Peter Lang Ag

  • L'invasion allemande d'août 1914 suscite en Belgique un véritable sentiment patriotique qui se manifeste par la résistance imprévue de l'armée belge. À Noël 1914, les troupes impériales sont enlisées dans les plaines de la rive droite de l'Yser. Le viol de la neutralité belge comme les violences de la soldatesque déchaînent un sentiment antiallemand qui anéantit du jour au lendemain l'admiration vouée jadis par les Belges à l'Allemagne. Ce rejet concerne dès lors tout ce qui touche à la culture germanique. Or, l'adoption du suffrage universel pour les hommes au sortir du conflit met progressivement fin à la « Belgique française ». Ce deuxième tome de la série Histoire, Forme et Sens en Littérature : La Belgique francophone aborde l'impact de ces événements sur les grands auteurs de la génération léopoldienne. Ensuite, il s'attache, à travers la nouvelle génération d'écrivains, à l'affirmation du fantastique réel chez un Hellens ou un Thiry, ainsi qu'aux novations langagières et formelles des Michaux, Nougé, Plisnier ou Crommelynck. Il dialectise ces esthétiques souvent remarquables avec l'hypostase de plus en plus exacerbée de la langue française et de la France, portée à son acmé par le Manifeste du lundi. Il rend également compte de la mise en place d'une historiographie littéraire bien plus complexe que les simplifications du Manifeste. Portée par les fourgons de la défaite de mai 1940, la reviviscence du mythique chez Maeterlinck, Ghelderode, Hergé ou Nothomb surgit comme une réponse très belge à la faillite du réel. Les contrepoints de Victor Serge à l'égard des deux conflits mondiaux le confirment à leur manière. Les deux premiers volumes de la série Histoire, Forme et Sens en Littérature : La Belgique francophone ont été récompensés en 2017 du prix Lucien Malpertuis. Le présent ouvrage, deuxième volet, s'est quant à lui vu décerner en 2018 le prix annuel de l'Académie des littératures 1900-1950.

  • Cette cartographie de la production littéraire brésilienne actuelle révèle des dynamiques spatiales originales, en rapport avec l'émergence de nouveaux acteurs et mouvements sociaux, et donne une vision panoramique des tendances de cette production tout en scrutant chacun des éléments qui participent à la définition de ses contours. Les différentes études visent à préciser les mutations thématiques et formelles qui inaugurent de nouveaux enjeux esthétiques et repositionnent le discours littéraire dans ses façons de voir, d'évoquer et d'interpréter des espaces, des acteurs et des mouvements sociaux. De quel(s) Brésil(s) cette production parle-t-elle ? Quelles images du Brésil saisit-elle et engendre-t-elle ? Quels paysages réels et imaginaires privilégie-t-elle du Brésil ? À quelles modalités thématiques et formelles a-t-elle recours pour dire et (re)signifier le présent ? De quelles stratégies particulières la littérature brésilienne dispose-t-elle pour intervenir dans le discours social de son temps (inscription, dialogue, transgression de la convention sociale) ? Centrée sur les rapports entre faits sociaux et pratiques discursives d'une part et l'imaginaire de l'espace brésilien d'autre part, cette cartographie littéraire du Brésil offre ainsi au public de langue française un témoignage de la diversité et du bouillonnement qui caractérisent aussi bien le domaine de la création que celui de la critique littéraire brésilienne.

  • Parfaitement contemporains l'un de l'autre, Marguerite Yourcenar et Alejo Carpentier ne se sont jamais lus. Ils ont pourtant interrogé avec la même passion les modalités poétiques d'écriture de l'histoire, tant dans leurs récits de fiction que dans leurs essais. Sur la foi d'une approche résolument comparatiste, ce livre veut faire dialoguer le « roman à histoire » yourcenarien et la novela con historia latino-américaine. Les yeux grands ouverts sur le passé, nos deux romanciers historiens mettent à l'épreuve les historiographies traditionnelles pour proposer un mentir-vrai romanesque plus authentique que tous les livres d'histoire, qui ont pourtant nourri leur imagination. Par le truchement d'écoles de pensée contemporaines, telle que les Annales et la Nouvelle Histoire, cette confrontation inédite se propose de repenser les rapports entre le roman et l'histoire, et d'aborder le territoire périmétré d'un grand auteur, non pour le soumettre à l'impérialisme d'un autre, mais pour que de la rencontre naisse de nouvelles perspectives culturelles.

