Mollat

  • Grandir dans les années 50 n'est pas une aventure de tout repos pour le jeune Léonard.
    Rebelle que l'on veut mater, agité que l'on ne sait calmer, surdoué que l'on sous-estime, ce garçon qui parcourt un port de la Lune encore chargé de mystères endure une enfance pleine de fureur, de violence. et de drôlerie. Balancé entre bonne bourgeoisie et centre de rééducation, il subit le rejet d'une mère malade et la violence ce d'un père qui voudrait le dresser. Mais ce qui pourrait être une histoire terrible devient, sous la plume alerte et inventive de Bernard Manteau, le récit plein de verve et de vitalité d'un cancre magnifique, enfant de Dieu et du diable qui masque sa souffrance par des pirouettes.
    Roman enchanteur, Les Théorèmes du port de la Lune vous fera connaître la poétique et singulière mathématique d'un héros que vous n'oublierez pas de sitôt.

  • Hélène Samia Lapérade, une Franco-Algérienne vivant d'expédients et de ses charmes, est amoureuse de Raymond Rossi, un juge de paix du « milieu ». L'intrigue court du 8 février 1960 au 2 juillet 1962. La jeune femme est une figure allégorique d'une décolonisation accouchée au forceps, et de la dérive, de part et d'autre de la Méditerranée, de filles et de fils de la Toussaint déboussolés et bafoués, marinant dans la rancoeur, le ressentiment et l'insupportable ressassement de leurs illusions. Sur le pont du Ville-de-Bordeaux, un navire de la Compagnie générale transatlantique, elle quitte sa terre natale pour disparaître de l'horizon de celles et ceux qui l'ont exploitée et maltraitée. Parvenue sur le sol métropolitain elle s'évapore sans laisser de traces, passée à la trappe de l'empire. Tout en se remémorant certains de ses propres souvenirs, les uns ayant trait à son enfance à Bal el-Oued, les autres à trois années passées comme professeur de français à Biskra, de 1980 à 1983, l'auteur examine un pan douloureux de l'histoire contemporaine de la France, la guerre d'Algérie, un des deux points aveugles de sa conscience collective (avec la période de l'Occupation et du gouvernement de Vichy), lequel continue de travailler ses contradictions, notamment quand la République, confrontée, dans ses institutions, ses principes et son mode de vie à un fondamentalisme et à un terrorisme musulmans, ignore qu'elle a moins mal au monde arabe qu'à l'Algérie, ou, ce qui revient au même, que c'est principalement à travers son rapport à l'Algérie qu'elle souffre du monde arabe

  • Ils attendaient.
    Par milliers, ils attendaient dans la chaleur de cet été bordelais. certains étaient partis la veille de paris. d'autres, venant de riga, varsovie ou berlin, avaient pris, il y a plusieurs semaines voire plusieurs mois, les chemins de l'exode. tous fuyaient les barbares dont l'ombre s'étendait maintenant sur toute l'europe. on les appelait les réfugiés. on sait aujourd'hui qu'ils étaient tout simplement des condamnés à mort.
    Pour sauver leur vie, ils avaient besoin d'une simple signature sur leur passeport. or, le seul homme qui pouvait leur donner cette signature n'avait pas le droit de le faire. parce qu'ils étaient juifs, ou polonais, ou apatrides. ou de " nationalité indéfinie ". ou tout simplement indésirables. combien s'en seraient lavés les mains et auraient obéi aux ordres de leurs supérieurs ? pas mon affaire ! lui, non.
    Il s'appelait aristides de sousa mendes.

  • Les apparitions du Ressuscité, pas plus que sa résurrection ne ressemble à celle ce Lazare, ne sont comparables aux visions des mystiques, ou au privilège dont jouirent tel petit pâtre ou telle bergère.
    Je ne tiens pas pour rien, l'histoire de l'Eglise non plus, les témoignages de sainte Thérèse, de sainte Catherine de Sienne, voire de Bernadette Soubirous. C'est par l'étude des mystiques que Bergson a accédé à la foi. Pour eux, pour
    d'autres, l'ineffable devient un jour, un beau jour, objet d'expérience. Cette expérience, qui est celle du divin, est aussi celle que font les apôtres.

