Paris

  • Au soir du quatrième jour, un détenu, qui ne partait plus depuis longtemps, cria soudain : " Faraj est là ! " Tous les camarades qui pouvaient encore tenir debout s'approchèrent du trou de leur lucarne, le souffle coupé, pour assister au retour de ce petit pigeon, étrange et têtu, qui n'admettait pas que sa place fût avec les vivants, mais voulait revenir avec nous, les morts-vivants.
    Il allait et venait sur le grillage, et tentait maladroitement d'entrer. Il me regardait pour me demander de l'aide ; personne ne pouvait rien faire, mais nous avions tous le coeur serré d'émotion... Faraj se laissa tomber tout entier dans le trou du grillage et atterrit devant la cellule n°10, la cellule de son enfance, tellement exténué qu'il échoua plusieurs fois avant de se poser sur la main que je lui tendais.
    Lorsqu'il y parvint, les détenus les plus proches de ma cellule purent m'entendre pleurer à chaudes larmes. Pendant longtemps les autorités marocaines ont nié l'existence du bagne de Tazmamart situé en plein désert dans le Sud du pays. Pourtant, cinquante-huit officiers et sous-officiers, fantassins ou aviateurs, y furent enfermés pour avoir été impliqués, à leur corps défendant, dans les deux tentatives de coup d'État de juillet 1971 (Skhirat) et août 1972 (attaque contre l'avion du roi).
    Après dix-huit ans de détention dans des conditions inhumaines, quand s'ouvrent les portes de Tazmamart, vingt-huit d'entre eux avaient survécu. Celui qui occupait la cellule 10, Ahmed Marzouki, témoigne au nom de tous, disparus et survivants.

  • La dernière mode

    Stéphane Mallarmé

    • Paris
    • 17 Mars 2017

    En 1874, Stéphane Mallarmé écrit et compose entièrement huit numéros d'un journal illustré consacré à l'élégance féminine : La Dernière Mode.
    Sous les pseudonymes de Marguerite de Ponty, Miss Satin, Marasquin ou Une Dame Créole, le poète de L'après-midi d'un faune signe des chroniques dévolues à la toilette, aux « échos des salons et de la plage », ou aux « distractions et solennités du monde », ainsi qu'une correspondance avec les abonnées et jusqu'à des recettes de cuisine et de décoration ! De cette gazette dédiée au frivole, à l'éphémère, à la futilité, qui exalte le dieu bibelot et la reine fanfreluche, il est permis de penser qu'elle n'est pas un vain exercice car, comme le soulignera le critique Rémy de Gourmont, La Dernière mode offre un ensemble « de vrais et charmants poèmes en prose » et que « l'écrivain ingénieux et parfait entre tous » qui y préside, sait ici « imprimer sa griffe, même à une recette d'offi cine, même à la description technique d'une robe, même à la rédaction d'une réclame ou d'une annonce ».
    C'est donc bien à une oeuvre mallarméenne que nous avons affaire et qui, quoique déconcertante, mérite qu'on la découvre sous une forme livresque en reprenant ses textes in extenso (à l'exception des nouvelles et vers donnés à la revue par divers littérateurs). Les gravures et leurs descriptions seront intégrées à cet ensemble mais ce ne sera pas un facsimilé de la revue (celui-ci fut édité en 1978) mais un livre en soi pour restituer l'esprit et la lettre de cette gazette fashion indémodable.

  • Ce livre rassemble les nouvelles vénitiennes de Camillo Boito (1836-1914), écrivain italien qui fut aussi critique d'art et architecte. Pour la première fois, une édition française rassemble « Senso », son oeuvre la plus connue, qui fut adaptée au cinéma par Luchino Visconti en 1954, et ses autres nouvelles ayant Venise pour cadre. Deux de ces nouvelles (« La couleur à Venise » et « Quatre heures au Lido ») sont inédites en France, tout comme deux articles publiés par l'écrivain sur la sauvegarde du patrimoine vénitien. Dans une Venise aux deux visages, tantôt splendide, tantôt décrépite, Boito joue avec les lieux communs de son époque, notamment le mythe des amours vénitiennes, qu'il s'amuse à réécrire dans plusieurs de ses nouvelles, dont « Senso ». Dissimulant son ironie sous une impassibilité de façade, l'écrivain dresse un portrait sans complaisance de la société vénitienne de la fin du XIXe siècle.

  • A l'intérieur du périmètre magique que forment tunis et sa banlieue nord, marie s'applique à tenir son passé à distance et sofiane recherche un " avant " à son histoire.
    Ils se perdent dans leurs contradictions, s'irritent de leurs attentes, avant de parvenir à donner un sens à leur destin.
    Après une odeur de henné, et avec le même talent d'écriture ciselée et élégante, cécile oumhani nous introduit, à travers ce roman, dans l'univers intérieur de personnages toujours en quête de leur vérité.