  • Que peut-on attendre d'un « citoyen du monde » dans l'espace européen à venir ? Que représente le cosmopolitisme en Europe ? Voici quelques-unes des questions posées par cet ouvrage qui présente les réflexions de chercheurs européens et non européens sur le cosmopolitisme. Les regards des spécialistes sur la question sont variés et la réalité est analysée à partir de différentes disciplines. Ainsi, science politique, histoire, droit, langues, littérature et civilisation se conjuguent pour présenter une vision toujours évolutive, parfois idéale, du cosmopolitisme. On considère souvent le cosmopolitisme comme obsolète. N'est-ce pas, au contraire, une des réponses possibles à la crise que traverse l'Union européenne en ce début de XXIe siècle ?

  • Un autre livre de cette collection, De la belgitude à la belgité, s'attachait à la fortune critique et au renouvellement foncier que la Belgitude apporta aux études consacrées aux lettres belges francophones. Celui-ci s'attache à la dynamique créatrice elle-même. Il le fait à travers des oeuvres qui précèdent, accompagnent ou font suite à ce mouvement de remises en cause et en perspective que fut la Belgitude. D'Hubert Juin et Henry Bauchau à Pierre Mertens, Thomas Gunzig, Nicole Malinconi, Françoise Mallet-Joris et bien d'autres, le lecteur peut ainsi se colleter à une dynamique littéraire féconde, riche de mille et un jeux d'affirmation/travestissement identitaires. Origine historique et spécificités de ce mouvement sans véritable équivalent européen sont ainsi mises en exergue au travers d'une plongée qui est à la fois celle de la fin de la modernité en Europe et, pour la Belgique, de l'entrée définitive dans le fédéralisme étatique. Le texte éclaire tout autant le perpétuel jeu de rapports belgo-français que l'empreinte du silence d'Auschwitz sur la dynamique de cette génération.

  • Que serait le territoire de l'errance lorsqu'il perd ses frontières au coeur du langage ? Une plongée extatique dans la violence et l'indicible ? Un geste poétique qui délivre les chairs et les êtres pour mieux les oublier ? Une mémoire sans cesse revendiquée qui inscrit son exigence dans les amnésies du passé ? Ou le chant désespéré d'une écriture qui fouille et écartèle les sources de la voix et les origines de la création ? Architecture de la composition et de la décomposition, rétive à toute soumission, l'oeuvre de Raharimanana puise dans les formes esthétiques malgaches, les textes sacrés et les traditions orales pour les conjuguer aux inventions langagières les plus vivifiantes. L'oeuvre littéraire permet ainsi une appropriation unique de la déchirure, la transgression ouvrant à l'hypothèse d'une union. Si les corps sont meurtris, si les enfants se jettent sur les rochers et si les mères sont violées, c'est dans la volonté d'interroger la littérature quand elle échappe aux classifications et aux normes pour proposer en hallucinations les vérités de la misère et de la domination. N'hésitant pas à plonger dans les pages les plus noires de l'histoire coloniale, le livre de Jean-Christophe Delmeule met en exergue une des écritures francophones parmi les plus singulières et les plus audacieuses.

  • Cet ouvrage propose une lecture critique et traductologique d'un vaste corpus de littérature de jeunesse, allant des contes créoles, persans et roumains jusqu'aux textes ludiques contemporains, en passant par des textes classiques de Charles Perrault, Carlo Collodi ou Hector Malot. Dans un premier temps, l'ouvrage se développe à partir des concepts de lecture, de relecture, de réécriture, avant de se pencher ensuite sur ceux d'adaptation, de remaniement, de retraduction, en accordant une place privilégiée aux stratégies traductives visant à rendre la dimension culturelle d'un texte pour enfants. Cet ouvrage, à travers la triple expérience de l'auteur comme enseignante, traductrice et traductologue, témoigne d'une ouverture vers des littératures moins connues et explorées, ainsi que d'un intérêt constant pour le dialogue interculturel.
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  • Tour d'horizon pluriel des questionnements identitaires à l'oeuvre ou sous-jacents dans les littératures africaines francophones ou lusophones - et, à un moindre égard, anglophones -, les contributions de ce volume explorent des problématiques transversales à ces champs littéraires. Elles analysent notamment la complexité des images que les littératures européennes (tout particulièrement celles des anciennes puissances coloniales) se font ou entretiennent de l'Autre africain ; et vice versa, celles que les littératures africaines projettent ou véhiculent de l'Europe et des Européens - spécialement des anciennes puissances coloniales. Quelque cinquante ans après la vague de décolonisation de l'Union française, des territoires africains de la Couronne britannique, des colonie et protectorats belges, et du début des insurrections dans les colonies portugaises, cet ouvrage laisse voir comment des littératures africaines et européennes inscrivent des identités africaines dans une plongée complexe et nuancée. Un processus postcolonial loin d'être arrivé à son terme. Un livre charnière.

