Millon

  • L'âme de Napoléon Nouv.

    L'âme de Napoléon

    Léon Bloy

    Poursuivant son évaluation de l'histoire humaine comme entrelacs de signes divins, plaçant Napoléon entre ses méditations sur Marie-Antoinette, Louis XVII, Mélanie la voyante de La Salette et Jeanne d'Arc, Bloy fait de Napoléon un éclaireur du Saint-Esprit, un essaim de signes dont toutes les décisions, bonnes et mauvaises, les paroles et les pensées relèvent d'une mission sacrée, d'un sacerdoce apocalyptique.
    Bloy communie avec le Grand Homme offrant son âme au destin. Ce n'est pas la "volonté" qui le gouverne ; c'est la grâce, un absolu qui le dépasse et auquel il s'abandonne tout entier, jusqu'à perdre tout ce qu'il avait conquis. Napoléon n'a rien à perdre car il ne possède rien ; c'est lui qui est possédé.

  • La-haut Nouv.

    Après le succès de Là-bas, J.-K. Huysmans se lance dans un projet romanesque qui en prend le contrepied : " Je vais tenter le divin ", écrit-il en avril 1891 à son ami Arij Prins. Après Satan, Dieu ; après le noir, le blanc ; après l'enfer là-bas, le Ciel là-haut. De ce roman qu'il abandonne finalement au printemps 1893, il nous reste deux manuscrits autographes correspondant à deux états d'un même texte, amorce d'une quête tourmentée dont l'effervescence aboutira à la conversion au catholicisme de Huysmans lors de son séjour à la Trappe de Notre-Dame d'Igny en 1892, et donnera naissance à En route, récit de cette conversion.
    Durtal/Huysmans reste au seuil de la foi, ni dehors, ni dedans. Malgré l'altitude de La Salette, " là-haut " n'est qu'une destination espérée, non un point d'arrivée.

  • Promenades dans Rome

    Stendhal

    Aller à rome avec stendhal en 1829, c'est rencontrer trois villes superposées : la rome romaine, ce champ de fouilles permanentes dont on espère encore des trésors de beauté, ce peuple qui a conservé l'orgueil et la dureté antiques; la ville des papes, cité de l'art, ville-musée, ville-oeuvre d'art dans l'harmonie de son climat, de ses édifices, de ses habitants, création des grands papes de la renaissance; enfin, rome est alors la capitale d'un etat, où règne l'archaïsme politique et social d'une théocratie moribonde.
    Au service de ces trois villes, stendhal a écrit un guide nonchalant, une série de contes, le journal intime d'une âme sensible au milieu des chefs-d'oeuvre.
    Il rêve ce qu'il a vu, il voit ce qu'il a rêvé: nous pouvons toujours suivre, dans la cité sublime, ce génie de la flânerie.

  • Coucher de soleil. Deux personnages sont là, comme par hasard, dans un parc. A est sur un socle de statue. Debout, il va sauter. B est assis sur un banc. A ne voit que le côté sombre de la vie. Il est le pessimiste et le cynique aussi. Il va se suicider. B ne se semble voir que le côté joyeux de l'existence. Serait-il l'optimiste ?
    L'angélique sûrement.
    La nuit. Gazouilles d'oiseaux. Quelques bruits de ville, au loin.

  • L'art de se taire

    Abbé Dinouart

    Il y a dans L'Art de se taire un appel à la réserve, à la réfl exion, à la retenue, qu'il n'est peutêtre pas sans intérêt de rappeler en un temps où l'exigence de communiquer tend à se plier aux lois d'un marché où la pensée devient une marchandise. C'est l'intérêt du traité de Dinouart de rappeler, après d'autres, que le silence est une composante fondamentale de l'éloquence. Qu'on ne saurait comprendre l'e et d'un discours à partir de la seule invention verbale qu'il sait déployer, comme on ne saurait restreindre la rhétorique à une taxinomie des tours et des fi gures.
    Un appel à la réserve et à la distance pour tous ceux chez qui le désir de s'exprimer semble plus fort que celui de se taire.

  • En 1891, dans Là-bas, J.-K. Huysmans propose une incursion chez les adorateurs de Satan, et son héros, l'écrivain Durtal, écrit une biographie de Gilles de Rais, enfant abandonné, compagnon de guerre de Jeanne d'Arc, Maréchal de France à vingt-cinq ans, seigneur féodal tout-puissant, mystique et tueur de masse. À travers cette figure, Huysmans donne à voir le Moyen Âge, qui le fascine par sa foi profonde et ses excès. En 1897, dans une plaquette tirée à cent exemplaires, jamais republiée, Huysmans présente à nouveau la vie de ce personnage hors normes.
    Jérôme Solal propose une nouvelle édition suivie de plusieurs textes, dont les passages censurés en 1897.

