Oeil Du Souffleur

  • Chants barbares se composent de 7 pièces. Elles peuvent être lues comme 7 actes, 7 chants, 7 tableaux... Plusieurs peuvent se monter ensemble, chacune peut être l'objet d'un seul spectacle. Monologues, pièces dialoguées, soliloques, récits : Chants barbares est un objet original, mêlant politique, musique et poésie. À l'image de son auteur, qui aime à mélanger les genres, Chants barbares surprend par son style éclectique. Tour à tour, il raconte l'esclavage, la misère, la trahison, l'amour, la rage. Chants, cris, appels à la révolte, hymne à la vie. Langue rythmique, propos aussi actuels qu'universels.
    Par l'utilisation d'un imaginaire bien à lui, l'auteur nous fait entendre sa voix, ses voix et ses histoires prennent vie.

  • Agamemnon

    D' De Kabal

    « Vous êtes mes témoins, en suivant la piste, j'ai flairé puis déterré des crimes plus vieux que vos enfants. Car sous ce toit vit ce choeur uni mais dissonant, qui jamais ne dit du bien d'autrui, ce choeur qui, ayant bu de larges goulées de sang d'homme, s'en trouve plus excité encore. Résidentes dérangeantes mais qu'on ne peut déloger : les Erinyes familiales.
    Agrippées, comme la vermine, à chaque mur de la demeure, elles fredonnent l'ode au crime fondateur, puis vocifèrent à l'endroit du frère dont le lit devint cruel à celui qui osa le souiller.
    Si je suis un archer, mon trait a-t-il atteint la cible, ou bien l'a-t-il manqué ? Suis-je une fausse devineresse qui va et radote de porte en porte ? Ne nie pas ce qui est.
    Il t'est impossible de jurer que j'ignore quels crimes atroces ont été perpétrés ici même, sous ce toit, ces crimes sanglants qui dorment dans vos mémoires. »

  • L'enveloppe

    Michèle Laurence

    Quatre femmes - Pauline, Juliette, Lolita et Carla - habitent la même ville, la même banlieue, le même quartier populaire. Elles se croisent, se saluent, s'ignorent. Elles ne connaissent de l'autre que le commerce, le métier, la situation de famille, parfois le nom ou le prénom. Leurs chemins convergent, divergent et se séparent. Elles n'ont rien en commun, si ce n'est l'univers étriqué de leur quotidien et le rêve d'un amour absolu qui ne trouve pas sa place dans ce cadre étroit.
    Le hasard par l'entremise d'une enveloppe égarée va réunir et bouleverser les destins de ce quatre femmes. L'enveloppe contient le test anonyme du virus du sida. Cette enveloppe qui porte en elle l'éventualité d'une trahison, d'un mensonge, d'un secret, cèle le mystère de son propriétaire et ouvre la voie à toutes les hypothèses.
    En passant de main en main, cette enveloppe va semer le poison du doute, comme le virus instille la mort en utilisant les deux plus beaux vecteurs de vie!: le sexe et le sang.

  • Le fils : J'entends ta respiration profonde comme un gouffre sans fond. M'emmèneras-tu avec toi dans tes déambulations nocturnes, vers tes pays lointains exotiques, tes endroits étranges bondés de gens bruyants au teint blafard ? Je vois tes yeux rouler comme des billes sous tes paupières lourdes. Que vois-tu, dis-moi ? Des anges ? Des anges blancs ? Parles-tu aux anges blancs ? À ton ange gardien ? Pourquoi cet air, mon père ? Qu'est-ce qui t'effraie ? Hein ? Qu'est ce qui te fait peur, Monseigneur ? Nous sommes une terre brûlée, mon père. Nous sommes la boue, la merde et le limon. Nous sommes un arbre atrophié aux racines pourries, une rivière asséchée, un ciel dégueulasse. Nous sommes une mauvaise blague. Un sang noir de la colère. Un malentendu. Nous sommes un amour trahi. Tu es mon père et je suis celui que tu ne voulais pas.

  • Paul : J'en ai assez de m'entendre traiter de parpaillot, de cul serré, de colonialiste, de peintre du dimanche, et que sais-je encore ! Je ne suis pas venu vous chercher, je ne vous ai rien demandé. Je voulais vivre cette dernière journée ici seul, sereinement, et.
    Elle : . Et c'est ainsi que je vous imaginais pour cette improbable rencontre avec Issiakhem le flamboyant, le délirant, le provocateur et Kateb le poète écorché, le révolté, le cracheur de lave. Je rêvais pour vous d'une joute urticante mais c'était sans compter les dates de péremption qui altèrent les aspérités et les couleurs. Je vous aurais aussi aimés plus proches, plus présents. Mais je sais que la séparation est inéluctable et que le temps est venu. Les sirènes du port se font de plus en plus assourdissantes. Non, attendez, monsieur Guion ! Je voulais vous dire.
    Paul : Oui ?

