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  • L´Orwell essayiste a écrit de très nombreux essais, la plupart parus dans la presse de l´époque. Peu cependant traitent directement de la liberté d´expression et de pensée, thèmes chers s´il en est à l´auteur de La Ferme des Animaux et de 1984. Dans ce petit texte offensif, prononcé à l´occasion d´un événement en faveur de la liberté de la presse, Orwell s´insurge contre les discussions sur le sexe des anges quand elles ne sont pas de franches louanges envers le communisme soviétique et l´URSS. Il se livre ensuite à un plaidoyer prémonitoire et lucide sur la nature du totalitarisme et ses rapports avec la liberté d´expression, les écrivains et la littérature en tant que telle - la littérature avait en effet toujours été la passion d´Orwell, qui n´écrirait 1984 que quelques années plus tard. C´est dans ce texte qu´il faut lire la défense qu´en fait Orwell, dans des termes et au moyen d´analyses qui n´ont rien perdu de leur pertinence aujourd´hui.

  • L'univers et soi

    Ernesto Sàbato

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    • 17 Septembre 2020

    L´Univers et soi (1945) rend compte de la crise existentielle qui s´empara d´Ernesto Sabato et qui allait venir en Occident. Dans cet abécédaire qui lui valut l´un des prix les plus prestigieux d´Argentine (décerné par un jury où siégeait son illustre ainé Bioy Casares), le jeune Sabato, déjà lucide, méditatif, drôle, révolté, passe en revue les faits politiques et philosophiques hérités du XIXe siècle et analyse leurs conséquences au siècle suivant. Il y exprime son interrogation permanente quant à la nature et la condition humaines, et s´élève contre la pseudo-neutralité de la science. S´y trouvent avec une fulgurance aphoristique aussi bien des entrées sur la découverte de l´Amérique, le fascisme, la théorie de la relativité, Galilée, Newton ou le surréalisme.
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  • Paru de manière posthume, resté de manière bien inexplicable en marge par rapport au reste de l'oeuvre de Drieu, ce texte est pourtant d'une importance capitale pour saisir Drieu et son destin. Confession d'une sincérité désarmante et d'une qualité littéraire indubitable, Récit Secret joue un grand rôle dans le mythe littéraire qu'ont construit ses admirateurs. Mettant le suicide (dont il aura beaucoup parlé, notamment dans son court roman le plus connu, Le Feu Follet) au premier plan de son oeuvre comme de sa vie, Drieu semble anticiper un destin qui, selon lui, n'a fait que l'attendre. Calme, méditatif voire résigné, se plaçant au-dessus de la politique, même si l'on ne peut faire abstraction des circonstances dans lesquelles Drieu l'écrivit, ce récit est une magnifique porte d'entrée pour ceux que son oeuvre effarouche injustement encore, comme pour ceux qui voudront connaître un Drieu plus intime, connaître le dernier Drieu.

  • Topologie de la violence

    Byung-Chul Han

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    • 24 Septembre 2019

    Byung-Chul Han poursuit dans ce livre capital son analyse alarmante d'une société sur le point de s'effondrer, débutée dans La Société de la fatigue. Se concentrant sur la relation entre violence et individualité, il montre que malgré la thèse répandue selon laquelle la violence aurait été éradiquée de nos sociétés modernes, elle a seulement changé de forme pour opérer plus subtilement. Les formes martiales et anciennes de la violence, émanations de la négativité, visibles et assumées, ont laissé la place à une violence plus anonyme, désubjectivisée, systémique, qui ne se déclare pas en tant que telle car elle est devenue invisible et se confond avec la société elle-même.

    S'appuyant sur Freud, Benjamin, Schmitt, Sennett, Girard, Agamben, Deleuze, Foucault, Bourdieu ou encore Heidegger, Han étudie les formes classiques de la violence issues de la négativité - la violence archaïque du sacrifice et du sang, la violence virale du terrorisme, la violence verbale des paroles blessantes - avant d'analyser la violence nouvelle, issue de la positivité, et qui se manifeste par le sur-accomplissement, la sur-production, l'hyper-communication, ou l'hyper-activité - et qui n'est pas moins dangereuse pour l'individu qui souhaite être libre.