  • Quels sont les rapports possibles entre une littérature traditionnellement contestataire, sociologique, et la religion ? Un auteur « noiriste » est-il nécessairement fâché avec la mitre et le goupillon ? La pompe ou au contraire l'humilité catholiques sont-elles en opposition avec la flamboyance électrique de certains écrits, voire même, avec l'efficacité en soi ? Les dévoreurs de
    calotte ne font-ils qu'une bouchée de l'hostie ? Plus généralement, quelle place est à accorder à la foi dans la genèse et la construction d'une oeuvre ? Puisqu'elle permet de soulever des montagnes, peut-elle conjointement amener à bâtir des routes, des dispensaires et aider à la naissance de
    tableaux, de livres en apparence très éloignés de ses préceptes oe
    Peut-on aller au-delà des clivages attendus entre des écrivains réputés sans Dieu, provocateurs, violents, amateurs de jeux de langage sous adrénaline, qui torturent le style pour mieux le rendre à lui-même et des hommes de foi censément pleins d'onction, effrayés par la sexualité, offusqués par l'exposé de situations tordues, relatées sans fard, de façon éclatée, abrupte ? Sont-ils destinés à se regarder pour toujours en chiens de faïence oe
    Quels liens entre des religieux, guidés dans la nuit sombre de l'existence par la promesse d'une résurrection en pleine lumière et des romanciers ayant les nerfs à vifs, qui s'attellent à débusquer l'obscurité du bout de leur stylo sans d'autre horizon que la matière, promise à une irrémédiable finitude et le réel, débarrassé de toute idée de divinité, de toute perspective d'arrière monde oe
    En s'appuyant sur la vie et l'oeuvre pies d'un homme nourri par le message des évangiles, Roger de Traversay alias Romus, fondateur dans la région de Bordeaux d'un centre d'accueil pour enfants en difficulté, Annelise Roux, diplômée en sciences politiques, écrivain espiègle et tourmentée, « athée
    mal convaincue » n'ayant d'autre mystique que l'écriture, brosse le portrait d'un homme de convictions et de chair et en profite pour s'interroger sur les ponts jetés entre ces rives.

  • Bouquet garni

    Dominique Dayau

    • Mollat
    • 7 Octobre 2005

    Iris, Pervenche, Marguerite, Valériane, Edelweiss, Bouton d'or, Lilas, Coquelicot...
    Composent un drôle de bouquet qui rassemble pêle-mêle un psychiatre nécrophile, un avocat cocaïnomane, un collectionneur de préservatifs usagés, une tierce pour handicapés bien intéressée, des pompiers détrousseurs de cadavres, un soupeur de pissotières, un graphologue pédophile... toute une cour des Miracles grenouillant autour d'un ignoble " fait divers " où l'on retrouvera une poupée sans tête, un chien crevé, un pendu, et une fillette dans une décharge publique, étranglée, violée, les yeux crevés.
    De Managua à Bordeaux via Tegucigalpa, le commissaire Pouchet doit plonger dans cet univers sordide pour démêler l'écheveau des culpabilités, démanteler un réseau international de trafiquants de drogue et résoudre les énigmes que pose le meurtre de la petite Marina.
    Pour mener tambour battant cette enquête aux rebondissements déroutants où l'argot de comptoir le dispute au jargon du mitan, et nous conduire, de fausses pistes en vrais délires, à travers une galerie de portraits croqués dans leur crudité et leur cruauté, il fallait un homme de terrain rompu aux affaires criminelles, un flic sachant écrire.

  • Un homme de soixante-treize ans, François Lister, arpente Bordeaux à la recherche de sa jeunesse et de son premier amour, cinquante et un ans après l'avoir quittée. Il n'y croise que des spectres, réactivant ses souvenirs dans un quartier, Saint-Michel, qui n'est plus aux couleurs de l'Espagne républicaine de ses vingt ans. Rencontrée par hasard dans un café, Rosario Paradis s'attache immédiatement à lui. La jeune femme s'escrime à rédiger une thèse d'histoire de l'art qu'elle finance par-delà le bien et le mal, entre peep-show et prostitution occasionnelle. Immergé dans sa mémoire, Lister comprend que, depuis Goya et sa Laitière de Bordeaux, c'est la même chimère qui parcourt la ville. Quand il saisit que pour lui l'heure a sonné d'embrasser la nuevia de la muerte, il rompt définitivement les amarres.

    Jean-Michel Devésa enseigne la littérature francophone du XXe siècle et de l'extrême contemporain à l'université de Bordeaux Montai

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