  • L'écrit d'artiste se cristallise historiquement à la Renaissance pour constituer ce qui, avec les périodes moderne et contemporaine, apparaît aujourd'hui comme une tradition féconde. En Belgique, où la proximité entre peintres et écrivains a toujours été particulièrement intense, nombreux sont les artistes qui ont prolongé le geste du pinceau par la plume. Souvent envisagée sous l'angle de l'analyse des « écrits d'art » (critique d'art ou transposition littéraire d'oeuvres picturales) et des pratiques « mixtes » où mots et images se partagent le même espace (logogrammes et poèmes visuels), l'étude des rapports solidaires qu'entretiennent champs littéraire et artistique en Belgique depuis le XIXe siècle n'avait pas, jusqu'ici, suscité de recherches systématiques sur la question des écrits d'artistes. C'est donc au départ de ce constat que le projet d'un colloque consacré aux Écrit(ure)s de peintres belges a vu le jour aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur. Le présent volume réunit les contributions des spécialistes de la littérature, historiens et historiens de l'art, venus, à l'occasion de cette manifestation, confronter leurs approches respectives. Au travers d'une grande diversité de formes, et dans des textes parfois inédits - journaux, lettres, écrits de voyage, récit, théâtre, poésie -, des artistes tels que Wiertz, Stevens, Ensor, Degouve de Nuncques, Elskamp, Michaux, Dotremont révèlent ainsi le talent de l'autre main, pour reprendre le titre d'un livre de Pierre Alechinsky, ou les complexités d'une double pratique. Ce parcours est complété par la parole d'un artiste contemporain, Patrick Corillon, pour qui la littérature est plus qu'un simple mot.

  • « Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement », disait Victor Hugo. Au tournant du XXe siècle, de jeunes écrivains romands mettent en question leur adhésion aux mythes officiels et aux clichés romantiques sur le pays des Alpes. Face au tourisme et au folklore, dans la confrontation aux mutations politiques et sociales de la modernité, un contemporain de Ch. F. Ramuz, Gonzague de Reynold (1880-1970), exprime sa propre vision de la Suisse. Dans une série de textes publiés de 1909 à 1920, Cités et pays suisses, la diversité helvétique s'exprime par la multiplication des genres, des registres et des points de vue : le livre est tour à tour essai, page d'histoire ou d'archive, poème en prose et récit de voyage. En promenant son lecteur de villages en châteaux, des collines du Plateau au Jura bâlois, de l'Albula à Genève, le poète-promeneur cherche à promouvoir de nouvelles valeurs helvétiques. « Passéistes », aristocratiques, anti-modernes ? Tant que l'on voudra. Sans pour autant que ce livre, considéré parfois comme « bréviaire de la conscience nationale », sacrifie de manière univoque aux mythes helvétiques de l'Alpe, de l'âge d'or et de l'insularité. Dans le prolongement, la confirmation et parfois la correction des travaux classiques sur l'identité suisse et les intellectuels en Suisse, la présente étude examine le traitement du mythe helvétique dans Cités et pays suisses ; elle souligne à son tour la mise à distance de l'helvétisme traditionnel opérée par Reynold. Au travers d'une lecture serrée des textes, elle s'interroge en particulier sur la portée inextricablement poétique et politique d'une quête d'identité qui devient pour son auteur une édification de soi et une vocation littéraire.

