Les Fondeurs De Briques

  • Comme Alberto Ruy Sánchez rapporte qu'il reçoit des courriers énigmatiques, lettres, témoignages, poèmes souvent rédigés sur des cartes au dos desquelles figurent des dessins de fourmis, corbeaux et serpents, des collages, photos etc. L'identité de l'expéditeur, homme ou femme, ne figurant nulle part, il l'appellera « Silhouette », pensant que cette personne lui écrit d'une prison ou d'un asile. Un jour, on lui livre plusieurs cartons contenant des milliers de documents émanant tous de cette personne, peut-être un arrière-grand-père aujourd'hui centenaire émigré aux USA et dont la famille n'a plus jamais eu de nouvelles. Le narrateur recouvre peu à peu les murs d'une pièce de son domicile avec ces documents, reproduisant ce « Palais de la mémoire » qu'Oliver Sacks a recommandé à son patient, d'après la méthode de Mateo Ricci, un jésuite italien du XVIe, destinée à récupérer la mémoire en attribuant un espace à chaque chose. Peu à peu, une gigantesque mosaïque se dessine, diverses figures ayant réellement existé apparaissent, telles que Adolf Wolfli que Rilke et Cendrars ont lu, et Aloïse Corbaz, ayant comme lui subi l'internement en asile psychiatrique, la figure centrale étant Sylvia Ageloff, travailleuse sociale que Juan, alias John, alias Iván, alias Ioane rencontre lorsqu'il travaille aux usines Ford à New York avant de partir avec des milliers d'autres ouvriers en URSS où Ford a vendu son usine. Fille de russes émigrés à New York, après leur séparation, elle rencontrera Ramón Mercader qui l'utilisera pour approcher Trotski et le tuer le 21 août 1940.
    En 2018, Les Rêves du serpent a reçu la reconnaissance la plus importante décernée chaque année à un roman au Mexique, le Prix Mazatlán.
    À l'occasion de la publication de l'édition mexicaine, Alberto Manguel a écrit : « Les Rêves du serpent sont l'un des livres les plus distrayants, intenses et originaux que j'aie lus depuis longtemps...». Et quelques mois plus tard, pour l'édition espagnole : « C'est un chef-d'oeuvre.
    L'un des ouvrages les plus importants écrits en espagnol dernièrement.

  • La première biographie en français d'Abbie Hoffman,l'une des figures essentielles de la contreculture aux États-Unis dans les années 1960 & 70, par l'un des membres des Yippies.

  • Richard Goldstein est avant tout un fan de musique. Né à Manhattan en 1944, élevé dans le Bronx, il sera, de son propre aveux, le premier de sa famille à distinguer Hegel d'un bagel ! Sous l'influence de James Joyce et Tom Wolfe, il a vingt-deux ans lorsqu'il propose au Village Voice (co-fondé par Norman Mailer) de tenir une chronique sur l'actualité musicale. Il deviendra ainsi l'un des premiers rock critics à tenir une rubrique régulière, «Pop Eye's». Son style partial et engagé sera sa marque, allant jusqu'à éreinter le Sergent Pepper des Beatles - ce qu'il regrettera plus tard -, ou d'autres icônes du rock. Jusqu'en 1969, il couvre l'essentiel de l'actualité du rock, passant de longues périodes de travail et de défonce en compagnie de Brian Wilson des Beach Boys, du Grateful Dead ou encore des Doors lors de l'enregistrement d'un de leurs disques. Il nouera une relation particulièrement étroite avec Janis Joplin (ce qui explique le titre original de ce livre). La mort de celle-ci en octobre 1970, après celle de Jimi Hendrix le mois précédent (Jim Morrison les suivra en juillet 1971), marque la fin de sa croyance dans le potentiel révolutionnaire du rock'n'roll. Il se tourne alors vers des sujets plus politiques : droits des minorités, noire et homosexuelle en particulier, questions de genre, allant de pair avec son choix d'assumer complètement son homosexualité. Il sera proche de la Factory de Warhol, des Black Panthers et des Yippies, l'organisation d'Abbie Hoffman & Jerry Rubin, tentative iconoclaste de diffuser des idées d'extrême-gauche dans les États-Unis de Nixon. Il dresse un portrait depuis l'intérieur de l'Amérique contestataire de ses rêves et de ses désillusions, avec humour et lucidité.

