Le Festin

  • Quand il hérite du domaine de Malagar en 1927, François Mauriac est un écrivain reconnu qui jouit à Paris de sa renommée. Ses retours sur les bords de la Garonne lui permettent de s'éloigner du tumulte et des mondanités et ressentir les joies que procure une terre qu'il a faite sienne. Désormais propriétaire d'une exploitation viticole, il a endossé le rôle de maître des lieux, s'intéressant à la gestion de ses vignes, conscient surtout que cette maison sera le lieu de rassemblement d'une famille qui ne cesse de s'agrandir. Et comme il faut une mémoire pour garder la trace des aléas, des événements et des passages en ces lieux, il va utiliser le registre du domaine, le fameux Livre de raison, large cahier qui a servi pendant des décennies pour la tenue des comptes.
    Dans ce document, désormais conservé à la bibliothèque de Bordeaux, exceptionnel parce qu'il s'inscrivait dans le cadre de l'intime et n'était pas destiné au public, on découvre un homme qui surveille son bien, ses revenus et considère avec sérieux ce qui lui a été confié. Se dessine aussi en creux le portrait d'un père puis d'un grand-père attentif aux siens, d'un homme qui voit la vieillesse approcher et dont l'écriture change peu à peu. À l'abri du tumulte que son engagement politique suscite, ces retours en Gironde où il reçoit des visiteurs lui offrent des parenthèses dont il connaît le prix. Et avec une simplicité rare, en quelques phrases, il se confie et ouvre son coeur, moins écrivain qu'homme face au temps.
    Le Livre de raison, enfin révélé, éclaire de sa lumière feutrée l'univers complexe d'un écrivain que sa disparition, il y a cinquante ans, n'a pas condamné aux injustices d'une incertaine mémoire.

  • L'élève Gilles

    André Lafon

    L'Elève Gilles est un roman de l'enfance, de la solitude et de la souffrance, de l'angoisse des nuits d'internat, des petits et grands plaisirs des vacances dans la propriété d'une tante qui le recueille, de la découverte de la nature, de la dureté des rapports entre gamins, des premières amitiés exaltées, des premières trahisons, des premières lâchetés. Et puis, il y a ces parents trop lointains, ce père musicien dont on ne sait trop de quel mal il souffre et que Gilles cherche à contenter de mille manières sans jamais y parvenir, cette mère aimante mais qui se consacre tout entière aux caprices de son mari, jusqu'au drame final.
    L'écriture, qui n'a pas pris une ride, est superbe. On pense à Musil et aux Désarrois de l'élève Törless, on pense à L'Institut Benjamenta de Robert Walser. L'Elève Gilles soutient la comparaison.

  • On sait peu que Virginia Woolf fut une voyageuse passionnée qui concevait ses échappées comme des occasions de découvrir des paysages, des sensations mais aussi des auteurs. Elle traversa ainsi la France, et son fameux journal témoigne de son passage en 1931 en Périgord où, à l'instar de T.E. Lawrence elle visite avec émotion la tour d'un philosophe qu'elle lit depuis longtemps, Montaigne. Elle lui a d'ailleurs consacré, dans son recueil d'articles sur ses plaisirs de lectrice - elle s'y adresse à ceux qui lisent «pour leur plaisir» sans leur «dispenser son savoir ou corriger l'opinion des autres» - un court essai inspiré qui lui permet d'exprimer sa familiarité avec l'auteur du XVIe siècle.

  • Individu

    Raymond Mauriac

    Tout commence par la mort, sinistre, de Tiburce, dont le corbillard ne sera suivi que par un ancien locataire. On a compris que le personnage qu'on nous présente est du genre asocial avec un goût pour la réclusion.
    Qui était cet homme ? Comment en est-il arrivé là ?

    Pour comprendre le parcours de cet individu et dépasser la caricature qu'il laisse de lui, le roman va plonger dans l'enfance, celle des Landes girondines à la rencontre un duo d'inséparables, Alfred et Tiburce. Au long de leur enfance puis de leur adolescence bordelaise, nous allons découvrir le lien fort qui unit le souffreteux effacé et le costaud forte tête. Mais lorsqu'Alfred meurt prématurément, la vie du « survivant » bascule, laissant place au destin d'un homme qui n'attend pas d'être déçu par le monde pour le mépriser.
    Si l'écriture âpre résonne de la noirceur du personnage, ce bref récit dépeint aussi, avec un réalisme noir proche du naturalisme, la vie dans les Landes girondines au début du XXe siècle, s'intéressant aux tensions entre propriétaires et métayers, et évoquant, en filigrane, les luttes sociales à venir. Un univers mauriacien, certes, avec un angle de vue plus amer.
    Individu est le premier roman de Raymond Mauriac (qui n'en écrit que deux), frère aîné de François Mauriac. Publié en 1934 aux éditions Grasset sous le pseudonyme de Raymond Housilane, il témoigne d'un talent qui gêna vite le prestigieux cadet académicien, celui-ci n'ayant eu d'ailleurs aucun scrupule à le dépouiller du patronyme familial. Ce nom d'Housilane, comme un clin d'oeil à leur passé commun, provient de l'une des métairies des Mauriac, au coeur de ces Landes girondines tant aimées et parfois tant honnies.
    Une résurrection pour le moins inattendue dans cette galaxie mauriacienne qui enfanta tant d'écrivains.

