Non Lieu

  • L'exode

    Benjamin Fondane

    • Non lieu
    • 20 Octobre 2020

    Au départ, dans les années 1930, L'Exode est un poème dramatique à plusieurs voix qui évoque la déportation et l'exil des juifs à Babylone sous Nabuchodonosor au VIIe siècle av. J.-C. Pendant l'Occupation, Fondane a repris son poème pour y insérer le récit d'un autre exode, qu'il a vécu, celui des Parisiens fuyant la capitale devant l'avancée allemande en juin 1940. Du coup, l'histoire des juifs relue et réactualisée prenait une dimension universelle. Enfin, il a fait précéder son poème de ce grand texte prophétique qu'est la « Préface en prose »:

    C'est à vous que je parle, hommes des antipodes, je parle d'homme à homme, avec le peu en moi qui demeure de l'homme, avec le peu de voix qui me reste au gosier, mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il ne pas crier vengeance! L'hallali est donné, les bêtes sont traquées, laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots que nous eûmes en partage - il reste peu d'intelligibles! Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée, nous serons au-delà du souvenir, la mort aura parachevé les travaux de la haine, je serai un bouquet d'orties sous vos pieds, - alors, eh bien, sachez que j'avais un visage comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.

  • Nous étions cinq est un roman sur l'enfance, tout en humour et en poésie, rédigé par Karel Pola.ek pendant l'Occupation nazie en 1943. Cette plongée tendre et drôle dans l'atmosphère de son enfance peut aussi se comprendre comme un moyen de fuir la réalité quotidienne de la Seconde Guerre mondiale.
    Non sans rappeler La Guerre des boutons de Louis Pergaud, Nous étions cinq relate les (més)aventures d'une bande de copains à Rychnov nad Kn..nou, bourg du nord-est de la Bohème, au début du XXe siècle, notamment leurs vaines gesticulations pour se faire embaucher dans un cirque itinérant, ou encore leur tentative, douloureuse, d'apprivoiser un essaim de guêpes.
    L'écriture de Polacek use alternativement d'un langage familier et d'un langage soutenu (notamment pour les descriptions), suscitant un contraste entre la réalité de la vie dans une petite ville de province et sa perception par des enfants d'une dizaine d'années. Les dialogues, toujours drôles, en exprimant la vision enfantine des réalités du monde des adultes donne à l'auteur le moyen de faire une peinture au vitriole de la société tchèque.
    Publié après sa mort en 1949, Nous étions cinq est un classique de la littérature tchèque. En 1995, ce roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique.

  • L'Ange de Sodome, publié en 1927 à Madrid, connut un grand succès populaire et une nouvelle édition dès 1929. Il est considéré comme le premier roman gay de la littérature espagnole. L'au- teur, hétérosexuel, s'intéresse à l'homosexualité sous l'angle de l'observation chère aux natura- listes, sans jamais la condamner.
    José-Maria, son protagoniste, découvre ses penchants érotiques au milieu de son environne- ment familial fermé. On ne compte pas ses plaintes ni ses tentatives pour devenir un autre mais, là où Alfonso Hernández-Catá se démarque de ses contemporains, c'est lorsqu'il prête à son personnage des réflexions laissant à penser qu'il pourrait bien s'accommoder de son destin.
    Si, au fond, tout cela n'était pas aussi grave qu'il le pensait. Le dégoût que lui inspire son homo- sexualité n'est peut-être rien d'autre que le fruit de sa propre éducation ? Il n'est pas victime de l'opprobre publique même si c'est sa plus grande crainte. Voila pourquoi il en arrive à échafau- der un plan qui lui permettrait, après avoir accompli son devoir familial, de partir ailleurs pour vivre selon sa nature...