  • b.
    traven reste la personnalité littéraire la plus consciencieusement insaisissable du xxe siècle. qui fut l'auteur de la dizaine de romans, dont le célèbre trésor de la sierra madre, et recueils de nouvelles mettant en scène des exploitésoe fut-il ret marut, ce jeune acteur et poète anarchiste arrêté lors de la rébellion munichoise de 1919oe ou bien t. torsvan, un explorateur et scientifique norvégienoe ou alors hal croves, scénariste et agent littéraire américainoe on parla même de lui comme du fils illégitime du kaiser guillaume ii...
    il est néanmoins établi qu'il vécu et travailla au mexique, sous diverses identités, du milieu des années vingt jusqu'à sa mort, survenue en 1969. attiré par cette énigme, en 1975 jonah raskin est invité à mexico par la veuve de l'écrivain pour écrire sa biographie. il y rencontra ceux qui le connurent, eut accès à ses archives et parcourut les lieux arpentés par l'écrivain. dans a la recherche de b.
    traven, nous contemplons cette identification qui le conduisit au bord de la folie. cette troublante mise en abîme est le plus bel hommage rendu à l'écrivain qui déclarait dès 1926 :. " mon histoire personnelle ne décevrait pas les lecteurs, mais elle ne regarde que moi et je tiens à ce qu'il en soit ainsi."

  • Le 16e round

    Rubin Carter

    En 1966, le boxeur noir, Rubin «Hurricane» Carter, est arrêté pour le triple meurtre de consommateurs blancs dans un bar de Paterson, New Jersey. Il clame son innocence mais est néanmoins condamné. Depuis sa prison, il nous raconte ce qui l'a amené jusque-là : une enfance dans les États-Unis de la ségrégation avec les gangs, les premiers menus larcins, le placement en école disciplinaire dès l'âge de 11 ans à la suite d'une agression sexuelle dont il est victime, puis un vol qui le conduit en maison de redressement à 14 ans. Il parvient à s'évader avant sa majorité et s'engage dans l'armée. Il y découvre la boxe et commence une carrière qui le conduira aux portes de la consécration. Son punch lui fait fréquemment remporter ses matchs par des KO fulgurants et lui vaut son surnom, «L'Ouragan». Fin 1964, il est volé de la victoire dans le combat pour le championnat du monde. Il ne retrouvera pas de seconde chance avant son arrestation. Incarcéré, Rubin Carter obtient, après de nombreuses semaines à l'isolement et des brimades constantes, de ne pas porter l'habit du prisonnier, de ne pas manger la nourriture de la prison, de ne pas participer à la vie carcérale. C'est à ce prix qu'il peut continuer à vivre emprisonné à tort. Il concentre son énergie dans sa lutte judiciaire, étudiant le droit et acquérant une éducation que la vie ne lui avait pas donné l'occasion d'aborder. Ce livre est son moyen de démontrer au monde son innocence; Mohamed Ali s'engagera à ses côtés, tout comme Bob Dylan, avec sa chanson «Hurricane» et sa tournée Rolling Thunder (1975) devant servir à faire parler de l'affaire et à obtenir la libération de Carter (livre de Larry Sloman sur cette tournée, à paraître aux Fondeurs de Briques, octobre 2015).
    Traversant plusieurs milieux - société ségrégationniste, système carcéral, armée, monde de la boxe - le récit de Rubin Carter est cru et rythmé d'une volonté viscérale de sur-vivre. Il porte l'implacable regard de celui qui a connu l'injustice et pour qui tout ce qui ne le détruit pas le rend plus fort.

