Voix D'encre

  • Bierce l'amer, le Diable hilare, le Tout-puissant Dieu Bierce, l'individu le plus méchant de San Francisco, telles sont les aimables qualifications dont fut gratifié Ambrose Bierce, cette imposante figure des Lettres américaines que Jacques Sternberg tient pour "la figure de proue de l'humour noir". Plus adulé et plus haï que personne, il fut le maître incontesté de la formule assassine, corrosive et sans merci pour toutes les faiblesses d'une créature qui passe pour pensante. L'obstiné lexicographe de nos imperfections... Le présent ouvrage rassemble un bouquet épineux de plus de 600 articles du Dictionnaire du diable, autant de définitions retrouvées bien après la disparition de leur auteur et non traduites en français jusqu'à ce jour.

    BOMBE - Argument de l'assiégeant en faveur de la capitulation, mis avec doigté à la portée des femmes et des enfants.

    COMÉDIE - Le métier du politicien, la science du médecin, le savoir des critiques, la religion des prédicateurs à sensation, en un mot le monde.

    DÉFILÉ - Une multitude de fieffés crétins qui ont oublié de cultiver le sens du ridicule.

    FAUNE - Terme général désignant les diverses bêtes qui infestent n'importe quel endroit, à l'exclusion des animaux domestiques, des ménageries ambulantes et des Démocrates.

    GYMNASTE - Individu qui met sa cervelle dans ses muscles.

    HONNÊTE - Entravé dans sa conduite.

    IMPOSTURE - La vie du commerce, l'âme de la religion, le leurre de la galanterie et le fondement du pouvoir politique.

  • Ce livre est un voyage à travers le royaume minéral qui nous côtoie ou nous habite.
    Portés par une commune intuition, poète et peintre nous guident, au fil de leurs portraits de pierres, dans la profondeur originelle de l'univers vivant.
    Fabienne?Verdier : "Il suffit de broyer un peu d'encre pour que l'alchimie du pin, du musc et du camphre nous donne la clé des songes."

  • « L'inspiration poétique est la forme occidentale de la Voyance. » a écrit Roger Gilbert-Lecomte. En 1928 il crée avec René Daumal Le Grand Jeu, un mouvement qui n'est pas « un groupe littéraire, mais une union d'hommes liés à la même recherche » et tous épris de cette révolte « capable de bien des miracles ».
    Pour répondre à sa quête d'absolu il s'est livré au long dérèglement de tous les sens voulu par Rimbaud . « Il est un des rares poètes d'aujourd'hui, affirme Antonin Artaud, à cultiver cette forme de lyrisme violent, noueux, torride, ce lyrisme en cris d'écorché, qui se pare de mots abrupts, d'images-forces, où la convulsion et le spasme rendent le son de la nature en plein travail. »

  • Certains lacs ont un goût de montagne et de neige qui rend fou de joie le nageur, d'autres, Gafsa, Baïkal, n'ont que leur sonorité pour glisser sous la langue...
    Tout commence avec le lac d'enfance, Aiguebelette

  • "Je suis définitivement à côté de la vie", écrit Antonin Artaud dans ses "Fragments d'un Journal d'Enfer". Ou encore : "Je finis par voir le jour à travers moi-même, à force de renonciations dans tous les sens de mon intelligence et de ma sensibilité".

    Sont ici proposés cinq textes en prose de l'auteur de "L'Ombilic des limbes", à l'époque où il fait partie du mouvement surréaliste :

    - Lettre à la Voyante est publié pour la 1ère fois dans la Révolution surréaliste n°8 en 1926.

    - Fragments d'un Journal d'Enfer figure au sommaire du n° 7 de la revue Commerce en 1926, avant d'être publié en 1927 dans les Cahiers du Sud à la suite du Pèse-nerfs.
    />
    - Héloïse et Abélard paraît dans La Nouvelle Revue Française n° 147 en 1925.

    - Le Clair Abélard paraît dans les Feuillets libres n° 47 en 1927/1928.

    - Lettre aux Médecins-Chefs des Asiles de Fous est publié dans la Révolution surréaliste n°3 en 1925.

    D'un inconscient sauvage, de l'effritement qui le mine, du sang et de cette douleur plantée en lui comme un coin jusqu'à une vérité entrevue, une naissance imminente grâce au contact de la voyante, telle est l'une des voies d'Artaud le Mômo.

  • Né à Paris en 1939, poète, critique et essayiste, Bernard Mazo a publié une dizaine de recueils dont La cendre des jours (Voix d'encre, 2009 - Prix Max Jacob 2010), Cette absence infinie (L'Idée bleue, 2004), La vie foudroyée (Le Dé bleu, 1999) et un essai : Sur les sentiers de la poésie (Melis Éditions, 2008).
    Il figure dans plusieurs anthologies dont Poésie de langue française, 144 poètes d'aujourd'hui (Seghers, 2008), L'Anthologie de la poésie française (Larousse, 2007), La Poésie française contemporaine (Le Cherche Midi, 2004).

