Lux Canada

  • George Woodcock, critique littéraire, historien et anarchiste, a eu un accès privilégié à la complexe histoire personnelle de George Orwell, dont il fut un ami proche. Rassemblant souvenirs, lettres et divers témoignages, cette biographie situe l'oeuvre d'Orwell dans son contexte personnel, politique et littéraire. Elle offre une perspective à la fois intimiste et documentée sur la vie et les écrits de cet esprit libre, ne faisant l'impasse sur aucun des paradoxes qui habitent l'une et l'autre.
    Alors que George Orwell est remis au goût du jour tant à gauche qu'à droite, et que prolifèrent les fake news, la novlangue et de nouvelles formes de contrôle technoscientifiques, cette biographie littéraire - la seule à avoir été écrite de première main - arrive à point nommé. Par l'élégance de son écriture et l'accès privilégié qu'il offre à son sujet, Woodcock brosse ici un portrait inédit de celui qui fut bien plus que l'auteur de la dystopie 1984.
    La version originale de ce livre, The Crystal Spirit. A Study of George Orwell, a reçu le Prix littéraire du gouverneur général en 1966.

  • Que signifie être «indépendant», dans le monde du livre? De qui l'éditeur et le libraire sont-ils indépendants et, surtout, à quelles fins? Quelle «édition indépendante» peut constituer un modèle économique viable? Et que nous apprennent les remous qui l'agitent sur les formes contemporaines de contrôle de la parole et l'amenuisement sournois de l'espace démocratique?

    Dans le sillage d'analyses comme celle d'André Schiffrin et à partir d'exemples tirés du Québec et de la France, ces réflexions décrivent un monde du livre toujours plus menacé par les conglomérats médiatiques et les géants du web, mais où, paradoxalement, s'épanouit une édition indépendante foisonnante. Dans ce contexte, il devient urgent de clarifier cette notion pour qu'éditeurs et libraires puissent, ensemble, continuer de diffuser des formes et des idées radicales : l'indépendance doit être le fruit d'une réflexion commune et d'une quête collective, car à quoi bon être indépendant tout seul?

  • Une fois encore, une dernière fois dans sa vie, Eduardo Galeano s'est engagé dans la jungle du monde pour y chasser des anectodes, petites histoires qui font la grande, qu'il a disposées avec amour et humour dans ce livre-testament.
    Mais pour la première fois, ce porteur de la voix des autres a ajouté à sa mosaïque des fragments de sa propre vie pour confesser, pourquoi il a écrit des livres, lui qui aurait tant aimé être footballeur.
    Ainsi, dans ce livre qu'il nous a laissé avant de nous laisser sans lui, on le voit au milieu des gens qu'il a aimés, de ses lecteurs, de ses contemporains de tous les continents et de toutes les époques.

  • Faisant fi des frontières et du temps, chaque page de ce livre raconte une histoire tirée de la longue biographie de l'humanité. Mosaïste chevronné, Eduardo Galeano nous livre 366 instantanés qui rendent hommage à des anonymes ou ressuscitent héroïnes et héros oubliés. Un livre des jours pour ne pas oublier et pour apprendre à trier le grain de l'ivraie dans l'étourdissante succession des événements du passé. Un livre à o rir au jour de l'an et à lire tous les jours de l'an.

  • Ombres d'hommes

    Jim Tully

    Traduit pour la première fois en 1931, ce livre raconte les vies enfermées de ceux qui avaient pourtant tout sacrifié pour être libres d'errer d'un bout à l'autre des États-Unis, les vagabonds des rails.
    Sorte de Décameron des miséreux, Ombres d'hommes décrit les hobos aux prises avec la répression et la violence policière, condamnés aux fers ou au gibet, sans complaisance, sans misérabilisme, et non sans un certain humour noir.