  • « C'est en Espagne que les hommes ont appris qu'il est possible d'avoir raison et cependant souffrir la défaite.
    Que la force peut vaincre l'esprit et qu'il y a des moments où le courage n'a pas de récompense.
    C'est sans doute ce qui explique pourquoi tant d'hommes dans le monde considèrent le drame espagnol comme un drame personnel. » Albert Camus Dans ce deuxième volet du Labyrinthe magique, Max Aub poursuit son idée de roman à caractère fragmentaire et choral, avec accumulation de récits brefs et inclusion de nombreux personnages. Inlassable inventeur de biographies, l'auteur nous dresse le portrait intellectuel et politique de l'Espagne de la Guerre civile. La guerre y est moins un événement central qu'une toile de fond qui permet d'expliquer les comportements humains ; plus qu'une épopée sur le conflit, c'est une réflexion sur la condition humaine.
    L'action se déroule ici de juillet à novembre 1936 (défense de Madrid et le célèbre ¡ No pasarán !) et se clôt par l'arrivée des Brigades internationales.

  • Ce quatrième volet du Labyrinthe magique est une parenthèse au sein du cycle puisqu'il relate l'exode puis l'internement en France, en 1939 et 1940, des populations civiles et militaires restées fidèles à la République.
    " En vingt-trois jours de traversée, de Casablanca à Veracruz, en septembre 1942, j'ai écrit Campo francés. Les événements et les scènes sont authentiques et ce sont, je crois, les premiers mémoires écrits selon cette technique ", relève Max Aub dans l'introduction à la première édition de Campo francés en 1965. Technique qui mobilise toutes les ressources des médias (cinéma, journaux, radio) et son art des dialogues pour témoigner à chaud de la catastrophe vécue par le camp des vaincus à l'issue de la guerre civile espagnole.

  • Difficile de déméler la vie de l'oeuvre chez Bilbo ! S'il est établi qu'il naquit en 1907 à Berlin et qu'il parcouru le monde, de Paris à Shanghai en passant par l'Espagne, rien ne certifie que tous les événements racontés dans cette autobiographie soient totalement exacts !!!
    Il fut, en tout cas, toujours présent sur les points chauds : l'Allemagne en révolution où il est recueilli par les spartakistes puis travaille occasionellement pour Fritz Lang, New York et Chicago comme garde du corps d'Al Capone, Paris où il est mélé à l'assassinat de Paul Doumer par Gorgulov, l'Espagne en guerre où il crée un bar dans lequel se réunissent des exilés célèbres (Huxley; Chesterton...) et les antifascistes, avant de servir de sparing-partner au boxeur allemand Max Schmeling (champion du monde des poids lourds de 1930 à 32), l'île de Man interné comme citoyen allemand dans la Grande-Bretagne de la Seconde Guerre mondiale, Londres où il fonde la Modern Art Gallery, point de ralliement des avant-gardes (dont Kurt Schwitters et les dadaïstes), avant de devenir peintre et sculpteur. Toujours acteur de sa propre vie.

  • « C'est en Espagne que les hommes ont appris qu'il est possible d'avoir raison et cependant souffrir la défaite.
    Que la force peut vaincre l'esprit et qu'il y a des moments où le courage n'a pas de récompense.
    C'est sans doute ce qui explique pourquoi tant d'hommes dans le monde considèrent le drame espagnol comme un drame personnel. » Albert Camus Le roman débute sur l'image symbolique d'un taureau de feu. Dans cette fête populaire, l'animal court toute la nuit dans les rues préalablement closes ; pris dans un labyrinthe, il n'en sortira pas vivant : à l'aube, au bord de l'agonie, il sera achevé par la foule. Le taureau est l'image de l'Espagne et le labyrinthe est celui inexorable du drame de la Guerre civile, symbole de l'enfermement infernal dans lequel se déroule cette tragédie.
    Le personnage central de cette première partie est Rafael López Serrador, un homme du peuple que l'on suit au cours des années vingt, de la chute de la monarchie à l'avènement de la IIe République jusqu'au déclenchement de la Guerre civile, le 18 juillet 1936.