  • Meisho-e : dans la tradition picturale nippone vues célèbres, ces estampes bien connues depuis les Trente-six vues du Mont Fuji de Hokusaï ou les Cent vues d'Edo de Hiroshige. Quatre-vingt-onze vues d'un Japon septentrional : les photos ici ne saisissent nullement des lieux fameux chargés d'histoire ou de littérature, mais quelques scènes glanées dans le T?hoku et à Hokkaid?, tout au nord de l'archipel.
    Des scènes surprises dans la ville de tous les jours, entre néons et marchés, gratte-ciel et sanctuaires. Des scènes d'une nature très présente avec ses jardins ciselés et ses brumes, ses monts et ses rochers expressifs.
    Quatre-vingt-onze vues de l'ordinaire, du fugace et de l'intemporel, du sauvage et de l'ouvragé. Des éléments et de l'imaginaire mêlés. Des vues assurément subjectives d'un Japon parmi mille. D'un Japon d'hier et d'aujourd'hui. D'un peuple qui compose en toute occasion. Avec un pinceau, un sabre, un arc, trois vers ou deux baguettes. Avec bois, paille et papier, avec arbres, pierres et fleurs. Avec le silence, le vide. Autant de voies.

  • « Des amis sont dans la peine. Et je les sens si proches. C'est, je crois, ce ciel tendre et léger, tout de pastels bleus et roses et blancs qui pose leur présence ici, tout près, dans l'espace où je suis, assise, un livre ouvert sur les genoux, et oublié. C'est la lumière aiguë et fraîche qui griffe la neige des sommets, c'est la douceur de l'air, peut-être tout ce que l'on voudrait offrir et partager qui doit assurer ce transport de présences aimées. Il penche son grand corps vers celle qui somnole, il tient ses mains et dans ses lointains elle sent les forces qu'il transfuse, elle reconnaît les mains familières et sans doute lui dit-il en silence ce ciel tendre et frais, la lumière aiguë, la douceur de l'air, la jeunesse de la neige. » B. Engel-Roux.

  • « Dieu a tout fait de rien. Mais le rien perce », ironise Paul Valéry dans l'une de ses "Mauvaises pensées". Ou bien : « La vie... cet aperçu ». Sans doute, mais un aperçu qui mérite qu'on s'y attarde pour le scruter au plus vif. Rien de plus essentiel que d'approcher ses intimes rouages, ce moi plein de secrets par une pensée morcelée, aussi légère qu'attentive, aussi profonde que dansante. Que d'approcher la mue opulente du monde si l'on veut s'élargir tout en en goûtant les incessantes nuances, les multiples frissons.

  • Avec sa composition sur trois lignes de 5, 7 et 5 syllabes, avec sa césure (kire en japonais) en fin de première ou deuxième ligne, avec son attention à l'instant présent comme avec sa langue simple et dépouillée, sa neutralité foncière, le haïku est à la fois un genre littéraire, une ascèse et une méthode d'approche du réel.
    C'est avec cette méthode qu'Ailleurs est partout chez lui prend les yeux de l'enfance devant une maman kangourou, contemple un reflet dans une flaque d'eau ou s'attarde devant une mendiante, qu'il partage la vie d'un paulownia ou accueille une ondée fraîche, avec cette méthode qu'Ailleurs est partout chez lui mesure le prix de l'amour au regard du temps qui passe ou du ciel qui s'enténèbre, qu'il sent le vent de la Baltique ou savoure une matinée terrestre, avec cette méthode enfin qu'Ailleurs est partout chez lui rejoint la tradition japonaise du haïku pour noter l'éveil du cerisier, voir brûler juillet dans les oliviers, entendre tomber les feuilles éternellement ou mourir un temps avec l'hiver.
    Pour l'auteur, ailleurs est partout chez lui parce que tout ailleurs est un ici, et le haïku le sait, qui tente d'en dire la présence, si effacée ou manifeste soit-elle, si proche ou si lointaine. Le haïku n'a pas de patrie, il est partout chez lui.

  • « Les lignes de l'attente » défilent sous nos yeux pour nous convier, en toute apparence, à un patient cheminement. Mais cet itinéraire est rapidement bouleversé par le choix des auteurs de brouiller les pistes. Le mouvement n'est pas uniquement linéaire, l'artiste associe d'autres traits, invente d'autres formes géométriques et partage avec le poète l'abandon d'une continuité historique. Les mots s'offrent l'exquise liberté de voguer « à contre-courant » et permettent qu' « une lettre chavire ». Passé et présent se conjuguent dans une multiplicité de lieux, dans un tournoiement, un éblouissement des sens. New York, Brest, Rabat... l'Italie, l'Espagne, la Roumanie sont prétextes à escales pour des rencontres avec l'autre, avec les autres.

    Le rêve, l'absence rythment et riment avec découverte et surprise. L'eau et le feu s'alternent tout comme « les échos de l'ombre » et « les silences chapardeurs » ou encore le « son perfide de la tarentelle ». Les bleus, les ocres, les noirs et blancs composent le décor sur lequel se fragmentent ou se rejoignent les lignes, tour à tour fragiles ou puissantes.