  • Occident express

    Matéi Visniec

    À travers la métaphore d'un train de luxe qui ne circule plus (c'est le célèbre Orient Express), l'auteur nous fait découvrir les fantasmes de ceux qui, à l'Est, ne pensent qu'aux « merveilles » de l'Ouest, de l'Occident, de la démocratie accomplie... Oh, l'Occident, cet Eldorado tant rêvé !
    Avec tendresse et humour, Matéi Visniec nous propose une galerie de personnages qui ne pensent qu'à partir, goûter à l'abondance occidentale, profiter de la société de consommation, sentir enfin (au moins une fois dans leur vie) l'extase de la liberté et de la réussite... Ainsi ce vieillard aveugle ayant connu tous les camps d'internement à l'Est et qui nous entraîne dans un inventaire post-communiste où se mêlent la nostalgie de l'Orient Express, l'affairisme et le proxénétisme d'une base militaire américaine, l'envie de pisser sur toutes les frontières qui l'ont empêché de vivre, l'importance idéologique des emballages occidentaux dans la chute du Mur et la notion révolutionnaire de « peuple fluide » imaginée par un doctorant chaque fois recalé...
    Occident Express est d'abord un voyage initiatique dans les Balkans (si loin, si méconnus et si malaimés), mais aussi la radiographie lucide du capitalisme sauvage qui a remplacé à l'Est l'utopie communiste. Cette pièce est enfin une reflexion sur le difficile rapprochement entre les deux Europes séparées par un demi-siècle d'histoire mouvementée.

  • Ulysse, figure de l'émigrant, de l'errant, incarne le destin de l'homme, du poète et du « juif naturellement et cependant Ulysse ».
    Ulysse que nous publions ici est la première version du poème paru dans les Cahiers du Journal des Poètes, à Bruxelles, 1933. Cette version d'Ulysse que Fondane a maintes fois remaniée n'avait pas été publiée depuis 1933.

  • Titanic

    Benjamin Fondane

    Benjamin Fondane était un sismographe, a pu écrire Maurice Roche, non pas qu'il enregistrait les secousses, mais parce qu'il les prévoyait. Ses poèmes annonçaient le désastre imminent qu'allait connaître les juifs et l'humanité tout entière. C'est particulièrement vrai du recueil Titanic, écrit en 1936, au moment où le Front populaire arrivait au pouvoir en France et où Fondane effectuait son second voyage en Argentine afin d'y tourner le film Tararira, alors qu'il espérait trouver dans ce pays une terre d'exil.

    C'est un re^ve effrayant et je m'y trouve encore.
    - Une chose mouvante et qu'on appelle Terre coule a` pic, lentement, hors du regard de l'e^tre...
    A` ba^bord, le linge se`che comme avant le de´luge, calme le jeu d'e´checs se poursuit, un pion avance, la danse dans le hall pe´ne`tre dans les chairs avec l'odeur sucre´e des tropiques... [...].

    A` cinq minutes de la fin du monde l'orchestre attaque le Tonnerre...
    La Beaute´ meurt d'e´puisement sur les genoux des spectateurs e´mus par cette Nuit savoureuse entre toutes...

  • M. Petrovic, monument d'immoralité vivant dans une retraite extrême, se plaît à mettre sa vie en scène. À travers 99 chapitres étalés de mars à septembre d'une même année au début du xxi e siècle, Petrovic interprète les derniers actes de sa vie, ou plutôt : il exécute une sonate funèbre en l'honneur de son existence immorale, une sonate en trois mouvements clôturée par un adagio sostenuto.
    Monsieur Petrovic ressemble à la ville de Troie : meurtie et souillée. Il a pourtant soutenu le siège durant des années avant que ne pénètre en lui la belle Marina - une manipulatrice qui ébranla son équilibre intérieur et parvint à le détruire.
    La souffrance et la chute de cet homme autrefois puissant, ancien homme de confiance du Parti socialiste serbe qui a sali tout ce qu'il a touché, finit par provoquer la sympathie du lecteur, même chez celui que cet homme avait d'abord révulsé.

