Rue Des Promenades

  • Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pierre, petit Breton sorti brutalement de l'enfance, Perrine, jeune femme trop belle qui sera tondue à la Libération, et Marthe et Marcel, qui volent un bébé né dans un Lebensborn1 nazi, suivent chacun, avec leurs proches, un chemin semé d'embûches. Deux générations plus tard, leurs descendants, Matthieu, cycliste frappé par la maladie, Ève, hantée par l'histoire de sa grand-mère Perrine, et Marc, son compagnon qui tergiverse avec l'idée d'un grand départ, s'interrogent. Comment poursuivre sa route lorsque l'on porte un héritage tantôt héroïque, tantôt pesant ? Quelle place pour ceux d'après, quand ceux d'avant ont déjà vécu des histoires pour cent ans ? Soudain, le pays plonge dans une crise inattendue. L'occasion pour Matthieu, Ève et Marc de créer à leur tour des histoires pour cent ans.
    Grégory Nicolas raconte, avec le ton décalé et la grande douceur qui lui sont propres, les histoires qu'on se transmet de génération en génération, qui nous marquent et dont on se libère pour pouvoir créer les nôtres. D'une grande humanité, Des histoires pour cent ans est un roman où chacun peut se reconnaître.

  • C'est le chemin qui compte est un journal de voyage drolatique et spirituel. Ce que Marie Surgers écrit est intelligent, plein de justesse et de vitalité. Captivant. Réjouissant. Elle transmet quelque chose qui la traverse, elle restitue des ambiances, des paysages, des portraits, et quelque chose de très personnel, la façon dont elle reçoit et filtre tout cela. On y apprend les subtilités de la langue arabe et les plaisirs du backgammon, on y circule en microbus, on y contemple les étoiles du désert et, une fois le livre fermé, on aspire à y retourner.

  • Et puis, le gamay, on le voit vieillir. Il est vif et piquant au départ. Il vous raconte un paquet de trucs car il a de la gueule. Et, petit à petit, il se fait plus discret. Quand il l'ouvre, c'est pour les bonnes raisons. D'ailleurs, on est comme lui : moins il la ramène, moins on cause. On se regarde en général, et on sourit. Parfois il vous déçoit. Il pue le poulailler, ou il est plein de gaz, ou il a le goût de vinaigre. Comme on l'aime bien, on lui trouve toutes les excuses.
    La Part de l'orage célèbre l'amitié et le vin.
    Les cépages sont l'occasion de petites histoires où se mêlent fiction et réalité, jolis termes techniques et amour du vin. On est au milieu de la vigne à la rencontre des vignerons, on est dans la cave, on déguste au comptoir.

  • On découvre dans Le Chameau ivre ce qui a fait pendant plusieurs décennies le quotidien et l'horizon de la « génération brûlée », les enfants de la révolution islamique et de la guerre Iran-Irak. On y retrouve l'attachement au sol dont Henri Michaux parle dans « Mes Propriétés » (La Nuit remue).
    Dix-neuf récits montrent dans le désordre un Iran intime et universel, contemporain et éternel. Une fiction cousue au fil du réel, avec son lot de raccourcis et d'hyperboles. Une voix amie raconte l'Iran et les Iraniens, emmène le lecteur au coeur d'une réalité à laquelle il n'a, le plus souvent, pas accès.
    L'écriture visite les registres comique et tragique avec une élégance gouailleuse, une impertinence orientale faite de distance et de familiarité.
    Il y a du vin et de la violence, des guerres et du yaourt, de la technologie obsolète et plusieurs millions de poissons rouges, autant de ferments de bonnes histoires, celles qui sont vraies parce qu'elles sont faites avec les larmes et avec la joie, et le sel de la vie.

