insère dans une tradition de la grammaire spéculative, qui, contrairement aux grands traités postérieurs sur les Modes de signifier, met l'accent sur la sémanticité plus que sur la grammaticalité : un énoncé incorrect peut être admis si l'on comprend la raison (ratio) qui rend compte de sa déviation.
    Cette approche, comme l'application très caractéristique de la Physique d'Aristote à la grammaire, permet de rapprocher la Sophistria de l'enseignement parisien des maîtres anglais de la génération précédente, Robert Kilwardby et Roger Bacon, l'appartenance au milieu parisien se confirmant par sa proximité avec le Tractatus de Gosvin de Marbais.

  • Dialectique, littérature

    Collectif

    • Vrin
    • 21 Avril 2006

    Ces études examinent d'une part la dialectique à l'oeuvre dans la pensée de Sartre et dans ses rapports à Kant, Durkheim, Merleau-Ponty ou encore Foucault, et d'autre part la théorie de la littérature développée par Sartre et sa place dans la littérature française.

  • Sur les milliers de lettres que Destutt de Tracy a écrites tout au long de sa vie, près de 250 seulement sont parvenues jusqu'à nous. Parmi ses nombreux correspondants, on compte notamment ses amis Cabanis, Daunou, Fauriel, Maine de Biran et Mme de Staël ou des hommes politiques comme le président américain Jefferson ou le président argentin Rivadavia. En dépit de ses lacunes, cette correspondance est riche d'enseignement dans trois domaines :
    - La biographie intellectuelle du fondateur de l'Idéologie, en permettant à la fois de retracer son itinéraire et la genèse, souvent complexe, de ses écrits et de pénétrer dans sa « société » : ses intimes comme ses amis et, plus largement, son réseau de relations au centre duquel se trouve l'Institut national et les assemblées dont il a été membre : la Constituante, le Sénat sous l'Empire ou la Chambre des pairs sous la Restauration.
    - La philosophie, en mettant à jour tout ce qui le sépare de Maine de Biran, entré en dissidence dès 1802, de Mme de Staël et du groupe de Coppet ou encore de la pensée allemande. Sous la Restauration, on peut voir aussi que Destutt de Tracy reste fidèle à lui-même en refusant de se rallier aux Doctrinaires, aux Éclectiques ou aux Saint-Simoniens et en attendant beaucoup de jeunes savants physiologistes comme Flourens.
    - La politique, où s'exprime une opposition sans concession aux privilèges aristocratiques et plus encore aux pouvoirs religieux, en regard d'un attachement sans faille au régime représentatif et aux libertés individuelles. On peut suivre quasiment à la trace son positionnement par rapport aux différents régimes qui se succèdent depuis 1789 jusqu'à 1830, ainsi que les espérances qu'il place dans les pays neufs, l'Amérique de Jefferson et l'Argentine de Rivadavia.

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