  • Pour la première fois en français, une anthologie des meilleures nouvelles d'un écrivain mexicain majeur du XX e siècle. Le Mexique est l'invité du salon du Livre de Paris en mars 2009.
    L'anthologie est composée de 14 nouvelles parmi les 34 textes qu'Inés Arredondo a publiés dans trois recueils (La señal, Mexico, Era, 1965 ; Río subterráneo, Mexico, Joaquín Mortiz, 1979 {prix Xavier Villaurrutia 1979} ; Los Espejos, Mexico, Joaquín Mortiz/Planeta, 1988). Liste : Été, Le Coing, Le Signe, Berceuse, La Sunamite, Mariana, Les Paroles silencieuses, L'Orpheline, Note gothique, Rivière souterraine, À Londres, Les Miroirs, Ce qu'on ne comprend pas, Ombre parmi les ombres.
    Inés Arredondo (1928-1989) est, à l'égal de Juan Rulfo, l'une des plus remarquables nouvellistes mexicaines. Elle appartient à ce que l'on appelle la « génération du demi-siècle » (Juan García Ponce, Sergio Pitol...) qui permit au Mexique de s'ouvrir sur l'étranger alors que la littérature nationaliste était encore toute-puissante. Elle aborda des thèmes que ne traitait pas la littérature mexicaine d'alors, l'inceste (même fantasmé, comme dans Été), l'homosexualité, la trahison, la démence, le triangle amoureux (Le Coing), la rancoeur entre parents et enfants, l'hypocrisie sociale, le sacrifice (La Sunamite). Les rares instants de bonheur ou de plaisir que peuvent vivre les personnages se paient par la conscience du prix à payer, le poids du destin. Dans une veine proche des oeuvres de Georges Bataille, les récits d'Inés Arredondo montrent une fascination pour les phénomènes pervers et les personnages torturés. À travers les méandres de son style naît chez le lecteur un doux malaise...
    Cette anthologie de nouvelles est basée sur celle établie et publiée en Espagne en 2007 (Las palabras silenciosas, Algaida Literaria) à l'initiative de l'écrivain mexicain Eloy Urroz (un roman traduit chez Actes Sud en 2005, La Raie manta ; membre de la génération du crack, mouvement littéraire comptant Jorge Volpi et Ignacio Padilla). Il a rédigé une nouvelle préface pour l'édition française.
    Le Fondo de Cultura Económica de Mexico prépare une réédition de ses oeuvres pour 2009. Ce titre est le sixième de notre collection autour du Mexique, Calaveras.
    Cette publication est soutenue par l'aide à la traduction du centre national du Livre. Marianne Millon est la traductrice de Taibo II, Somoza, Wendy Guerra...

  • él

    Mercedes Pinto

    1923 : Mercedes Pinto est expulsée d'Espagne à la suite de sa conférence Le divorce comme mesure hygiénique. Elle s'installe en Uruguay, puis à Cuba (1935-1943), enfin au Mexique. 1921-1926 : Edward Weston photographie Tina Modotti, en Californie puis au Mexique. 1926 : Mercedes Pinto publie El, roman dans lequel la narratrice est victime de la paranoïa maladive de son époux. 1952 : Autre exilé espagnol au Mexique, Luis Bunuel adapte El au cinéma.
    1976:
    Mercedes Pinto est enterrée à Mexico. Pablo Neruda signe son épitaphe : Mercedes Pinto vit dans le souffle de la tempête, avec le coeur à tous vents. Energiquement seule. Urgemment vivante.