  • Ce livre, paru en espagnol en 2004, est composé d'un peu plus de trois cents courts textes, pensées, anecdotes, fulgurances, souvenirs, instantanés, orchestrés par l'auteur, dans ce style qui lui est propre, hybride qui, à l'image du continent métissé d'où il surgit, allie chronique et poésie, conte et manifeste. L'ensemble est une véritable cosmogonie narrée par le choeur des voix de ceux que l'histoire officielle a trop souvent, trop longtemps, fait taire. D'un texte à l'autre, le lecteur avance dans cette contre-histoire du monde qui, partant du détail, raconte entre autres les origines, l'amour, l'art, la peur, le pouvoir, la mort, la résistance, la guerre, la parole. Dans ce récit de récits défilent les personnages qui, dans l'ombre, ont bâti l'univers et continuent de le faire.

  • Ces courtes proses, glanées dans l'espace et le temps, content les rêves, légendes et anecdotes qui forment la trame de la conscience et de l'imaginaire latino-américains.
    Cueilleur et passeur de paroles vagabondes, Galeano chante ici les histoires de Calamity Jane, de Firmino, le redoutable cangaceiro, de l'homme qui aima une étoile ou de celui qui voulut enfanter. Poétique et politique, sa voix attise l'esprit de liberté qui gît au coeur de l'expérience collective d'un continent entier.

  • Les luttes féministes et les luttes pour l'abolition du système pénal et de la prison sont souvent présentées, notamment en France, comme étant antagonistes. Ce livre vise à délier ce noeud en explorant les formes de protection que les femmes peuvent attendre du système pénal et en mettant en lumière comment celui-ci, et plus particulièrement la prison, affecte leur existence, qu'elles soient incarcérées ou qu'elles aient des proches en prison. Gwenola Ricordeau articule les analyses féministes et celles de l'abolitionnisme pénal et dénonce la faiblesse de la proposition politique des courants féministes qui promeuvent des réponses pénales aux violences contre les femmes. S'inscrivant dans la critique du « féminisme carcéral », elle plaide pour des formes d'autonomisation du système pénal.
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  • En ces temps de crise, il faut lire et relire cette chronique de l'Amérique de la Grande Dépression.
    Ce livre clé, " d'une critique impitoyable et d'une grande tendresse " (Jorge Semprun), a marqué les esprits dès sa sortie en 1938. Dans un genre littéraire qui lui est propre, qui tient autant du reportage que de la forme romanesque, Pozner observe et décrit un pays, les Etats-Unis, alors en pleine détresse spirituelle et matérielle, mais qui ne cesse de fasciner. Ce peuple, l'auteur en sonde l'âme par un puissant montage de détails : la vie quotidienne de Harlem, les briseurs de grève de l'agence Pinkerton, la guerre des journaux à Chicago, les héros déchus de Hollywood, les grèves violentes dans les mines de Pennsylvanie, John Dos Passos et Waldo Frank, le courrier du coeur et les écrivains publics, le marchand de lacets de Wall Street, les gangsters et les croque-morts...
    Il compose une mosaïque qui renvoie l'image d'un pays où l'énergie le dispute au désespoir, la solidarité à la misère, et où le culte du service et de l'efficacité mène le plus souvent à l'asservissement et au décervelage. Noam Chomsky, dans un entretien, rappelle l'actualité criante de cette époque et de ce livre. Jean-Pierre Faye signe une post-face qui évoque la vie de Pozner et le caractère novateur de son écriture.

  • Fort McMurray, dans le nord de l'Alberta (Canada), est le Klondike d'une ruée vers l'or du XXIe siècle, ville-champignon au milieu d'un enfer écologique, où des travailleurs affluent de partout attirés par les promesses de boom économique. L'or qu'ils convoitent : les gisements de sables bitumineux, le pétrole le plus sale qui existe et qui est exploité au péril de la planète entière par les compagnies pétrolières comme Total. Nancy Huston est allée voir de ses propres yeux ce qui se passait dans son Alberta natale et a découvert, abasourdie, une dévastation qu'elle raconte ici en un cri de colère et d'indignation.

    BRUT réunit également les voix de personnes qui ont vu la catastrophe de près : Naomi Klein, David Dufresne et Melina Laboucan-Massimo, une militante amérindienne qui se bat en première ligne.