  • Rimbaud le voyou

    Benjamin Fondane

    • Non lieu
    • 10 Novembre 2010

    Rimbaud le voyou fut du vivant de Benjamin Fondane et demeure après sa mort son livre le plus lu.
    Dans cet essai polémique, il dénonce les tentatives de récupération du poète des Illuminations tant par les surréalistes que par des écrivains catholiques. Pour lui, si Rimbaud atteint au mythe, c'est paradoxalement parce que son oeuvre paraît trancher de tout son éclat le noeud gordien qui lie la création artistique à la vie. Conjointement à sa lecture du philosophe Léon Chestov, Fondane clans son essai en sonde_ la portée éminemment existentielle.
    La thèse du " voyou " met en tension le " tempérament métaphysique " de Rimbaud, sa soif d'absolu, sa " gourmandise ", et la valeur programmatique de la " Lettre du Voyant ", qui revient selon Fondane à tricher en s'emparant " de l'Inconnu par un coup de force ".

  • Pourquoi Hécube

    Matéi Visniec

    Dans cettepièce, certainement l'une des plus sombres écrites par Matei Visniec, Hécube, reine tragique dépeinte par Euripide, mère meurtrie, symbole de la douleur infinie, interpelle encore.
    Parce que le monde n'a pas vraiment beaucoup changé : les hécubes se sont, en effet, multipliées et, par une sorte de malédiction historique, exactement dans les régions où autrefois avait lieu la guerre de Troie, le sang continue à couler, les mères enfantent sans cesse des guerriers.
    Matéi Visniec n'actualise rien. Mais il pousse Hécube à apostropher les dieux. Quand elle frappe à la porte de l'Olympe pour poser cette question simple mais essentielle : « pourquoi ? », furieux, irrité par son insistance, Zeus s'indigne: « comment une mortelle a-t-elle pu avoir la force de venir jusqu'ici pour nous interpeller ? » L'un des dieux répond: « lors de la création du monde, cette règle fut inscrite dans ses fondations : lorsque le poids de la douleur d'une mère devient plus lourd que le poids du monde, elle a le droit de demander des comptes. » Pourquoi Hécube, souvent jouée, jamais publiée jusqu'à aujourd'hui, est le cinquième livre de Matei Visniec aux Éditions Non Lieu.

  • Ce recueil n'a jamais été réédité, Voronca est un grand poète qui mérite d'être redécouvert, et l'on envisage, après cet avant-goût, de faire l'oeuvre poétique complète.

  • Dans la nasse

    Mahmoudan Hawad

    Face à l'amnésie, comment exister ? Dans ce texte, Hawad s'adresse à l'Azawad en tant que partie de lui-même - c'est-à-dire du Touareg qu'il est -, une partie qui a atteint une telle étape de souffrance, de misère, d'oppression, qu'elle accepte l'effacement derrière les étiquettes qu'on lui accole. À travers ce personnage évanescent, au bord du gouffre, privé de parole, d'espace, de droit à l'existence, Hawad tente de raccommoder une silhouette capable de se redresser. Il cherche à métamorphoser la souffrance en terreau de résistance, une résistance d'un autre type, qui nécessite de revenir à soi-même, à son imaginaire, à sa manière de penser le monde autrement. Le chemin est long. Hawad se sert de la poésie, « cartouches de vieux mots,/mille et mille fois faussés, bricolés, rechargés », comme outil de résistance.

  • Un plaidoyer pour la liberté de l'esprit.
    Initié par les communistes pour constituer un front intellectuel antifasciste, le Congrès international des écrivains, qui s'est tenu à Paris en juin 1935, est resté comme un événement majeur de l'histoire culturelle du XXe siècle.
    En marge de ce congrès, Fondane s'inquiète au sujet de l'autonomie que doivent conserver l'art et la poésie face à une idéologie dominante. Une idéologie qui se présente comme révolutionnaire, qui est en fait contrerévolutionnaire, précise Janover.
    En confrontant la position de Fondane à celles d'autres participants au Congrès (Breton, Crevel), Louis Janover montre combien elle était la plus pertinente au regard de la situation politique d'alors. Combien elle demeure éclairante dans le monde de la pensée unique qui a fait suite à l'effondrement des régimes communistes.