  • En raison de la situation politique espagnole et des liens de l'auteur avec la France, Le Clou brûlant parut d'abord dans sa traduction française en 1972.
    Malencontreusement la première édition contenait une coquille typographique rendant incompréhensible le raisonnement de l'auteur. Informé de la bévue, Bergamin affirma qu'enlever toute espèce de sens à un livre qui le gênait était bien une preuve de l'existence de Dieu ! De foi il est pleinement question dans ces pages : " la foi, ce n'est pas vouloir croire, mais au contraire c'est croire sans vouloir ".
    S'appuyant sur les poètes plus que sur les textes sacrés, Calderon et son théâtre des songes, Ruben Dario et le diable dans l'Eglise, Goethe et son Faust, Nietzeche et le surhomme et bien sûr, le Don Quichotte, Bergamin explore " le mystère central du christianisme, le mystère de la foi " et donc le mystère de l'Espagne.

  • Prises de vue est constitué de vingt reportages littéraires extraits du Reporter enragé (1924), un recueil qui valut à son auteur la reconnaissance du public et de la critique.
    Après nous avoir narré l'hilarante histoire de ses tatouages, Kisch soliloque au fond de la mer en scaphandre, dissèque des puces - celles de Clignancourt - et rencontre le bourreau de la ville de Vienne. On le trouvera encore parmi des migrants slovaques en France, avec les pêcheurs de harengs de la Baltique, dans les bas-fonds de Londres, à la Bourse de fret de la City, à Essen - royaume des Krupp -, ou avec les chauffeurs d'un géant des mers.
    Si dans ses bagages Kisch n'oublie jamais une bonne dose d'humour et d'insolite, voire d'autodérision, il reste à l'affût des injustices sociales. Pourtant, au-delà du témoignage du journaliste, ses écrits, où l'on croise Schiller, Goethe, Heine et Emma Bovary, demeurent éminemment littéraires et poétiques. Parmi l'héritage de la bouillonnante Mitteleuropa, les articles de Kisch trouvent leur place au côté de ceux de Karl Kraus et de Joseph Roth.

  • Campo de sangre est le troisième volet du cycle romanesque Le Labyrinthe magique.
    Le roman s'ouvre et se referme sur les bombardements nationalistes qui vont secouer Barcelone des mois durant. Le conflit dure depuis un an et demi déjà et, dans le camp républicain, on reste confiant, on garde l'espoir d'une victoire sur les nationalistes, malgré la violence quotidienne et la misère qui sévit dans la population, malgré les trahisons, les luttes internes et les échecs. Le sang et la mort sont partout : le sang des combattants et le sang des innocents, la mort héroïque et la mort bête et banale, la mort au coin de la rue.

  • Une balle dans le front est le récit d'une délivrance, celle d'un jeune sous-lieutenant, Gerardo Arrieta, qui tente de se libérer du diable. C'est en étant nommé responsable d'un poste-frontière à l'est du lac Titicaca, à la limite du Pérou et de la Bolivie, que le sous-lieutenant, originaire de Lima, fait face à ses propres démons en affrontant le diable incarné, un contrebandier du nom d'Hilario.
    Il s'agit d'un roman éclaté en 11 récits, distribués au sein du recueil selon une chronologie non linéaire, qui abordent le destin du sous-lieutenant, sa part d'ombre. Le lecteur accède à l'intégralité de l'histoire par touches successives. Chaque chapitre est à la fois un tout, clos sur luimême, mais en résonance avec les autres. Le dernier récit, en révélant l'origine de ce combat obsessionnel contre le mal, éclaire l'ensemble du recueil. Récit achronique dans lequel les événements sont décrits de plusieurs points de vue, Une balle dans le front fait la part belle aux rêves, cauchemars, prémonitions qui sondent le passé ou éclairent l'avenir.