  • À la fin du XVIIIe siècle, la question de l'éducation des femmes est posée de manière insistante. Pour Laclos, il s'agit de combattre les idées établies et d'opérer une véritable révolution afin de libérer la femme, réduite par l'homme à l'état d'esclavage. La femme naturelle de ce livre, élevée dans la tranquille jouissance d'un corps libre, est le pendant de madame de Merteuil gagnant son autonomie dans une société pervertie par le mensonge et une connaissance des rapports de force, ce qui lui permet de développer des vues plutôt féministes sur l'égalité des sexes et l'éducation des jeunes filles. De l'éducation des femmes dénonce l'éducation donnée alors aux jeunes filles qui ne vise, selon lui, « qu'à les accoutumer à la servitude, et à les y maintenir ».

  • De tout

    Joris-Karl Huysmans

    En 1899, Huysmans s'est réfugié à Ligugé, fuyant le monde parisien qu'il trouve corrompu. De tout rassemble sous une forme journalistique l'essentiel des obsessions de son auteur, selon la partition profane / sacré, tout en réagissant à vif à une actualité politico-religieuse brûlante.
    De tout est une promenade dans les rues de Paris du XXe siècle naissant, dans les cafés, chez le coiffeur, dans le train en partance pour des villes étrangères visitées par l'auteur, mais aussi dans les couvents, les églises, nous livrant, comme des intermèdes, quelques mini-hagiographies de saintes oubliées.

  • Si au XIXe siècle Goethe, Chateaubriand, Lamartine... firent leur périple romantique obligé en Italie, en Grèce, dans les Pays du Levant, l'Orient, les ruines les intéressent peu. Pour Gaston Boissier, à Rome, Ostie, Pompéi, Carthage, les sites vont dévoiler leurs charmes et retrouver les couleurs de la vie. Historien, Gaston Boissier a le ton plaisant du conteur, le désir de faire partager ses connaissances encyclopédiques mais aussi son plaisir à la découverte des lieux. Ce ne sont pas des ville mortes que nous parcourons avec lui, mais les ruines vivantes, bruyantes.
    Aujourd'hui ces Promenade sont comme la dernière lumière au milieu des ténèbres de l'ignorance de l'Histoire antique et du mépris de la culture humaniste.
    Un petit guide éclairé pour les curieux des sites antiques.

  • " Les murs ont des oreilles ", " Tel père tel fils ", " Les rats quittent le navire ", " La nuit porte conseil " , " Rien de nouveau sous le soleil ", " La peur donne des ailes"... 2500 proverbes latins et grecs et plus de 25 000 citations. Leur signification, leur origine, leur histoire et leurs transformations successives au cours des siècles ; leur survivance dans nos langues européennes actuelles ; leur utilisation par les auteurs du Moyen Âge jusqu'à nos jours. Une somme de proverbes, de sentences, de maximes, c'est-à-dire des conseils, des observations sur la vie courante, des constatations banales, des avis, autant de façons de traduire le réel, les rapports à autrui, les souffrances, les heurts et les malheurs des hommes et des femmes au cours de leur existence ; en un mot : la vie, mode d'emploi. sans que rien ne soit jamais nouveau sous le soleil.
    L'ouvrage est précédé d'un texte de Umberto Eco, " Petit essai impertinent sur les proverbes " (publié en 2006 dans la Repubblica).

  • Amour, folie et mort, telle est la triade qui règne sur les fictions arachnéennes réunies ici, des nouvelles fantastiques pour la plupart, accompagnées de quelques textes poétiques et discursifs. Le comportement de l'araignée, à l'instar de celui de la mante religieuse, permet toutes les variations fantasmatiques sur le cannibalisme : il se manifeste entre parents et enfants, mais surtout entre amante et amant. Cette composante imaginaire se trouve redoublée par une figure fatidique par excellence, la fileuse, la tisseuse, la brodeuse ou la couturière, dont le fil rappelle le fil du destin.
    L'araignée a tissé ses toiles sous la coupe du diable et la forte influence de la Bible et de la littérature homilétique, dans le délire et la folie, et aussi dans l'art.

  • Méduses

    Valentine Goby

    • Millon
    • 18 Novembre 2010

    En novembre, la ville de Voiron (Isère) propose à un large public de découvrir l'univers d'auteurs jeunesse et adultes, à travers des rencontres, des lectures, des ateliers, des films, des spectacles. Pour sa deuxième édition, Valentine Goby est l'invitée d'honneur. Elle vient de passer cinq semaines au Groenland dans le cadre d'un projet d'écriture (avec le soutien Culturesfrance / Ministère des Affaires étrangères et européennes). Si ce voyage doit inspirer son prochain livre chez Gallimard, Valentine Goby doit nous donner un petit essai, issu de cette expérience.