    L'attente est là. L'attente est tension, désir.

  • Une vie assurément bien remplie que celle de Mark Twain : " Si d'une autobiographie on peut faire un livre, la mienne en fait se rapprochera plus d'une bibliothèque ". Apprenti typographe à 12 ans, pilote de bateau à vapeur sur le Mississippi, chercheur d'or malheureux, il finit par se lancer dans le journalisme et devient rapidement un écrivain à succès. Auteur d'une oeuvre protéiforme - romans, nouvelles, essais, contes satiriques ou grinçants, récits de voyages -, il sera considéré par Ernest Hemingway ou William Faulkner comme le fondateur de la littérature américaine.

  • Le père de Monsieur Ubu, le père du Docteur Faustroll, Jarry celui qui revolver pour reprendre le mot d'André Breton. Et encore le père de la Pataphysique, science des solutions imaginaires, science du particulier étudiant les lois qui régissent les exceptions...
    Tout Alfred Jarry est dans chacune de ses oeuvres et réciproquement. Qu'on lise, ou relise, les chroniques réunies ici, publiées dans La Revue blanche en 1901 et 1902 ainsi que dans l'hebdomadaire satirique Le Canard sauvage en 1903. Ces articles sont épicés d'un assortiment de propos nourris par les observations d'un écrivain sur l'homme et ses mille occupations, lesquelles sont toutes égales, grotesques et sublimes, très considérables et très microscopiques. Un écrivain à la stupéfaction jamais épuisée... L'humour jarryque fait son miel du spectacle de la vie sous toutes ses formes, un miel d'une déconcertante saveur. Et dans la vie grâces soient rendues de tout au Seigneur le revolver, l'absinthe et la bicyclette restent toujours à portée de main !

  • L'enfance en crue a pris d'assaut mes pages. Ses voix brisées, ses digues de silence, sa maison rougie au fer et ses poussées dans le noir se sont imposées à moi comme un attentat, que j'ai laissé glisser au tamis du poème.

    Elle a plu derrière ses yeux pour épargner la mère Elle a tendu la joue pour être en ligne avec le ciel fou au-dessus d'elle Elle s'est rasée la tête et ses cheveux pendus font office de conteur Tout entière dans les plis de la mère, son ombre incapable de suivre les contours déchaînés de leurs corps a disparu pour de bon.

  • Jacques Sternberg : Le jeune Ambrose est le cadet d'une famille de neuf enfants nés d'un père pauvre et excentrique, fermier de son état. Un milieu fruste, presque sordide, où très vite Bierce étouffe, déjà marqué par sa haine de la famille et de la pauvreté. Témoin de cette haine bien enracinée : les quatre nouvelles d'humour noir groupées sous le titre Le club des parenticides qui détaillent, avec un splendide luxe de raffinement, l'art de tuer ses parents les plus proches dans les conditions les plus atroces. Pièces magistrales qui, souvent imitées, demeurent des échantillons exemplaires de ce que l'humour noir peut proposer de plus glacial, de plus grinçant et de plus macabre.

  • Partir de peintures et de dessins pour susciter des textes, assurer la trajectoire des pigments aux mots, faire vibrer des correspondances selon les styles et inspirations de chacun des artistes et écrivains. Partir à la découverte de quatorze cheminements entre peintres et écrivains où se façonnent les signes de l'écriture en regard des constructions picturales.
    Donner ainsi à cet ouvrage conçu par Jörg Hermle et Alain Miquel une tonalité particulière.

    Denis Pouppeville - Gilbert Lascault Eduardo Zamora - Bernard Chambaz Victor Soren - Claude Louis-Combet Béatrice Bröder - Anne-Laure Chanel Daniel Livartowski - Vincent Wackenheim Joanna Flatau - Pascale Mérode Abraham Hadad - Marie Nicollas Bernard Thomas-Roudeix - Jean-Durosier Desrivières Elisabeth Walcker - Liliane Ravera Tudor Banus - Claude-Lucien Cauët Jörg Hermle - Jean-Yves Simon Xavier Bureau - Jean-Noël Cuenod Claude Yvetot - Gérard Gantet Kristian Desailly - Pierre Jourde

  • Bierce l'amer, le Diable hilare, le Tout-puissant Dieu Bierce, l'individu le plus méchant de San Francisco, telles sont quelques-unes des aimables qualifications dont fut gratifié Ambrose Bierce, cette imposante figure des Lettres américaines qui disparaîtrait à jamais en 1913 dans un Mexique en proie à la fièvre révolutionnaire. Le présent ouvrage rassemble un bouquet épineux de plus de 600 articles du Dictionnaire du diable, autant de définitions retrouvées bien après la disparition de leur auteur et non traduites en français jusqu'à ce jour. Jacques Sternberg tenait le plus caustique des lexicographes pour la "figure de proue de l'humour noir".

empty