  • A l'été 1968, Pier Paolo Pasolini inaugure une rubrique dans l'hebdomadaire «Tempo» qu'il intitule Le Chaos: c'est l'année des contestations, des manifestations étudiantes, de la lutte pour les droits civils. Dans un pays qui est en train de changer rapidement, Pasolini intervient de manière fortement polémique sur les thèmes dominants du jour, et qui sont prétextes à des réflexions - réunies ici pour la première fois avec une préface d'Olivier Rey - fondamentales et novatrices : la condamnation de la télévision, la question émergente de la jeunesse, les positions de l'Eglise, les accusations du capitalisme. Il profite également de cet espace de liberté pour livrer à l'inspiration de magnifiques pages poétiques et littéraires, sur le cinéma, l'écriture, sa propre vie ; il polémique par lettres avec avec Moravia, dialogue avec des lecteurs ; il écrit à Viscond, sur Ungaretti, sur le festival de Venise, rédige des poèmes inédits sur New York, se laisse porter par le charme de Lyon ; il mentionne de jeunes intellectuels comme Régis Debray et Daniel Cohn-Bendit avec ironie et tendresse. Un grand livre, à la profondeur, à l'ampleur, à la beauté et au charme infinis.

  • L'agonie du christianisme

    Miguel de Unamuno

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    • 3 Juillet 2016

    Ce livre percutant a été écrit par Unamuno lors de son exil parisien douze ans après Du Sentiment Tragique de la Vie (1913). Il rappelle qu'Unamuno est avant tout un grand auteur européen, s'inscrivant dans la lignée de Pascal ou encore de Kierkegaard. Exilé aux Canaries par Primo de Rivera après avoir remis en cause le roi d'Espagne, Unamuno part pour la France où, dans la souffrance et la solitude, il rédige ce court essai qui prend pour objet la foi, entendu comme effort personnel et véritable et non comme pratique sociale. Rappelant avec finesse, érudition et force que, sans cet effort, sans ce combat et cette lutte permanents pour conquérir et reconquérir la foi et la vérité du christianisme, toute vie religieuse et spirituelle est vouée à la mort et à la disparition, il propose une inclination vers un ascétisme sans cesse renouvelé qui prend part au monde pour mieux le vivre. Posant comme problématique l'institutionnalisation des religions et la nécessité angoissante de la liberté pour qui veut maintenir la vie de l'esprit vivante et incarnée, Unamuno rappelle la nécessité de l'engagement personnel et la responsabilité que tout individu, qui désire être, porte envers lui-même.

  • Asklépios, le dernier Grec

    Miguel Espinosa

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    • 15 Décembre 2016

    Récit lyrique et philosophique d'une grande profondeur et d'une grande beauté, dans le sillage de l'Hyperion d'Hölderlin, Asklépios est une excellente porte d'entrée dans l'oeuvre de Miguel Espinosa. Il y met en scène un être dont le destin est celui d'un Grec classique né par erreur dans le monde moderne. Tout entier tourné vers le Vrai, le Bon et le Bien, Asklépios traverse l'existence, de la naissance à la mort, de la découverte de l'amour à la découverte de soi, dans un style dense mais limpide, d'une solaire mélancolie. Miguel Espinosa mit beaucoup de lui-même dans ce texte qui n'est ni une confession, ni un jeu littéraire, ni une fuite idéaliste hors du temps - mais une recherche assoiffée de soi-même, vertigineuse et vraie. En quelques lignes, il nous arrache au temps pour nous plonger dans l'intemporel, et enfin nous le restitue dans une forme plus pure ; comme toutes les grandes oeuvres.