  • Invectives

    Petrarque/

    Jusqu'à ce jour, les trois invectives (Contre un homme de haut rang et de petite vertu. Contre un médecin. Contre celui qui maudit l'Italie, ou France-Italie) n'ont jamais été traduites en français. La difficulté d'accès aux écrits latins de l'auteur n'est pas la seule raison de ce désintérêt ; sans doute suscitaient-elles l'étonnement ou choquaient-elles. Les textes de Pétrarque sont bien éloignés de la poésie amoureuse, de l'élégance, de l'érudition et de la haute portée morale de sa correspondance : les images sont crues, les propos souvent grossiers, les attaques partisanes et excessives. Mais peut-on répondre autrement à des critiques, lorsque celles-ci viennent remettre en cause des convictions profondes et une attitude quasi militante face à l'existence ? Il faut croire que l'enjeu sous-jacent de ces controverses est d'importance pour faire perdre ainsi son habituelle mesure à un homme qui aime à se distinguer du vulgaire. Ces trois textes présentent un intérêt majeur, celui de nous dévoiler l'homme plus que l'écrivain. Ce n'est pas un hasard si aucun des détracteurs n'est désigné nommément; le vrai sujet de ces invectives c'est Pétrarque aux prises avec un exercice nouveau : la défense de soi, l'autojustification.

  • Le second volume de Promenades Archéologiques commence par la vie du "découvreur" de Troie, Schliemann, aventurier autodidacte qui s'est lancé dans l'archéologie par et avec passion, sur les traces d'Ulysse. Une vie qui ressemble à un roman. Quelques années plus tard, Charles Diehl exhume les civilisations disparues dans les champs de ruines visitées en Grèce.
    Sur les pas de Pausanias, géographe et voyageur de l'Antiquité, Frazer revisite l'Attique, l'isthme, la plus grande partie du Péloponnèse, et l'on y voit se projeter successivement les sites les plus pittoresques.
    Historiens au moins autant qu'archéologues, les auteurs étudient quelques périodes de la civilisation et de la vie helléniques et disposent des tableaux plus que des catalogues.

  • À la manière des « je me souviens » chers à Georges Pérec, Didier Daeninckx voyage dans les souvenirs qu'évoquent les mots Aronde, Dauphine, Coccinelle et autres Ariane, Golf ou DS dont les mécaniques souvent défaillantes l'ont mené à travers le monde. Le livre est illustré par Mako, avec qui Didier Daeninckx a publié plusieurs bandes dessinées.

  • D'oú vient, dans l'histoire occidentale de la lecture, la situation paradoxale qui veut que la voie esthétique, initialement rejetée au titre de son caractère sensoriel et éphémère, soit invariablement mise au service d'un programme ascétique? qu'en est-il des réticences premières que font naître chez platon et augustin l'acte de lecture et la nature de la fiction? en analysant des "scènes de lecture" et leurs variations chez abélard, dante et virginia woolf, brian stock montre l'interdépendance des deux attitudes à l'égard de l'expérience littéraire qui ont pris forme dans le monde antique: d'un côté, la lecture d'agrément, de l'autre, la lecture d'édification.
    Comment les traditions distinctes de la lecture ascétique et de la lecture esthétique ont-elles envisagé les questions littéraires et morales? qu'entend-on par ascèse dans l'antiquité tardive et la tradition de la lectio spiritualis? et, symétriquement, comment définit-on la lecture esthétique et l'imagination créatrice qui s'y joue? d'horace à schopenhauer et coleridge, en passant par cicéron ou sénèque, la lecture savoureuse n'est pas faite d'impressions transitoires qui interdiraient la permanence des vérités morales.
    La force proprement poétique de ce que nous lisons à part elle-même qualité de persuasion éthique; il y a continuité entre valeur esthétique et conduite de la vie. tel est l'enseignement de l'imagination, dont brian stock propose ici une histoire oú s'inscrit le problème du mensonge et de la vérité en littérature. quelles sont les implications éthiques de ce processus imaginatif pour d'autres types de "modelage" ou d'"imitation" dans la vie? et, à considérer les formes elles-mêmes, quelles sont la valeur et la nature de la représentation de la réalité dans la littérature? pourquoi lire fait-il vivre?.