  • Un jour, j'eus l'idée d'ouvrir à nouveau mon agenda. Nous étions le mercredi 10 septembre 2008. à la date du mercredi 10 septembre 1980, je vis : « Istoub, 20 heures, le Fourneau. » C'était un restaurant réputé où seuls, en principe, les autochtones pouvaient dîner. Je voulus tout de même y aller. Pour l'occasion, j'achetai une robe et des escarpins rouges. Le maître d'hôtel ne fit pas de difficultés pour me laisser entrer. Il m'installa à une table, contre le mur du fond, ce qui me permit de voir l'ensemble de la salle. Il n'y avait pas grand monde et personne ne faisait attention à moi. Les spécialités culinaires ne m'étaient plus étrangères. Je pris plaisir à mon repas, mais d'Istoub, point. Je réglai la note assez épicée, pris en souvenir la carte que me tendait le maître d'hôtel et sortis. En passant devant la statue du guerrier Gémor, j'eus l'idée de regarder le rectangle de bristol. Sous l'adresse du restaurant, on avait griffonné quelques mots au crayon noir : « Allez demain rue des Fleurs, au 151, à 18 heures. Istoub. » La Distraction des gares est un fantastique recueil de nouvelles fantastiques. On y visite une foire aux seins et on s'y débarrasse de ses tics. On y croise des trains, une fabrique, une péniche, une esthéticienne, des boucs émissaires, on y déguste un navarin d'agneau et une poule. Mais l'apparente banalité de ces réalités ordinaires est trompeuse. Au détour d'un mot, on est déjà ailleurs. Les repères anciens ne fonctionnent plus, attention, territoires inconnus.

  • Érudit et pince-sans-rire, disert et culotté, John Culard truffe d'anecdotes le panorama de l'art qu'il brosse, des intentionnistes au mouvement Dodo en passant par le Programme des projeteurs. Par ce truchement facétieux, il aborde les thèmes de société, chamboule la bourse des valeurs, met en lumière les paradoxes de notre humanité et nos points de non-retour.
    Il y a du Marcel Duchamp sous ce John Culard, mais l'époque n'est pas la même. Georgie de Saint-Maur excelle à nous faire réfléchir sur ce qui mérite d'être dit, donc sur ce qui compte. Car ne nous y trompons pas : s'il situe délibérément ce récit dans un autre temps, ce dont il parle, c'est bien d'ici - pour ce qu' « ici » veut dire aujourd'hui - et de maintenant.
    Le texte est accompagné de dessins en couleurs.
    Oniriques, c'est par la pertinence de leur décalage qu'ils fixent l'attention. Bref, Julien Couty met son grain de sel, pour donner à l'uchronie de Georgie de Saint-Maur toute sa saveur.

  • Fan.
    Dans les travées du stade à Gap/ Une fan fixe à sa ventouse/ Chaque sportif pour des agapes/ Privées de vin mais pas de grappes, Pampres qu'elle pompe sans sa blouse.

    Partons de Limerick, nom d'une ville irlandaise célébrée dans le refrain d'une chanson du XIVe siècle : « Will you come up to Limerick ? » La ville donne alors son nom à la forme brève d'une historiette rimée reposant sur une situation cocasse, et le plus souvent conclue par une pointe humoristique. Le limerick désigne d'abord des comptines pour enfants ; mais très vite - enfin, au long des siècles suivants - il vient s'accouder au comptoir des pubs populos et, alcool aidant, devient volontiers grivois, voire franchement obscène. Plus c'est gros, plus ça passe, et l'essentiel est d'en rire !
    Les 99 limetricks bernaliens cousinent avec cette lignée, orale et ordurière.
    Les poèmes associent à chaque ville une pratique sexuelle. Les villes sont classées d'est en ouest :
    Un effeuillage des moeurs longitudinal.

  • Mon frère a perdu sa virginité un 13 décembre, Mathilde s'est enfuie un 13 décembre. Je me souviens de cette date car il avait dit : « Tu vois, même pas besoin d'un vendredi 13 », et c'était quelques jours avant Noël.
    Quand il m'a dit qu'il avait fait l'amour avec une fille, j'ai eu une érection. J'étais en jogging, alors mon frère l'a vue et il s'est moqué de moi. Tu imagines la honte ? Il a rigolé et m'a balancé : « Toi, t'es pas prêt d'être dépucelé, mon pote. » Comme je ne voulais pas perdre la face, je lui ai annoncé que j'avais déjà couché avec une fille, ce qui était évidemment faux. Tu parles, j'avais 12 ans.

  • Quand le casque a explosé et a quitté la tête de Jean- Baptiste, le réalisateur a hésité à changer de caméra.
    Finalement, il est resté sur cette image. Le coureur reposait sur le ventre. Ses membres semblaient désarticulés, comme ces mains collantes que l'on jette et qui dégringolent des vitres. La voiture qui le suivait s'est arrêtée à quelques centimètres de lui. Le médecin a fendu la foule des photographes qui s'amassaient autour du champion.
    À proprement parler, ce n'est pas un roman sur le vélo, mais il y est beaucoup question de vélo.
    Il y a des histoires d'amour.
    Il y a des histoires de famille.
    Il y a le parcours initiatique d'un champion.
    Il y a toute la drôlerie et la fraîcheur de Grégory Nicolas.