  • « C'est dingue comme chez les grandes personnes ça embraie vite. On est parti d'une chaîne de vélo cas­sée, ils ont fini sur la folie de la belle-­mère et les urines de mémé. Peut­-être que tout ça vient des hommes préhistoriques. J'ai donc été privé de télé pour une semaine. Je m'en fiche, j'ai une télé dans ma tête qui ne fait pas de bruit mais qui tombe jamais en panne. »

  • Orestie

    D' De Kabal

    Ni les mots déchirés à son père, ni les supplications, ni son âge virginal / Ne sont parvenus à freiner l'ardeur des chefs de guerre. / Après une prière, le chef des chefs ordonna qu'on la saisisse et qu'on la porte à l'autel, / Pareille à une chèvre. / Elle, donne l'impression de vouloir s'enfouir sous sa robe, / Déploie ses forces de presque femme et racle de ses doigts, si fins qu'ils se disloquent et se retournent, la terre rêche, témoin de l'innommable. / Lui, commande qu'on l'arrache du sol, Qu'on verrouille ses lèvres délicates avec un bâillon, qu'on étrangle sa bouche, / De sorte que ses cris s'étouffent et que ses imprécations ne viennent pas salir la demeure familiale.
    Poésie populaire, voix alternative, antisociale ou politique, le hip hop a depuis longtemps avec ses images, ses sons et ses propres mythes un rôle de perturbateur et de subversion comme l'eut la tragédie grecque en son temps.

    Si Agamemnon et les Choéphores sont adaptées par D' de Kabal, les Euménides ont fait l'objet d'une totale réécriture. Les questions posées par Eschyle à travers cette histoire de vengeance, de malédiction et de jugement témoignent des mêmes interrogations que celles dont est porteur le rap et esquissent dans son dénouement les traits d'une communauté harmonieuse capable de traiter tous ses enfants de la même façon.

  • « La force d'une danse, c'est le temps nécessaire pour en énoncer les mots. Pour myth, de Sidi Larbi Cherkaoui, il m'a fallu un livre. Et si ces fragments d'histoires, ces échos des répétitions, ces tessons de vie, ces théories, ces emprunts, ces accidents, ces investigations, ces haïkus, ces dialogues imaginaires et autres évocations n'étaient ni plus ni moins qu'une forme de ratage? J'ai fini par conclure que je ne pouvais, en fait, que suivre le mouvement sans jamais parvenir à le définir. Mais dans l'intervalle, quelle aventure ! »

  • Artemisia

    Jean Reinert

    Borghese : La vérité, le juge Felice la découvrira, je n'ai aucun doute là-dessus.
    Artemisia : Demain, il me fait subir le supplice de la Sibylle. Si je perds mes mains, c'est comme si je mourais...
    Borghese : Pourquoi tu t'imposes cette épreuve? Renonces-y.
    Artemisia : Pour innocenter Agostino ? Et rester déshonorée ? Et mon père aussi ? Je préfère mourir !
    Borghese a un mouvement d'agacement.
    Borghese : Ce procès est scandaleux. Malheur à celui par qui le scandale arrive ! Pour ce qui est de la vérité, nous l'aurons. La justice de notre Saint-Père sera sans défaillance... Artemisia : Pourquoi Agostino ne la subit-il pas, lui, la torture de la Sibylle ?
    Borghese, avec une froide ironie: Hé ! Mais j'en ai besoin, moi, des mains d'Agostino !

  • Roman-témoignage, biographie romancée, SDF nous entraîne d'une façon tout à fait originale à la découverte de Jérôme Le Banner, champion incontesté des sports de combats.
    Projetés vingt ans plus tard sur un trottoir de Belleville, Jérôme Le Banner et Roger Cornillac se racontent au travers de situations aussi tragiques que cocasses! SDF, c'est le roman d'une vie vécue mais inventée, d'une vie inventée mais vécue

  • (...) je lis vos questions et je me sens... insignifiant... tout petit... j'aimerais ne pas avoir déclenché tout cela, j'aimerais qu'on arrête... et que je me repose enfin... que j'oublie... les insomnies, l'asociabilité, le doute permanent, la peur d'entrer en contact, la suspicion tout le temps et partout, le gouffre dans ma tête et dans mon ventre... Vos questions, même si ce n'est pas là leur but, continuent de me détruire... Mais... j'ai besoin d'aller au bout du processus. Arrêter de me taire. (...)

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