  • « Le meilleur livre de Fondane», E. M. Cioran.
    Au début des Rencontres avec Léon Chestov, Benjamin Fondane évoque sa première entrevue avec le philosophe russe en 1924. Il venait d'arriver en France, avait écrit sur lui en Roumanie sans savoir s'il était toujours vivant. Fondane était poète, il n'était pas philosophe. Il l'est devenu pour défendre la cause de la poésie, toujours condamnée à se soumettre aux contraintes de la pensée rationnelle. Il l'est devenu aussi par amitié pour Chestov et, surtout, parce qu'il percevait dans sa pensée un écho à ses propres tourments, à sa propre révolte. Fondane est alors l'un des rares à comprendre la démarche du vieux philosophe, son combat contre la raison.
    Au contact de Chestov, à la fin des années 1930, Fondane, le disciple inespéré, est devenu l'égal du maître et l'un des principaux représentants de la philosophie existentielle.
    Le livre Rencontres avec Léon Chestov rassemble les notes prises par Fondane pendant leurs conversations ainsi que leurs correspondances, et ses propres reflexions. Il dresse un portrait extrêmement vivant de Chestov à travers des échanges sur la philosophie, mais aussi sur les faits du quotidien ou sur une actualité de jour en jour plus inquiétante.Le penseur existentiel évoque aussi ses souvenirs de la révolution russe et fait souvent peuve de beaucoup d'humour.
    Évoquant tour à tour Husserl, Berdiaev, Gide, Buber, Einstein, Maritain, Malraux et beaucoup d'autres, ce livre est aussi un riche témoignage sur la vie intellectuelle des années 1930.

    2016 : 150e anniversaire de la naissance de Léon Chestov.
    Expostion en avril à Paris, à la Mairie du Ve arrondissement

  • Ce recueil de nouvelles écrites à la fin du xxe siècle a pour thème principal l'absence de communication (dans le couple, entre collègues de travail, entre générations, entre différentes catégories sociales) et la dégradation qu'elle engendre sur les existences des protagonistes.
    On trouve dans ce recueil l'ambiance de la Roumanie dans les années 1970-80. Un « monde » aboli nous est restitué grâce à l'écriture. Son atmosphère, ses contradictions, sa vibration intérieure résistent aux temps qui passe, malgré le gouffre qui semble nous séparer de cette époque déjà lointaine.
    À l'image des doïne roumaines, ces nouvelles nous bercent par leur douce mélancolie.

  • Le cabaret des mots

    Matéi Visniec

    • Non lieu
    • 1 Novembre 2014

    Le Cabaret des Mots est une suite de textes à la croisée de plusieurs genres : inventaire surréaliste, poèmes en prose, saynètes pour le théâtre. Matei Visniec nous offre un carnaval de mots qui se mettent en scène : les mots de tous les jours (même les gros mots) et les mots moins fréquents - mais attention pas de mots inventés, cela ne sert à rien, le langage est déjà si riche. Du mot oui au mot poésie en passant par le mot vis-à-vis, le lecteur explore les entrailles des mots, découvrant une vie derrière chacun d'eux. Dans ce Cabaret, les mots se livrent, se disent et, se faisant, disent beaucoup sur ce que nous sommes, nous qui ne pouvons nous passer du langage, des mots pour vivre et devenir.
    Des adaptations théâtrales de ce recueil ont déjà été faites au festival d'Avignon en 2014, d'autres seront montées au printemps 2015.