  • Dans le navire poursuit sa route, nordahl grieg, qui avait lui-même embarqué comme simple matelot, narre le destin de benjamin sur un cargo, monstre métallique avide de sang.
    S'en suivent les rixes, les furieuses bordées, l'oubli, le mal vénérien. dans le sillage de deux années sur le gaillard d'avant de richard henry dana et de redburn de herman melville, le navire poursuit sa route appartient à la confrérie des récits de marins qui ont valeur de huis clos initiatiques, oú s'exaltent les énergies. il annonce le vaisseau des morts de b. traven, le quart du poète grec nikos kavvadias et particulièrement ultramarine de malcolm lowry.
    En effet, malcolm lowry se fit engager en 1930 comme soutier sur un cargo en partance pour la norvège pour y rencontrer nordahl grieg ; ils restèrent dès lors amis. en fait, malcolm lowry, qui a adapté le navire pour le théâtre, s'était, pour avoir vécu des aventures similaires, complètement identifié au héros du navire au point d'être " jeté dans de vrais troubles psychiques ". ce constat l'obséda tellement qu'il en fit un roman, in ballast to the white sea, disparu dans l'incendie de sa maison : l'histoire d'un étudiant qui a le désir d'écrire et ne le peut, puisque ce livre existe déjà, écrit auparavant par un écrivain nordique.

  • Quand ce troisième roman de José Revueltas fut publié, l enthousiasme de la critique de « droite » s éveilla immédiatement et provoqua la colère et la condamnation brutale des « compagnons de route » de l auteur. Le livre fut retiré des librairies à la demande de l auteur suite à la polémique qu il suscita et, naturellement, « réhabilité » dans les années soixante. Dans le roman, des militants à la fois proches du peuple et partisans de la liberté de conscience s opposent à d autres militants dont le manque d ouverture idéologique et l éthique erronée causent équivoques et tragédies. Mal interprété par certains idéologues de l époque, ce roman à la fois philosophique, poétique et méditatif traite des relations entre l art, la morale et la politique, questions récurrentes dans le Mexique postrévolutionnaire des années trente dont il recrée l univers. Ce texte présente avec une acuité toujours actuelle la problématique de l engagement politique et du destin personnel. La traductrice a dirigé l édition critique de ce roman dans la collection de référence « Archivos » (Éditions de l UNESCO). Une place à part et unique dans la littérature mexicaine. (Octavio Paz)

  • Dans une cantina, un militaire et un avocat se disputent la même femme. Pancho Villa en personne intervient dans la dispute... Un imprimeur espagnol mécontente ses employés mexicains en refusant la bénédiction du prêtre pour la nouvelle presse... Une famille de métayers affronte la sécheresse et l'avidité de ses voisins... Avec l'aide de trois complices, un collecteur de fonds monte une escroquerie contre sa société. Mourra bien qui mourra le premier... Où l'on découvre que les Chinois ont aussi créé les poissons blancs du lac de Patzcuaro... Un propriétaire foncier s'identifie tellement à sa terre qu'elle le poursuit... Une jeune branche coupée se métamorphose en serpent dans une parabole amoureuse... Où l'on retrouve les serpents comme métaphore des exilés espagnols menant la guerre aux côtés des Mexicains contre les États-Unis... Les zopilotes attendent leurs proies : des hommes qui sont, vont être ou ont été... Un homme de paille fume sa dernière cigarette...

  • Mais comment tuer ce taureau ? En commençante par bien le toréer.
    Telle est la "question" (dirait l'anti-torero Hamlet) : toréer ou bien toréer. Question vive, question palpitante de vie, de sang, de vérité... Question par laquelle nous pourrions savoir "comment vont les choses" non seulement dans le toreo mais dans cette "arène ibérique" - disait Valle-Inclan - qu'est l'Espagne. Par cette question vive, palpitante, qu'est le toreo, nous pourrons peut-être, en lui tâtant le pouls, savoir s'il est encore en vie, s'il a encore du sang.
    Et non seulement le toreo, mais l'Espagne elle-même.