  • « Jacques Talleman aurait pu fonder l'école des Sorciers amoureux.
    - Pourquoi dis-tu cela, papa ? » Les conversations téléphoniques avec mon père deviennent difficiles. Le fil de ses idées fait des noeuds.
    Ses phrases en montagnes russes m'obligent à des gymnastiques permanentes.
    « On prétendait qu'il connaissait l'avenir, qu'il le lisait dans les plantes du jardin. On disait que ses problèmes d'élocution étaient dus à la sauterelle vivante qu'il avait ingurgitée, enfant. » Un rail de spots s'allume dans ma mémoire : on m'en a parlé, de ce Jacques Talleman, un cousin éloigné qui prononçait si mal certains mots qu'on croyait à des prophéties.
    Exquises comme l'est la confiture servie pour le goûter dans une assiette à motif, les nouvelles de Croisés chez Kordilès ressemblent à des fleurs tropicales colorées et toxiques. Leurs protagonistes, plongés dans des situations étranges, sont à la fois durs et ingénus, fantaisistes et attachants. Ils viennent à bout comme ils peuvent de situations qui les dépassent. Souvent on les déteste, toujours on en raffole.

  • Cléa a rencontré Oscar une nuit en sortant d'une fête. Quelques années plus tard, ses sentiments pour lui s'émoussent et les tourments surgissent. Un jour, sur son lieu de travail, elle fait la connaissance de Julien. Commence une histoire torturante qui la ravage, sans pour autant détruire ce qui la relie à Oscar. Puis vient François. Et toujours Oscar. Exaltée, brisée, angoissée, Cléa est malmenée par son désir.
    Dans ce cinquième texte, Anna Dubosc écrit le désir d'un point de vue féminin, sa nature équivoque et son échafaudage mental. Roman brusque et nerveux, Nuit synthétique est la poursuite obsédante de ce qui se dérobe.

  • Être aux toilettes lorsqu'une fusillade éclate et se dire que sa survie dépend de la vessie des terroristes. Prendre un café avec la petite fille qu'on gardait quinze ans plus tôt lorsqu'on était une étudiante un peu paumée, et se rendre compte qu'on se fait draguer. Apprendre qu'on est séropositif et tout envoyer balader. Voir quelqu'un se faire harceler dans le métro par une personne handicapée et se venger comme on peut. Arrêter de boire après une grosse connerie. Former un couple hors des schémas conventionnels et ne pas savoir totalement l'expliquer à son enfant qui grandit. Se faire entraîner malgré soi dans un happening féministe à des heures indues de la nuit.
    Macadam Butterfly, c'est l'amour, le sexe, la mort, les espoirs, les idéaux, les peurs, la drogue, la violence, la tendresse, les épreuves et l'humour : une série d'instantanés du quotidien intimistes et intrinsèquement politiques.
    Tara Lennart trace à coups de mots révoltés les multiples facettes de notre condition humaine contemporaine.
    Son regard acéré, souvent sombre, n'exclut pas le coup d'oeil amusé, sans jamais tomber dans le cynisme.

  • Le jeu commence et toi tu pars Longeant le square des Batignolles Étoile étiolée ton regard Envie ces vieux qui batifolent D'un trottoir, de la vitre d'un autocar, d'une terrasse de bar, Bernal frôle de son oeil photographe les villes qu'il arpente et traverse. Badeau badin, il les décante à froide ironie et les restitue dans ce recueil, dépliant ses cartes truquées, proposant ses dérives et détours de distrait, installant sa géographie du dur.

  • Qui est-elle, Sofia, la fille derrière le comptoir ? Avec Chloé et David, elle travaille « Chez Ben », snack de quartier. Et puis elle a un mari, elle voudrait un enfant. Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, simple et tranquille. Cet emprunt à Paul Verlaine incarcéré dit bien ce que ressent le coeur à lire La Fille derrière le comptoir. Anna Dubosc nous emmène dans ce monde-là, qui est aussi celui des frères Dardenne, où la simplicité dit la complexité de la condition humaine.