  • De ses débuts avec Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967) et Éden, Éden, Éden (1970), véritables réquisitoires mettant en cause le pouvoir colonial français, jusqu'à sa récente trilogie autobiographique (Coma, 2006 ; Formation, 2007 ; Arrière-fond, 2010) qui témoigne d'une sensibilité à toutes les formes de domination sociale, l'ensemble du travail de Pierre Guyotat est caractérisé par une préoccupation constante pour le politique.
    Ce livre propose une réflexion sur le couple littérature et politique et pose la question de ce que peut la littérature. L'auteur tente ainsi de déjouer les discours sur la fin de la littérature et de l'histoire, qui sont les deux faces d'une même médaille.

  • Depuis 1980, près de 1 200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans une indifférence quasi totale. Proportionnellement, ce chiffre officiel et scandaleux équivaut à 55 000 femmes françaises ou 7 000 Québécoises.
    Dans ce récit bouleversant écrit au terme d'une longue enquête, Emmanuelle Walter donne chair aux statistiques et raconte l'histoire de deux adolescentes, Maisy Odjick et Shannon Alexander. Originaires de l'ouest du Québec, elles sont portées disparues depuis septembre 2008.

  • Les métiers terrestres regroupent les nouvelles littéraires de Walsh dont le contenu politique tient notamment au regard ironique qu'elles jettent sur le pouvoir. Celui exercé par des militaires sur la dépouille d'Eva Perón (« Cette femme », considérée comme la maillure nouvelle de la littérature argentine), celui que subit un jeune enfant récalcitrant dans un pensionnat (« Des Irlandais à la poursuite d'un chat ») ou le rapport de domination entre un éditeur et son traducteur (« Notes du traducteur »). Les marges de la scène politique argentine servent de toile de fond à ces textes d'une écriture sobre, travaillée et polyphonique, qui décrit en détail une société à la veille de ployer sous le joug de la répression politique.
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  • Feenberg réfute à la fois optimismes béats et pessimismes grincheux et montre les possibilités d'une technique différente qui ne progresse pas sur les chemins ouverts et bien entretenus par le pouvoir économique. Il explore notamment deux exemples d'interventions démocratiques dans la technique: le rôle fondamental de l'utilisateur dans l'élaboration d'Internet, et l'alliance entre la science et la contestation politique dans le mouvement écologiste. Il emprunte aux grands penseurs de la modernité des outils critiques qui viennent étayer ce plaidoyer pour une démocratie plus que formelle où la technique n'aurait pas le dernier rôle. L'extension progressive de la démocratie dans la sphère technique est, selon Feenberg, l'un de grands bouleversements politiques de notre époque.

  • Dans le Brésil esclavagiste de la deuxième moitié du 19e siècle, Francisco João de Azevedo (1814-1880), un prêtre passionné de science, rêve d'inventer des instruments qui pourraient libérer l'être humain du fardeau du travail. Parmi les machines qu'il a conçues, on trouve nulle autre que la première machine à écrire que le père Azevedo présentera lors de l'Exposition Nationale de 1861 à Rio de Janeiro. Très vite, cette machine à écrire taillée dans le bois sera copiée par un ingénieur américain qui la vendra à Remington, fabricant d'armes et de machines à coudre. La copie métallique sera commercialisée et le nom du prêtre n'entrera jamais dans les livres d'histoire. Azevedo mourra dans la pauvreté avec son rêve de mutualisation des savoirs.

  • L'ouvrage de Louis Gill s'attache à l'expérience espagnole d'Orwell et à ses conséquences.
    Au plus près de ses écrits, il met en évidence comment sa participation de combattant en Espagne et la découverte, au péril de sa vie, de la terreur stalinienne qui s'y joue sont à l'origine de ses deux plus célèbres romans écrits après la Deuxième Guerre mondiale.