  • La cabaret dada

    Matéi Visniec

    Le Cabaret Dada est une pièce hommage au fondateur du Dadaïsme, Tristan Tzara. Écrit pour le centenaire du mouvement Dada, ce texte absurde et irrévérencieux refait vivre les soirées déjantées du Cabaret Voltaire à Zürich en 1916 autour de personnages plus vrai, et donc plus fous, que nature : Tzara lui-même, Marcel Janco, Hugo Ball, Jean Arp... Lénine. En contrepoint, et pour justifier l'entreprise de sapeur du vieux monde des poètes, d'autres personnages apparaissent, sinistres et grotesques : Staline, des généraux, des patriotes... Car hors du Cabaret, c'est la guerre, c'est l'horreur, la monté des totalitarisme et l'abdication de la pensée. Tant de maux que dénonçait Dada, autant de mots porteurs de violence que dénonce aujourd'hui Matéi Visniec.
    Une lecture du Cabaret Dada est déjà programmée au Festival d'Avignon en juillet 2017. La pièce sera aussi montée à Paris en automne 2017.

  • Ces vingt-deux contes d'amour kabyles ont été recueillis dans les villages de Kabylie dans les années 1980.
    Leur quête et leur publication furent ardues à cause de la situation politique en Algérie entre 1992 et 2002, qui entraîna déplacements de populations et traumatismes liés au terrorisme.
    Ces contes appartiennent, pour la plupart, à la littérature orale, ils sont généralement rapportés par les femmes.
    La société kabyle s'est ingéniée à décharger dans le phantasme le surplus de ses privations. Ainsi, l'amour banni, parce qu'il est absent, parce qu'il est en fuite le jour, est-il représenté majestueusement la nuit... à la lueur timide des dernières braises... La femme dans le conte ne figure pas seulement un objet de désir, elle est reflet de l'amour que le héros porte en lui. Amour miroir choisi par l'homme pour s'y mirer, s'y qualifier. Miroir idéal ou miroir monstrueux tant qu'il n'a pas atteint son but : amour dangereux où il faut affronter l'autre (l'ogre ou l'ogresse).
    Un des mythes fondateurs de la culture kabyle enseigne que l'univers a été créé (mis au monde) par une femme dite Yemma-s n Ddunit. Mère du monde, Yemma-s n Ddunit avait un réel pouvoir, elle régnait sur tout et tous dans un univers enchanté, mais elle commit une grave faute en laissant échapper un pet, sa magie disparut.
    Depuis, trois figures de femmes surgissent dans les contes : Settoute, la vieille femme méchante, Tsériel, la femme sauvage, Loundja (fille de Tsériel), la femme divine, qui se métamorphose parfois en perdrix. Mère ogresse, fille divine, le héros prédestiné à la conquérir, un prince ou un garçon pauvre, célibataire, vivant chez sa mère, devra accomplir un périple initiatique, déjouer les maléfices de la méchante, amadouer la sauvage, conquérir sa jeune fille, enfin comprendre le message : le sens de l'existence, que lui délivrera Loundja. Au terme du voyage, le prince sera à l'origine de la fondation d'un nouveau groupe, d'une nouvelle société, d'un nouvel état de conscience...
    Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil ! Il était une fois un prince...

  • Il a tout vendu et sillonne l'Europe d'un bout à l'autre, mais pas comme n'importe quel voyageur, puisqu'il a l'air d'avoir élu domicile sur les rails : il dort dans le wagon-lit, il mange seul au wagon restaurant. Et même s'il a encore les habitudes d'un « terrien » (avec des précautions d'hygiène presque maniaques), il semble un voyageur de profession. On se rend vite compte que son existence n'est pas monotone, pas plus que le récit ! Libéré des contraintes de la vie réelle, Zoran - c'est le nom à consonance serbe du protagoniste - prend son temps pour réfléchir à son passé qu'il essaie d'ordonner, de comprendre. Son unique contact avec le monde extérieur est un jeune homme qui travaille en Afrique auprès d'une mission archéologique menée par des Britanniques au Mali, et qui répond aux messages électronique du voyageur le septième jour de la semaine.
    Petit à petit, à mesure que le train avance et que les emails s'échangent, le lecteur découvre pourquoi cet homme qui a renoncé à tous les plaisirs du monde, nourrit un tel intérêt pour une seule et unique personne qui, de surcroît, est si loin de lui. Zoran a connu la mère d'Ahar, son jeune correspondant. Zoran a eu une relation avec Zuleika dans la région touarègue du Mali. Forte personnalité, Zuleika l'a quitté pour Palfreyman, chef de la mission archéologique, qui se croit le véritable père d'Ahar.
    Ce roman est l'histoire tragique d'une impossible rencontre : celle d'un jeune Africain qui survit comme il peut et d'un voyageur excentrique devenu contemplateur de profession. Mais ce roman initiatique est surtout une réflexion profonde sur la condition humaine dans un monde mondialisé, qui évoque brillamment les peurs du Centre (l'Europe de l'Ouest) et les faillites des Périphéries (l'Afrique, les Balkans).