  • De la rétrospective artistique à l'introspection personnelle, l'ouvrage offre les souvenirs et les pensées d'H. Matisse. L'artiste livre ses idées sur la peinture, son esthétique de la couleur et les étapes de son itinéraire artistique.

  • Cette image est destinée à un public majeur.

    J'ai plus de 18 ans

    L'histoire de Vénus et Tannhäuser est un "roman romantique" d'Aubrey Beardsley inspiré de Wagner qui décrit avec un érotisme très décoratif une histoire d'amour et d'orgie dans un univers étrange et un peu pervers. La saveur et la lasciveté de cette aventure galante sont précieusement enluminées par les dessins au trait de l'artiste où l'amour de la ligne enchante l'artifice romanesque.
    À ce texte qui ne sera publié intégralement que bien après la mort de Beardsley, on joint d'autres écrits qui étaient inédits en français (essais et poésies) et l'ensemble est illustré par une vingtaine des dessins de celui qui révolutionna l'expression graphique de son époque.
    À l'occasion de la première monographie de Beardsley en France, qui se tiendra au musée d'Orsay du 15 juin au 13 septembre 2020.

  • "Je n'essaierai pas de décrire la Tolède que vit le Greco à la fin du seizième siècle. Ces brillantes évocations analogues à des cavalcades historiques, procurent à l'âme peu de profit. Elles ne peuvent nous mener au coeur de notre sujet. Pour nous rendre sensibles les influences morales que subit le Greco, je tenterai, plus modestement d'exprimer mon sincère amour de la ville. Dans Tolède, j'ai vécu une vie toute livrée aux influences du lieu et telle que, dans mon souvenir, certaines de mes heures se plaçant auprès des tableaux du Greco forment une suite à son oeuvre." C'est à un véritable éloge subjectif et un chant passionné pour la cité Tolédane et son peintre le plus enchanteur, que se livre Maurice Barrés. Ce texte qui contribua à la redécouverte d'El Greco à l'orée du XXe siècle est devenu un classique de l'étude d'art poétique, et permet de mieux comprendre le mythe et la manière d'un peintre visionnaire qu'on n'en finit pas de célébrer à travers le monde.

  • Célèbre pour son Histoire des troubles des Cévennes, première histoire moderne de la guerre des camisards, Antoine Court a aussi laissé des Mémoires, un document unique pour la compréhension des années 1710-1720, moment crucial pour le protestantisme français. La violence camisarde est alors rejetée, le prophétisme ne se survit que dans une poignée de prédicantes itinérantes. C'est auprès d'elles qu'Antoine Court entame, en 1713, la trajectoire qui le conduira à devenir le restaurateur du protestantisme français.
    Dès 1715, à peine âgé de vingt ans, en compagnie de Pierre Corteiz, de Jacques Bonbonnoux et d'autres vétérans de la résistance huguenote, il sillonne le Vivarais et le Languedoc, où il multiplie assemblées et synodes clandestins, époque héroïque du premier Désert où, sa tête mise à prix, Antoine Court est traqué sans répit. Mais ce combattant est aussi un intellectuel qui traite avec les plus célèbres pasteurs du Refuge et plaide sa cause auprès des protestants d'Europe.
    Rédigés au début des années 1730, les Mémoires d'Antoine Court, furent édités en 1885 par Edmond Hugues. Notre édition, établie à partir du manuscrit original, est complétée par son Abrégé d'histoire apologétique, brillant pamphlet écrit en 1719 pour légitimer les assemblées du désert. Né en 1695 à Villeneuve-de-Berg (Ardèche), mort en 1760 à Lausanne, Antoine Court y fonda le " séminaire des martyrs " qui formera les pasteurs volontaires pour réorganiser, au péril de leur vie l'Eglise réformée de France.
    Parallèlement, il accumulera une étonnante collection de documents, aujourd'hui déposés à la Bibliothèque publique et universitaire de Genève, sous le nom de " Papiers Court ".

  • Michel Leiris qualifiait Les Fleurs du Mal "d'irréductibles". L'oeuvre résiste à toute lecture. Pour la respecter, il faut s'affranchir des mythes qui l'entourent depuis un siècle et demi. C'est l'objet du premier chapitre. Ainsi sera-t-on ramené aux poèmes, à leur lettre irrémédiable. Au-delà, quatre chapitres examinent la récurrence d'un thème : l'éternel, l'infini, la mer, la rue - quatre variantes d'une hantise du poète : le nombre.
    "Tout est nombre. Le nombre est dans tout. Le nombre est dans l'individu. L'ivresse est dans le nombre", lit-on dans Fusées. Le nombre : d'un côté l'ordre, la doctrine pythagoricienne donnant accès aux règles de l'univers ; de l'autre la discorde, la mer méchante, la rue passante. Ou encore le vers, "rime et nombre", comme le définit Baudelaire : rythme, cadence, harmonie, mais aussi débordement, démesure, dissonance.
    Deux chapitres reconduisent enfin le temps et l'allégorie, autres obsessions liées au nombre (" - Ah ! ne jamais sortir des Nombres et des Etres ! "), aux formes qui les portent : la syncope et le non sequitur qui cassent le vers des Fleurs du Mal.