  • Rentré à Ithaque, Ulysse est déçu par le retour. Rêveur, inquiet, mélancolique, insatisfait, rongé par le désir de reprendre le large, il retrouve pour ce dernier voyage ses anciens compagnons et les lieux autrefois abordés. Pour ce héros vieux « et par l'âge ralenti », ce dernier voyage est le parcours même de la vie.
    Poètes, prosateurs et essayistes des xixe et xxe siècles reviennent en grands lecteurs inspirés sur la prophétie par Tirésias d'un dernier voyage et sur le périple téméraire de l'Ulysse dantesque en plein Océan, narré du coeur de la grande flamme fourchue dans laquelle il brûle. L'Odyssée se prolonge par l'Inferno. De Tennyson à Borges, en passant par Preston, Lang, Heyse, Lemaitre, Cavafis, Pascoli, Graf et Blei, poètes, prosateurs et essayistes se lancent, les uns après les autres, les uns lisant et traduisant les autres, sur les traces d'un chemin connu et inconnu à la fois. Fascination de l'énigme de l'oracle, murmure de la langue de feu, défi de la poésie homérique et dantesque, mythologie mélancolique, méditation sur l'existence et l'immortalité, la Seconde Odyssée c'est tout cela.

  • Le repos religieux

    Pétrarque

    Le traité du Repos religieux complète celui de la Vie solitaire, rédigé un an auparavant (1346), ou plutôt lui donne rétrospectivement l'assise d'une réflexion sur les notions de loisir, de vacance et de repos, nécessaires à la fondation d'une vie qui soit réellement la vie et ne se perde pas dans le faux prestige des activités extérieures.
    Comme le livre précédent, il entend poser une question à la fois très simple et très vertigineuse : comment vivre ? Quelle forme donner à la vie ? Pour y répondre, ce traité rempli d'exhortations, d'adresses à soi-même, d'invectives, où bien des tons et des paysages intérieurs se succèdent, nous livre une méditation persévérante, rythmée, forcenée parfois, sur le célèbre verset du Psaume 45, " Vaquez et voyez que je suis Dieu " : notre fin la plus haute, c'est la vacance et le repos, l'otium.
    Otium pourrait tout autant se traduire par " liberté ", sur laquelle notre époque aurait aussi à méditer.

  • L'Afrique

    Pétrarque

    L'Afrique, épopée sur les exploits de Scipion, jeune général romain en lutte contre Hannibal le Punique, reste une oeuvre éminemment déconcertante et méconnue : Pétrarque y définit un nouveau projet épique, une symbiose entre histoire et poésie, réalité et fiction, où religion chrétienne et religion antique ne se heurteraient pas. Tous les personnages, quelle que soit leur importance, concourent à cette audacieuse entreprise qui tiendra longtemps Pétrarque en souci. Car c'est en chacun d'eux que se livre la bataille opposant Rome et Carthage : Magon, le barbare punique, qui meurt en confessant ses fautes ; Masinissa, prince berbère, mais profondément séduit par les valeurs qu'incarnent les Romains ; le vertueux Scipion, aux prises avec l'amour qui fait irruption dans sa vie ; Sophonisbe, qui préfère devancer la mort plutôt que de finir ses jours en captive sous le joug de l'oppresseur dans l'épopée masculine, le féminin fait irruption et bouleverse l'ordre établi. Le conflit ébranle aussi l'Olympe : Jupiter hésite à prendre parti, le temps n'est pas encore venu pour intervenir dans l'histoire humaine, bien qu'il soit déjà décidé à revêtir une forme mortelle pour sauver le monde... Écrite en réaction contre la grande poésie épique du XIIe siècle, l'Afrique est un tissage complexe de diverses influences textuelles, tant classiques que médiévales. Pour la première fois, ce texte étrange et somptueux devient enfin disponible en édition bilingue.

  • En 1358, un ami de Pétrarque l'invite à l'accompagner en Terre Sainte.
    Mais Pétrarque ne sera pas du voyage : la mer le terrifie. C'est aussi qu'il entend être autrement présent : par les pages qu'il écrira, et que le pèlerin emportera avec lui. Qu'est-ce qu'un Itinéraire quand son auteur n'a jamais vu les lieux qu'il décrit, quand il n'a parcouru que de la pensée les terres qu'il explore pour autrui ? Qu'est-ce qu'un guide, et va-t-on croire que la seule façon de l'être, c'est de donner du corps la mesure des quantités de l'espace ? Les Modernes que nous sommes ont perdu le souvenir d'autres arpentages.
    Voyage dans les lieux, dans l'histoire et dans les livres, indissociablement : le déplacement est l'aventure de l'esprit. Le temps, l'âme, l'espace ont la même issue.

empty