Mauvaise Graine

  • "Vous êtes fou, monsieur Artaud, et la messe ?" Je renie le baptême et la messe.

    Il n'y a pas d'acte humain qui, sur le plan érotique interne, soit plus pernicieux que la descente du soi-disant Jésus-Christ sur les autels.
    On ne me croira pas et je vois d'ici les haussements d'épaules du public mais le nommé Christ n'est autre que celui qui en face du morpion dieu, a consenti à vivre sans corps, alors qu'une armée d'hommes descendue d'une croix, où dieu croyait l'avoir depuis longtemps clouée, s'est révoltée, et, bordée de fer, sang, de feu, et d'ossements, avance, invectivant l'Invisible afin d'y finir le JUGEMENT DE DIEU.


  • juan et dagoberto sont seuls dans un train qui semble traverser le pays de nulle part.
    juan : "je me dis que tous les efforts que je pourrais faire pour parvenir sain et sauf au bout du voyage trouvaient leur raison d'être. " et un peu plus tard, dagoberto : "et si nous n'arrivions jamais à k ? et si nous déraillions avant ? et si nous tournions en rond toute la nuit ?"
    une autre variante sur la thématique de l'incommunicabilité, de la solitude, du désespoir, de l'amour, de la monstruosité coule de nouveau sous la plume de tomeo.
    son "oeuvre musicale" laisse transparaître la nature sadomasochiste des rapports humains, le paradoxe de l'exigence de l'amour sous la menace et enfin un dialogue de la différence et sur la différence : les contraires cohabitent, s'affrontent et se rejoignent dans les antinomies.


  • "cette histoire n'est pas une fable qui fait rire les gosses.
    c'était la guerre. le bruit courait dans tout le village. le village était dans tous ses états.
    - l'état, c'est moi ! cria le roi des tyrans. la population s'était entassée sur la petite place de crève et observait le visage du roi des tyrans.
    - il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds ! affirma le roi des tyrans.
    quand tout le monde eut changé de place, le roi des tyrans continua :
    - nom de dieu, c'est la guerre !
    comme tout le monde pleurait, le roi des tyrans ajouta :
    - ne vous inquiétez pas, l'état gère.

    il fallait se battre, mais contre qui ? personne ne savait. ".


  • marcos vint au monde pour apprendre, et il apprit tant qu'il fut capable de comprendre combien peuvent nous enseigner les scarabées, ces petites bêtes étranges qui avancent au ras du sol, fument, ont une mauvaise vue et qui, quand elles n'écrivent pas, rêvent de savoir écrire.
    insectes pleins de fantaisies, d'extravagances, de chimères, petites bêtes craintives et courageuses, qui se cachent sous les feuilles parce que le ciel n'est jamais sûr. les scarabées ont une carapace qui leur sert de peau, une autre en guise d'honneur et une dernière que l'on appelle dignité. cette humanité, c'est celle des duritos de la forêt lacandone, de ces hommes et de ces femmes qui vivront toujours dans notre esprit parce qu'ils sont, eux-mêmes, le meilleur de la mémoire future du mexique.


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