  • "Ce monde végétal qui nous parait si paisible, si résigné, où tout semble acceptation, silence, obéissance, recueillement, est au contraire celui où la révolte contre la destinée est la plus véhémente et la plus obstinée. L'organe essentiel, l'organe nourricier de la plante, sa racine, l'attache indissolublement au sol. S'il est difficile de découvrir, parmi les grandes lois qui nous accablent, celle qui pèse le plus lourdement à nos épaules, pour la plante, il n'y a pas de doute : c'est la loi qui la condamne à l'immobilité depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Aussi sait-elle mieux que nous, qui dispersons nos efforts, contre quoi d'abord s'insurger. Et l'énergie de son idée fixe, qui monte des ténèbres de ses racines pour s'organiser et s'épanouir dans la lumière de sa fleur, est un spectacle incomparable..." C'est en poète, presqu'en prophète que Maurice Maeterlinck part à la découverte philosophique et sensible d'un univers floral dont il sait très heureusement capter les couleurs, les odeurs et les desseins cachés. Ce petit manuel de botanique littéraire, qui fait partie d'un cycle d'essais consacré à La vie de la nature (dont La vie des abeilles est le plus célèbre), nous convie à une promenade inspirée parmi les jardins, les chemins et les parcs. Plus d'un siècle après sa première parution, le parfum singulier de ce livre reste toujours enivrant.

  • Quatre écrivains, trente-quatre kilomètres linéaires de collections - une règle du jeu : ne choisir qu'un livre pour une rencontre avec la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne.

    Car, quand la Maison des écrivains et de la littérature invite Pierre Bergounioux, Marianne Alphant, Arlette Farge et Eugène Durif à poser un regard intime et curieux sur la BIS, cela donne quatre inédits, quatre chemins dans le labyrinthe de ces collections d'excellence, dans les méandres de cette bibliothèque singulière et attachante, quatre voix narrant une histoire de traces et d'effacements, sorte d'archéologie intime révélant la richesse de ce fonds.

  • C'est l'histoire d'un homme qui se sépare d'une femme pour lui consacrer un livre.
    C'est l'histoire d'un homme qui sait qu'il aura un jour à choisir entre la vie et la littérature.
    C'est l'histoire d'un homme qui a choisi la littérature.
    Pour célébrer une femme.
    Et la vie.

    Un roman qui pose l'éternel problème de l'amour et de la littérature.
    De son affirmation et de sa transfiguration. L'héroïne, Clarisse, est-elle prétexte ou aiguillon ?

    Après Hölderlin, Rilke, Proust ("Les intermittences du coeur"), Kafka, François Kasbi donne à entendre le roman du coeur et du corps cher à Villon. Un dialogue poétique et sensible entre l'être aimée et sa représentation-restitution par l'écriture.
    Avec, comme enjeu, la littérature, "tant il est vrai qu'il y a une vieille incompatibilité entre la vie et l'oeuvre" (R.M. Rilke).
    La question subsidiaire éternelle s'ensuit : est-ce la vie qui copie l'art, ou l'art qui copie la vie? François Kasbi esquisse une réponse dans ce livre... amoureux.

  • Sève d'automne : chronique d'un retour Nouv.

    Hiver 1918. Louis, rescapé de la Grande Guerre, regagne un foyer dont il n'est plus le maître après quatre ans d'absence. Les visions macabres luttent contre l'effort désespéré de renouer avec la vie d'avant, auprès d'une épouse qu'a désertée l'amour et d'un jeune frère bien décidé à lui ravir sa place. Hanté par ses démons, porte- voix d'une génération sacrifiée, Louis devra réinventer le sens d'une destinée piétinée par la grande histoire. À quoi bon raconter l'indicible ? Revient- on jamais d'entre les morts ?

    Sous les yeux de Louis, les nôtres aussi bien, les Cévennes retournent à la pierre. Au rythme des saisons, malgré les veillées, les fêtes et l'amitié qui emplissent le récit de leur rumeur, les murs laissés à l'abandon s'écroulent, les ronces et les genêts envahissent l'espace, et la vie s'évapore comme si les travaux opiniâtres des siècles passés n'avaient jamais existé.

    Compagnes et confidentes de ses états d'âme, les vallées cévenoles innervent de leur lumière ce drame domestique traversé d'élans d'espoir, dans un récit au lyrisme maîtrisé, âpre et sans concession, hymne poétique aux forces de la nature.

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