  • Claude Pélieu (1934-2002) est un poète français de la seconde moitié du XXe siècle. Considéré parfois comme étant le seul « poète français d'expression beat », c'est en effet aux côtés des écrivains beat (William Burroughs, Allen Ginsberg, Larry Ferlinghetti etc.) qu'on le retrouve à partir de 1963, à San Francisco, puis à New-York, Honolulu, Londres... Le Cahier de l'Herne Burroughs/Pélieu/Kaufman lui rendra justement hommage en 1968, et c'est aux USA, dès 1963, qu'est publié son premier recueil d'importance, traduit en anglais, Automatic Pilot. Dès lors, il travaille avec Mary Beach, pour les éditions Bourgois, aux traductions de Burroughs, Ginsberg, Kaufman, Ferlinghetti, Sanders etc.
    Pourtant, l'oeuvre poétique de Claude Pélieu est reconnue à Paris avant son départ aux USA. Son écriture, certes proche du style beat dans ses effets, a été longuement mûrie et travaillée dans les années cinquante. Nourrie au surréalisme, au lettrisme et à la poésie sonore, elle a trouvé en 1962-1963 un réceptacle inattendu dans sa correspondance avec sa femme Lu.
    De 1959 à 1962, Claude et Lula ont vécu une intense passion amoureuse, avant de se séparer. Au début de 1963 ju'à la fin de 1964, alors qu'il commence à vivre son « rêve américain », Claude Pélieu écrit de longues lettres à Lu, qu'il enrichit de textes éclatants témoignant de cette voix singulière qui fut celle de la beat generation.
    En France, Claude Pélieu publiera, aux éditions du Soleil Noir, chez Bourgois, 10/18, aux éditions du Rocher ou encore au Castor Astral et aux éditions de la Notonecte, de nombreux recueils de poésie aux titres évocateurs : Ce Que Dit La Bouche d'Ombre, Infra Noir, Jukeboxes, Tatouages mentholés et Cartouches d'aube, Le Journal blanc du hasard, Embruns d'exil traduits du silence, Coca Néon, Pommes Bleues électriques, Cartes postales USA, Légende noire, La Rue est un rêve, Studio Réalité, Boomerangs... Une édition de ses OEuvres Complètes est en cours...
    Claude Pélieu a revu, pour un projet d'édition en 1999, Les lettres à Lula-Nash et les textes qui leurs étaient joints, corrigeant à peine une écriture sans concession, d'une beauté absolue, et a ajouté une postface.
    Peintre de talent, des dessins et collages de Claude Pélieu illustrent le présent ouvrage.