  • Une expression féminine des joies et des tourments qui font le flot des jours. Au fil des nouvelles, Junie Terrier explore toutes les facettes du mystère de la relation : ce qui nous lie et ce qui nous sépare, ce qui nous tue et ce qui nous fait vivre.
    Les héroïnes de Junie, femmes ou enfants, sont des amoureuses. La famille, aussi, prend une grande place.
    Le couple, les liens parent-enfant, les liens fraternels se tissent, dans leur infinie variété. C'est quasiment en entomologiste qu'elle visite les émotions et les sentiments, les joies et les souffrances qui habitent les personnages. Pour autant, elle parvient à nous plonger dans leur état de passion.
    Ainsi, Iris donnera la vie après sa traversée du désert, Juliette partira à la recherche de son petit frère dans une ville en guerre, Camille cavalera au Père Lachaise pour faire le deuil de son papa, Estelle grandira en subissant sans la détecter la domination de Dario, Nina croisera dans le TGV le fantôme de son père, Clara sera jalouse de sa demi.
    Les femmes changent, Junie Terrier nous raconte qui elles deviennent.

  • Il y a bien des choses qui prennent dans nos vies une grande place mais on ne le dirait pas. Ainsi, le lait. Les Litanies du lait partent à la rencontre du demi siècle écoulé sous cet angle singulier. L'industrialisation de l'élevage y côtoie les recommandations de la faculté quant à l'allaitement maternel, la poésie, la cuisine des familles et le cocon de la relation qui se tisse avec ceux que nous aimons, au fil des jours.

  • Diane s'est mise à jongler avec trois oeufs, en faisant des petits pas en avant et en arrière. Puis après elle a fait sauter les crêpes en tournant sur elle-même, avant de les rattraper. On était tous à la regarder. Christian a ricané qu'elle aurait pu faire autre chose que crevarde. Elle a continué de faire sauter ses crêpes sans le calculer. Elle savait bien qu'il la charriait parce qu'il l'aimait encore. Même moi, je le savais, ça sautait aux yeux. J'ai pensé que cette fille-là, c'était du feu et qu'il valait mieux pas en tomber amoureux.
    Si Arnaud n'avait pas été voir un film vendredi soir à Loctudy, il ne se serait pas fait doubler serré par un camion, et jamais il n'aurait rencontré Diane et Pierre. Ça tient à peu, des fois.
    Les teintes sobres de l'écriture d'Anna Dubosc font de ce récit simple - l'histoire d'une rencontre ratée, d'une famille qui n'arrivera pas à se construire - un instant de grâce.

  • Anna Dubosc raconte Koumiko Muraoka :

    Elle n'a pas le droit de sortir, mais on s'en fiche, on sort. Elle enfile sa doudoune. En dessous, elle porte un tee-shirt et un survêtement. Je regarde la peau de ses chevilles fripée. Elle n'a pas ses bas de contention, elle dit que ça la serre trop. J'ai beau lui expliquer que c'est fait exprès, elle est convaincue que c'est mauvais.
    J'insiste, j'ai peur qu'elle meure d'une embolie. « Il faut que tu mettes tes bas, c'est important, maman. » Mes mots s'enfoncent comme dans un cauchemar d'impuissance.
    « On verra ça plus tard. Je peux pas tout faire, j'ai trop de choses à penser ! » D'un coup, je la crois. Que je m'inquiète pour rien, que je l'emmerde pour rien. Qu'elle ne va jamais mourir, qu'elle n'a pas le temps de mourir, qu'il n'en est pas question.


    Koumiko est l'occasion, pour, Anna Dubosc, non seulement de parler de sa mère atteinte d'une maladie dégénérative, mais aussi de nous faire saisir ce qui compte, le fait d'être en vie ici et maintenant, en relation avec ceux dont nous procédons, même quand cette relation est attaquée par la maladie.
    Anna Dubosc invente une façon de parler de la douleur et de la plénitude, qui est sa façon de les connaître. Nous nous y reconnaissons.

  • Un type passe avec sa nuit personnelle sous le bras. La pluie cesse.
    Un homme marche le bras dans le dos, remplaçant sa vertèbre manquante.
    Les images fortes de Pupilles de fourmis sont peu conformes aux canons des voyages vendus tout compris. Tableaux intérieurs, traces psychiques d'un instant insolite ou d'une intimité surprise, elles viennent de Chengdu, de Vârânasî, de Berlin, de Murazzano, de Londres ou de New-York, où le poète, au fil de ses voyages, les a notées. Le monde et la vie sont ici dépeints à travers un autre prisme, comme vus au travers de pupilles de fourmis.
    Les raccourcis de la poésie de Jérôme Karsenti vont directement au coeur de ce qu'il y a de plus intime et de moins exprimable. Ils restituent la force des liens entre les êtres, et leur aliénation. Ils les scannent et en impriment, dans les yeux du lecteur, une image psychique.
    La perception routinière de la réalité cède la place à celle que propose le poète, qui donne d'autres repères, fait toucher la matière - métal, bois, sable, verre - en même temps qu'il nous la dévoile en mouvement, en interaction avec ce qui vit.
    Jérôme Karsenti touche le paradoxe d'être tout à la fois illusionniste et illusionné, seul et en relation vitale avec l'autre.
    En quelques lignes, il esquisse la comédie humaine. On voudrait y entrer et jouer. Prendre le risque.