  • La notion de Francographie est essentiellement contestataire, polémique. Elle affirme une autonomie idéologique et une certaine distance critique vis-à-vis de ce que l'on nomme alors « littérature (s) francophone (s) » d'Afrique ou d'ailleurs. Elle ne se réclame ni du centre ni de la périphérie, mais laisse en avant-garde l'idée d'une diversité dépouillée de toute connotation politiste et hégémoniste. L'on peut y voir une littérature « d'un monde » parmi « des mondes», qui ne se mesure ni ne s'épanouit qu'au gré des tensions autour et sur le sens. Les francographies africaines actuelles sont donc des lieux où se mettent en place les schèmes révélateurs d'une reconfiguration non seulement des systèmes de relation au monde et au sein de l'espace francophone, mais surtout des reconstructions identitaires. Au-delà des problèmes d'ordre épistémologique, ces francographies soulèvent de grandes préoccupations au plan de l'esthétique ; signe de la prégnance de motifs d'une multi-culturalité bientôt rebelle et dissidente au détriment d'une perspective interculturelle.

  • Peut-on aller jusqu'à faire de la traduction vers la langue française la clé de voûte de l'émergence politique et culturelle de la civilisation française ? C'est ce que tente de démontrer cet ouvrage, qui part de l'hypothèse que le traducteur est un créateur à part entière, construisant son époque en empruntant à l'oeuvre-source, sans se placer sous son joug. Partant de là, l'histoire se divise en quatre grandes périodes : la fondation latine et grecque ; la politique d'État de l'imperium français ; l'apogée de la littérature au XIXe siècle ; l'intégration dans une république mondiale des Lettres. La traduction sert tour à tour de ciment politique, d'outil de conquête et de terreau fertile d'un développement esthétique ou scientifique de la langue. Elle manifeste à chacune de ces époques l'essence même de « l'esprit français » : la quête d'universalisme.

  • Ce livre analyse le contexte d'émergence d'une parole féminine au Cameroun dans les domaines artistiques. Nombreuses, en effet, sont les femmes qui exercent aujourd'hui les métiers d'écrivaine, de chanteuse et de comédienne. Ceux-ci leur permettent de parler d'elles-mêmes et des autres, notamment des hommes, et de proposer un discours nouveau sur la sexualité. Désormais, leurs textes peuvent s'inscrire dans la littérature de la jouissance. Une révolution découle de cette prise de parole aux senteurs politiques. Elle pose le problème de la femme dans la société ; du mutisme à elles imposé par les puissances dominatrices ; de la logique patriarcale qui repose sur des stéréotypes définissant la femme et ordonnant ses modes d'être, de faire et d'agir. En exprimant leurs désirs et en clamant leur droit au plaisir, tout en minorant parfois le rôle de l'homme dans son acquisition, les femmes s'affichent en maîtresses de leur sexualité, voire en expertes capables d'assujettir l'homme. En violant de la sorte un ordre institué, elles ne font pas que l'inverser ; elles le travestissent. Reste à savoir si cette parole sexuée et sexuelle améliore l'appréhension de la femme camerounaise. Cette étude se veut également une lecture des moeurs dans la société camerounaise.

  • Quelle importance les Romains accordaient-ils à la présence de l'eau, et jusqu'à quel point celle-ci jouait-elle un rôle dans leur vie quotidienne ? C'est à ces questions que répond le présent ouvrage, en s'appuyant sur l'exemple offert par Tacite, un historien célèbre qui écrivit sous le règne de Trajan, une période particulièrement brillante pour la civilisation romaine alors à son apogée. En analysant en profondeur les passages de son oeuvre où l'eau est présente, que ce soit dans la description de paysages plus ou moins idéaux, dans la présentation d'opérations militaires sur mer et le long de certains fleuves, dans la mise en parallèle des modes de vie des Romains et de leurs adversaires barbares, ou dans la prise en compte du rôle de l'eau dans la religion antique, ce livre se propose d'offrir à notre époque, pour laquelle l'eau devient de plus en plus un enjeu géostratégique, un point de comparaison et une matière à réflexion sur les permanences et les changements depuis vingt siècles. Que peut nous apprendre un Romain des années 100 de notre ère sur les usages de l'eau et ses représentations dans l'imaginaire collectif ?