  • « Pour sûr ! Le père Homère, le barde grec à la blanche barbe, n'eût pas chanté le noble Ulysse, non, mais le noble chevalier Schenapahnski, si le hasard n'avait voulu qu'il vécût à une époque où il n'y avait ni piano ni cigares de Manille, où l'on ne pensait pas plus à Berlin qu'à Don Carlos. Homère est mort. Moi, je suis vivant. Et c'est ce dernier point qui me réjouit le plus. Ce que Homère ne put faire, je le fais. Homère chanta Ulysse - je rends gloire au chevalier Schenapahnski ».

    Ainsi commence le premier roman feuilleton allemand, paru dans la gazette de Marx & Engels. Il a pour héros un chevalier à la moralité douteuse que nous suivrons dans ses aventures galantes et sa soif de renommée ; nous le verrons tomber dans les abysses de l'indigence morale et pécuniaire : en cours de route, il s'entichera de la comtesse de S. ; affrontera au sabre le comte de G. ; s'endettera dans une affaire de diamants pour les yeux d'une belle ; partira en Espagne pour s'engager comme reître dans les rangs de don Carlos, avant de faire la cour à une richissime et chauve duchesse qui, avec la clé de son coeur, lui livrera celle de sa fortune et des honneurs au parlement de Francfort.

  • Il était écrit que le dernier roman de Drieu ne comporterait pas de politique, ou si peu, comme si, malgré les apparences, et comme il l'a écrit dans Récit secret, son autre grande oeuvre posthume, cela n'avait pas tant compté dans sa vie. Roman de formation d'un jeune peintre, inachevé, Les Mémoires de Dirk Raspe est probablement le plus beau et le plus abouti des romans de Drieu. Prenant la vie de Van Gogh comme prétexte, d'une finesse étourdissante, ce roman qui traite de l'art, de la peinture, de l'artiste, des pauvres et des déshérités de Flandres, a parlé et paradoxalement comme aucun autre du Drieu intime, véritable, du Drieu essentiel qui, pour une fois, trouve une juste distance entre confidences de soi et récit romanesque. Les tensions et contradictions de l'artiste vis à vis des femmes, des pauvres, de la foi et de la politique, conduisent ce héros ascétique, affligé par sa laideur, au bout de lui-même et de la beauté du monde. Un grand roman, dont la lumière sombre et tantôt franche n'a pas fini de nous éblouir.

  • Alerte virale ; quand la colère est plus forte que la peur (la crise du coronavirus en Chine) Nouv.

    Écrit en pleine crise du coronavirus en Chine, ce petit livre est un brûlot qui valut à son auteur, intellectuel prestigieux et réputé, d´être démis de ses fonctions à l´université de Tsinghua avant d´être emprisonné. En colère contre la gestion calamiteuse du Parti unique du coronavirus, Xu décrit incrimine impitoyablement le système de plus en plus autocratique mis en place par Xi Jinping et passe en revue tout ce qui a contribué à la crise : corruption, lâchetés, incompétence, mépris de la vie humaine et du peuple, tyrannie, politique de cour, censure, totalitarisme, surveillance globale et numérique. Ce texte courageux, écrit par un intellectuel d´un grand courage, offre une vision de l´intérieur sans pareil de la situation chinoise actuelle.

  • Philitt N.11 ; déclin et salut de la littérature Nouv.

    Dans ce 11e numéro de Philitt (désormais éditée par les éditions R&N), articles, essais et entretiens permettent de s´interroger sur l´état de la littérature contemporaine, en mêlant critiques et apologies. Si certaines pratiques du milieu de l´édition favorisent le développement d´une littérature commerciale et obligent à redéfinir le statut d´écrivain, des entreprises authentiquement littéraires perdurent et méritent d´être valorisées. Contre la tentation d´une déploration univoque de la perte de la littérature, la revue tient à rappeler que la littérature vit toujours à travers certaines grandes figures contemporaines. Un numéro rafraîchissant, ample, à la pointe d´aujourd´hui, avec certaines grandes plumes (Krasznahorkai, Cartarescu.), à ne louper sous aucun prétexte !

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