  • De nuit en nuit

    Marko Ristic

    • Non lieu
    • 21 Septembre 2019

    Traduction française inédite par l'auteur lui-même d'une version écrite en serbe en 1939, ce texte de Marko Ristic est un essai sur la nuit, une des images dominantes dans la création littéraire et artistique des surréalistes. Pour Ristic, la nuit, la Nox microcosmica comme le titre d'un de ses recueils de poésies, est la nuit intérieure de l'homme où se cachent le Minotaure et les autres monstres affreux, ses désirs refoulés, soumis en état de veille à la censure de la conscience et que l'artiste dégage et porte à la lumière du jour par sa création artistique.
    Dans cette essai poétique donc, Ristic, marqué par la découverte du Moyen-Âge, exprime une revalorisation de la nuit. Ce faisant, il l'oppose à la mort, mais aussi à la réalité insupportable, à « tout ce qui, dans cette réalité, est le mal réel, la fatalité naturelle, la fatalité sociale ». En extériorisant ses ténèbres intérieures, il lutte contre les ténèbres extérieures. Dans ce contexte, la nuit est aussi le symbole de la réalité sociale contre laquelle les surréalistes se révoltent et sous cet autre aspect, elle garde tout à fait sa connotation négative. À la psychanalyse freudienne se joint ainsi l'idéologie marxiste.

  • Les Années romantiques, pour Gabriela Adamesteanu, sont les années qui ont vu la fin de la dictature de Ceausescu, la naissance d'une nouvelle Roumanie et l'entrée du pays dans la communauté européenne. Pour rendre compte de ces événements, elle avait occupé une position privilégiée en temps que journaliste. Ainsi, entre 1991 et 2005, elle était commentatrice politique et rédactrice en chef de Revue 22, l'hebdomadaire du Groupe pour le dialogue social. Cependant ce « journal » n'est pas seulement un témoignage, il est aussi l'oeuvre littéraire d'une grande romancière.

  • Voyage initiatique, témoignage sur le passé colonial, plongée dans l'univers de la délinquance, avec ce roman Saïd Mohamed propose une photographie sans complaisance et parfois cruelle de ce qui fut son univers.
    La honte sur nous, fresque picaresque d'une famille marginale, nous fait toucher du doigt en permanence le fond du gouffre et le sordide du quotidien.
    Écrit au ras des mots, dans un style réaliste, ce roman dégage une vraie force poétique.
    Saïd Mohamed est un poète qui crée un malaise en parvenant à nous faire rire avec des choses qui dérangent. Tel un griot africain, il raconte une histoire de vie, et le miracle de la parole a lieu car, comme Shéhérazade, il a survécu à la nuit.
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  • Monsieur K. liberé

    Matéi Visniec

    Accusé sous d'obscurs prétextes pour une obscure affaire, Kosef J. est enfermé depuis des années et des années dans un pénitencier souterrain aux mystérieuses ramifications. Il se révèle être un prisonnier patient, discipliné et consciencieux, Or, un matin, on annonce sa libération à Kosef J. Libération qu'il ne désire pas. Libéré sans explication, en attendant une réunion (reportée sine die) avec le directeur, Monsieur K. découvre avec stupeur le monde extérieur.
    Monsieur K. libéré est, en premier lieu, un hommage à Kafka. Ce livre est cependant aussi lié à un moment précis de la vie de l'auteur : sa sortie de Roumanie en 1987 et son arrivée à Paris; l'angoisse saisissante de la liberté. « En arrivant à Paris, déclare Matéi Visniec, j'ai ressenti un choc, le choc de la liberté. J'étais comme quelqu'un qui sortirait de prison et ne saurait pas quoi faire de sa liberté. Je me sentais tout à coup comme le personnage de Kafka, Monsieur K, mais vivant un traumatisme dans le sens inverse, c'est-à-dire, non pas le choc de l'arrestation, mais celui de la libération. » Plongée dans l'univers kafkaïen, mais à rebours, ce roman philosophique à l'humour grinçant, nous questionne sur la nature humaine et son indéfectible attrait pour la servitude volontaire malgré les souffrances qu'elle engendre.
    Publié en 2010 en Roumanie (éditions Cartea Romaneasca), Monsieur K. libéré fut nominé pour le Prix national de prose du Journal de IaÞi. Après Syndrome de panique dans la Ville lumière (2012), les éditions Non Lieu poursuivent « l'aventure Visniec » et publient son roman le plus abouti : Monsieur K. libéré.

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