  • Dimanche dernier on a décidé d'être heureux, on tressaille de joie, nos sourires affolés gâchent la journée des gens qui ont perdu à jamais leur innocence.
    On a récupéré notre virginité en fracassant l'indifférence des portes fermées.
    On passe de l'autre côté de la rue pour fermer les yeux de la laideur avec nos mains crasseuses d'amour après son dernier soupir. J'échange la moitié de mon sang contre la moitié du tien. L'équilibre est atteint, la laideur peut crever.

    Ksénia Lukyanova parle de l'amour d'une écriture frondeuse à l'élégance insolite. Ses textes pétris de vitalité disent les relations qui se tissent et se défont.
    Elle en explore la part de lumière et d'ombre, en soupèse le terrible, en dit la merveille. Pour reprendre ce que Blaise Cendrars pensait du peintre Chagall, elle écrit avec toute la sexualité exacerbée de la province russe. Écrits à l'occasion d'une rencontre amoureuse qui n'a pas duré et dont elle raconte les épiphanies, ils interpellent et touchent le lecteur.

  • Rebecca, obsédée par les frites, et John John, instable, résident à la Sama, asile pour champions à la retraite. Confits dans leurs obsessions, ils vont leur chemin dans un grand n'importe quoi, leur normalité. Au fil des pages, gare à la contamination. On pourrait bien finir par remplir le petit coupon-réponse, afin d'être informé du prochain emplacement de la baraque à frites qu'ils installent sur les courts de tennis.

  • Spéracurel est un recueil d'instants d'une vie :
    Des ballades dans Paris, à travers l'enfance, les découvertes, l'apprentissage de la mort, les relations familiales, amicales, amoureuses.
    Des scènes où l'ordinaire bascule dans l'insolite, l'instant défie le temps, le commun confine au spéracurel.
    « J'ai trouvé un appartement à Bonne Nouvelle.
    Je n'ai rien écrit pendant des mois.
    J'étais désespérée. Il n'y a qu'une chose qui m'apaisait. Quand j'allais faire mes courses rue du Faubourg-Saint-Denis, je sentais la foule tout autour de moi et j'étais bien, en paix. »

  • Pour ceux pour qui il n'y a pas de fin heureuse, que les abysses méphitiques du web fascinent, ou que les qualités d'une écriture riche enchantent.
    Sens Interdit On suit, au fil des jours, une équipe de journalistes qui sillonne l'Europe pour produire du spectacle à partir de faits divers atroces. Jour après jour, on s'enfonce.
    Je suis une partie intégrante du processus. Mon engagement est confirmé. Notre équipe soudée, professionnelle et rodée sillonnera l'Europe de deuils en enquêtes, mêlant scoops, bidonneries et conjectures, sous la forme de petits programmes multilangues, version non censurée....
    Nous faisons la tournée des enfers stupides. Et je n'en oublie aucun.
    J'irai disperser tes cendres Un homme questionne ses souvenirs au moment où il doit se séparer d'une aïeule aimée.
    La Bretagne défile derrière le pli du monde, le soleil bascule, la ville prend forme. J'arrive à Saint-Malo, il fait nuit.
    C'est une histoire de deuil. Une histoire de cendres à faire infuser dans le sel marin.

  • Martin Rahin pose sur l'intime et sur le monde un regard « humide d'idéal détrompé ». Dans l'interstice entre sa vision et sa prise de parole, il crypte la réalité, il dégage ses ailes de la gangue du cocon originel, il affûte son langage et le plie à son dire.
    Si l'outil qui la façonne est une forme de rêverie, les matières premières de la poésie de Martin Rahin sont le réel et le langage. Martin Rahin travaille ce dernier comme Giacomo Giacometti forge ses sculptures :
    Rien de gras, la matière livrée comme brute mais pourtant martelée. Et le résultat, énigmatique mais familier, doté de l'éclat métallique des médailles et puissamment évocatoire, nous interpelle.
    Un poète qui n'a pas fini de nous surprendre !
    Un manifeste qui a valeur de promesse.

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