  • Traduit pour la première fois en français, le troisième roman de John Berger est le récit d'une journée cruciale dont le cours va changer la vie des protagonistes : celle de William Tracey Corker, 63 ans, directeur d'une agence de placement du sud de Londres, mais aussi celle de sa soeur Irène, d'Alec son jeune employé et de Jackie, la petite amie de ce dernier.
    Intrigue, rebondissements, satire, ce drame en quatre actes comporte tous les ingrédients du roman classique. Dans ce texte pourtant résolument moderne, l'auteur choisit d'évoquer le mystère de ses personnages en relatant leurs faits et gestes, mais surtout en faisant résonner tout haut leur pensée. Il en ressort un récit à plusieurs voix, humbles ou fortes, haletantes, inquiètes. Toutes donnent à imaginer l'insaisissable existence des êtres, dont le fragile dialogue n'offre qu'un aperçu.
    Que l'on décide de voir en Corker un "vieux malin" ou un "putain d'idéaliste", ce livre est à lire comme un conte philosophique ironique et incisif sur la liberté.

  • L'originalité de la réflexion de Bill Readings sur l'Université se situe dans le rapprochement qu'il opère entrele rôle de celle-ci et la protection de la culture nationale assurée par l'État-nation. Dans le contexte du déclin de celui-ci, les universités deviennent de grandes entreprises multinationales et le discours de "l'excellence" se substitue à l'idée de culture. L'Université de l'Excellence est régie par les dynamiques du marché et ses dirigeants aspirent davantage à accroître leurs marges de profits qu'à transmettre le savoir.
    Readings propose de penser l'Université hors des diktats de la technocratie sans pour autant tomber dans la nostalgie romantique d'une institution en ruines. Ce livre est un appel passionné à la formation d'une nouvelle communauté de penseurs.

  • Dans Vladimir Pozner se souvient, l'auteur raconte quelques amis de toujours :
    Babel, Pasternak, Chagall, Léger, Buñuel, Brecht, Chaplin, Oppenheimer, Picasso. et sa mère. «Ces cartes postales extraites, sans nul doute, d'un volumineux herbier de la mémoire portent les noms et représentent les visages de quelques-uns des esprits qui ont le plus marqué notre temps» (Paul Morelle, Le Monde).

  • Les textes qui composent Le livre des étreintes ont été écrits pendant l'exil de Galeano et témoignent de la douleur et de l'espérance qui ont marqué l'époque de la résistance aux dictatures en Amérique latine. Anecdotes, portraits, chroniques, poèmes : d'un texte à l'autre, prend forme une célébration de la vie et un cri de révolte contre l'injustice et la répression. Les textes de Galeano sont intemporels. Ils naissent de détails, d'exemples puisés dans une expérience historique forte, puis se déploient pour donner lieu à une réfl exion profonde sur la condition humaine.

  • Pierre Mertens est l'un des plus grands romanciers contemporains de langue française.
    A l'inverse de l'intellectuel classique qui, selon la formule, se mêle de ce qui ne le regarde pas, Mertens si mêle d'abord de ce qui le regarde. Il parle de ce qu'il voit, de ce qu'il connaît intimement et de ci qu'il éprouve lui-même. Pas la moindre thèse chez lui, plutôt une conscience de l'Histoire constamment mêlée à l'expérience du monde et, de façon encore plus nette, à toutes les formes d'engagement.

  • Le baron de Lahontan vient en Nouvelle-France, comme officier, dès l'âge de dix-sept ans, pour y refaire la fortune familiale. Il y reste dix ans. De retour en France, il publie avec beaucoup de succès, à partir de 1703, des lettres, des dialogues, et des mémoires dans lesquels il jette avec ironie un regard critique sur les moeurs de la civilisation européenne, à la manière des Lettres persanes de Montesquieu.

    L'oeuvre de Lahontan est un morceau important de la littérature du siècle des Lumières. Elle va notamment inspirer à Jean-Jacques Rousseau le " mythe du bon sauvage". Il met en scène une discussion entre lui-même et un "Sauvage de bon sens" nommé Adario à travers laquelle il démontre la supériorité des sociétés amérindiennes sur la société européenne, en ce qui a trait à plusieurs sujets (la médecine, la religion, l'organisation politique).

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