  • Vingt ans après la sortie du premier tome, l'univers des Harry Potter est toujours présent en librairie, au cinéma et sur Internet mais également, depuis l'été 2017, sur une scène de théâtre londonienne. Cet ouvrage analyse les processus d'écriture et de réécriture à l'oeuvre à l'intérieur et autour de cet univers de fiction. En effet, les choix stylistiques et littéraires de l'auteure encouragent une lecture à la fois captive et distanciée qui peut expliquer, en grande partie, la projection des lecteurs dans ce monde et leur envie de le retrouver et de le prolonger à travers de multiples médias. Ce livre porte premièrement sur les formes d'écrit présentes dans l'oeuvre et les jeux mis en place autour de l'écrit dans les intrigues, ceux-ci étant classés selon les genres littéraires dans lesquels s'inscrit le texte de Rowling. Il aborde ensuite la question des jeux proposés par la romancière à ses lecteurs, développe une analyse de son écriture, qualifiée de ludique, visuelle, réflexive et manipulatrice, et explique en quoi cette oeuvre transgénérationnelle propose plusieurs niveaux de lecture. En s'appuyant sur les théories de la réception, cette étude s'intéresse particulièrement aux façons de solliciter la mémoire, l'esprit de déduction et la culture des lecteurs. Enfin, ce livre traite des réécritures des romans de J.-K. Rowling dans les médias ou sous forme de traductions, de parodies ou de copies publiées. Il présente également les pratiques transfictionnelles et transmédiatiques qu'a inspirées et inspire toujours l'heptalogie. Ces dernières se déclinent en livres, films, jeux vidéo, fanfictions ou encore en productions théâtrales mais proposent aussi d'autres formes de réappropriation de l'oeuvre dont le tatouage féérique est un exemple significatif. C'est en analysant de plus près tous ces phénomènes que cet ouvrage permet de mieux comprendre en quoi Harry Potter est un phénomène culturel sans équivalent.

  • Le présent ouvrage offre une traduction inédite de la tragédie d'Euripide Hécube, en plaçant le texte grec en regard du texte français. Cette traduction se veut une défense et une illustration de la traduction poétique de la tragédie grecque ; elle prend donc une place déterminée dans une longue série de traductions de cette oeuvre et vise à relancer le processus de sa réception littéraire. Dans la langue grecque du Ve siècle avant Jésus-Christ, comme dans la littérature dramatique française, de la Renaissance au siècle de Victor Hugo, la versification remplit une fonction consubstantielle à la tragédie et au drame romantique. La forme poétique produit des effets immédiats sur le lecteur ou le spectateur, par ces contraintes familières et par de soudaines variations de rythme et de sonorités au sein d'une versification immédiatement reconnue comme un marqueur du genre. La prose académique ne prétend pas rendre la dimension musicale du vers grec. Or le vers français est devenu, depuis les romantiques et grâce aux innovations des surréalistes, un instrument d'une incomparable souplesse pour traduire la poésie ancienne. Par ailleurs, Hécube entretient des correspondances étonnantes avec notre époque. Les anciennes valeurs sont interrogées, certains aspects de la démocratie sont critiqués, la conduite de la guerre, cruelle aux vaincus mais dont les suites sont redoutables pour les vainqueurs, la question des femmes dans un monde d'hommes sont déjà posées. Hécube, qui figurait en tête de tous les recueils légués par l'Antiquité, a fait l'objet d'une réception dans la littérature française d'une richesse exceptionnelle, ainsi que d'une profusion de traductions qui en fait presque un musée de la traduction de la tragédie grecque en français. Pourtant, aucune ne s'était encore proposé de conjuguer forme poétique et précision philologique. Puisse le défi constitué par la présente traduction ouvrir de nouvelles voies tant pour la lecture de la tragédie grecque que pour l'exercice de sa traduction.

  • On assiste depuis les années 1990 à l'expansion inédite, dans toutes les sphères d'activité étrangères au champ artistique (du marketing à la vie sociale promue par les réseaux en ligne), d'usages stratégiques du récit désormais regroupés sous le terme de « storytelling », ou « communication narrative ». Ce phénomène nouveau rend plus sensible la dimension « contre-narrative » - de résistance aux récits dominants dans le discours social - caractéristique de certaines pratiques littéraires qui se donnent pour tâche de remettre en cause les « identités » prescrites par les instances du pouvoir. Les études littéraires féministes d'une part, les études sur les littératures postcoloniales d'autre part, ont de longue date mis en évidence cette visée « contre-narrative » inhérente à certaines entreprises littéraires engagées dans la remise en cause des assignations genrées et des assignations identitaires en contexte (dé)colonial. Cet ouvrage se propose d'interroger à nouveaux frais ce potentiel de résistance, dans le contexte nouveau d'un storytelling néolibéral devenu hégémonique, en mettant en évidence la façon dont certaines oeuvres de fiction littéraire pensent l'intrication des différents facteurs de domination susceptibles de peser sur les destinées individuelles.

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