  • Borneo

    Oliverio Coelho

    Dans un Etat totalitaire contrôlé par le par le Service médical obligatoire et le Département de planification, Ornello Balestro se débat afin d'échapper à la sélection qui frappe d'inhabitabilité les déviants.
    Il croise des chats ailés et des hardes de chiens tripodes, des médecins pervers et de troublantes jumelles, recueille un mannequin abandonné sur une plage, se noie dans les miroirs. Utilisant le code du fantastique pour mieux faire entrevoir les marges du réel, Oliverio Coelho nous plonge dans une contre-utopie implacable, parabole des régimes dictatoriaux du XXe siècle.

  • À Paris, suite à une agression, un artiste-peintre perd l'odorat (anosmie) et le goût (agueusie).
    Cette privation des sens va affecter son quotidien et son processus créatif. Sous vide est le journal de bord de ses 14 premiers mois à la recherche de sensations perdues. Tour à tour dramatique, de par la situation, mais souvent drôle, grâce à la verve du narrateur, le récit fait appel aux souvenirs gustatifs et charnels de l'auteur. Bréviaire du goût et de notre rapport à l'alimentation et aux odeurs plutôt que récit clinique, Sous vide se clôt alors que l'espérance renaît chez le narrateur. Un épilogue nous indique qu'il a recouvré, deux années plus tard, 80% du goût et 15% de l'odorat.
    Jean-Pierre Guillard est né en 1960 à Courbevoie. N'est pas devenu parfumeur ni marin ni musicien professionnel mais artiste-peintre, coloriste et scénographe. Il vit et travaille à Paris. Sous vide est son premier livre publié.
    Le texte est agrémenté de « Dessins anosmiques » réalisés pendant la maladie.
    Ces dessins, ainsi qu'une série de peintures sur le même thème, peuvent faire l'objet d'une exposition parallèlement à une présentation du livre.
    L'auteur est disponible pour parler de son livre lors de rencontres et de lectures. Il dispose d'un vaste réseau dans les milieux artistiques (arts plastiques, théâtre, musique...).
    De courts extraits de ce récit ont été publiés par la revue Vacarme (n°21, automne 2002) sous le titre Bernique.
    Journal d'une anosmie.

  • Les étoiles de cinéma sont des personnages qui nous échappent.
    Nous aimerions les rattraper, les arracher à l'écran pour écrire un roman rare sur chacune d'elles. Les dérober au silence, emprisonner leur vie transparente. Mais elles sont au-delà du laboratoire romanesque. Elles suggèrent et s'en vont. En se transformant en brume, elles émeuvent. Ce sont les personnages-ombres. La ville et ses lumières, le cinéma et ses étoiles, un auteur en quête de personnages figurent parmi les rouages de ce roman sur l'élaboration d'un roman.
    Humberto Salvador (1909-1982) bat les cartes de la littérature dans ce kaléidoscope d'un modernisme et d'une poésie fulgurants. Déambulant dans Quito comme dans un théâtre d'ombres ironique et cruel, le narrateur pourchasse sa muse, mêle ses rencontres à son récit, échange les rôles de ses personnages. Grâce à ce récit précurseur, traduit pour la première fois en français, nous plongeons au coeur de l'avant-garde des années trente aux côtés de Roberto Arlt et voyons se profiler les expérimentations de Julio Cortâzar et de Roberto Bolano.

  • L'action se déroule à Madrid entre le 5 et le 13 mars 1939.
    Après la chute de la Catalogne en février 1939 et la fuite du gouvernement Negrin en France, la guerre est pratiquement perdue. Madrid continue de résister avec héroïsme. Plus encore que dans les autres romans du cycle, Campo del Moro foisonne de personnages : parmi les quelque 500 personnages recensés, environ le tiers sont réels, les autres sont fictifs. Il n'y a toujours pas de héros, pas d'homme exemplaire ou remarquable.
    Les personnages sont complexes, versatiles et ambigus. Pris dans la tourmente, ils font l'expérience de la vie à travers la trahison et l'intrigue, l'amour et l'infidélité, la rancoeur et la jalousie, la solitude, l'amitié...

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