  • Patrick Rödel imagine un roman pour et sur Raymond Mauriac, le frère aîné de François, le grand écrivain de la famille. Sous la plume de l'auteur, «le frère de l'autre» se souvient, s'enthousiasme, se plaint... Patrick Rödel lui donne une voix en créant un journal intime. Premier fils, Raymond, né en 1880, fut désigné pour reprendre le flambeau des affaires familiales, laissant Pierre se consacrer à la médecine et François à la littérature. Ce n'est donc que sur le tard qu'il ose se tourner vers sa passion, la littérature. Il publie deux romans Individu (1934, Grasset) et Amour de l'amour (1936, Grasset). Condamné au pseudonyme au regard de l'importance de son frère, déjà académicien, il choisit celui d'Housilane en souvenir de sa lande bien-aimée et de l'une des métairies familiales. S'appuyant sur des documents familiaux inexploités, Patrick Rödel s'intéresse à ce personnage quasiment effacé de l'histoire des Mauriac en choisissant, non pas la biographie classique, mais la narration romanesque. L'auteur rend ainsi sa vérité à une figure souvent oubliée, à ce doux «rêveur, toujours absent, toujours ailleurs» comme le décrivait si bien François Mauriac : ce frère qui « n'aimait que les livres et les idées ».

  • Angoumois, Saintonge, Aunis, jadis réparties en « Terres froides » et « Terres chaudes », s'étagent des anciens contreforts du Massif-Central, aux talus abrupts, aux cimes rondes couronnées de bois ou de gazon, aux plateaux à bruyère, jusqu'aux langues caressant l'Atlantique, précédées de prairies arrosées, de vastes bois, de rangs de vignes « infinies ».
    Ce trajet à vol d'oiseau, qui ne s'épargne guère les détours ni les arrêts, est aussi un voyage à travers le temps. Ainsi Onésime Reclus fait-il défiler, en les reliant, paysages et occupants, ainsi fait-il se rejoindre la poésie de la géologie et celle du travail des hommes, ainsi, presque incidemment, nous raconte-t-il la transformation d'un paysage. Ainsi, nous le révèle-t-il tant dans ce qu'il fut que dans ce qu'il est devenu.
    Champagne, Grande Champagne, Champagne de Cognac, pays des Doubles, « terre blanche » d'Aubeterre, côte de Saintonge, Petite Flandre de Rochefort, marais et golfe de Brouage, sans oublier les îles, il entraîne le lecteur dans un vertige heureux où les noms des territoires - certains passés de mode, quand d'autres résistent - deviennent rus, gours, ruines, falaises, salines, canaux, pineraies, hameaux, villages... Ici une île devient « terre ferme », là les dunes s'érigent en murailles contre l'Océan. Un peu partout, des communautés se construisent, des cités s'érigent. Onésime Reclus, dans toute sa puissance d'expression, semble pouvoir tout dire, ne rien omettre : génie et prestige du littérateur qui embarque le lecteur sur les ailes de son oiseau pour faire, sans en avoir l'air, le plus beau des voyages.

    L'auteur : Onésime Reclus, comme ses frères Élie, Élisée, les plus connus, mais aussi le quatrième de la fratrie, Armand, a toujours eu la passion de la géographie et de l'ethnographie. Et, comme ses frères, il a développé cet intérêt à la lumière de la connaissance des peuples, des usages et des langues, faisant de chacun de ses « voyages scientifiques » de petites merveilles de littérature et de poésie.

  • La vigne et la maison

    Jean Balde

    Au sein de ce décor pittoresque de la société girondine, Paule apparaît comme l'ébauche moderne d'une jeune femme indépendante, tiraillée entre l'ardeur de sa jeunesse et le poids de ses responsabilités, cherchant à échapper à la pression des hiérarchies et des convenances sociales.

  • Garonne, roman fleuve

    Henri Calet

    En 1956, Henri Calet est surtout connu pour son activité de journaliste. L'auteur du Tout sur le tout n'a pas la renommée que ses romans lui vaudront bien plus tard quand, durant les années 1970, on redécouvrira le charme de ses déambulations parisiennes et l'inquiétude de ses récits autobiographiques.

  • Jean Balde (1885-1938), née Jeanne Alleman, effectue, à la toute fin de sa vie, un retour tendre et alerte sur ses années d'apprentissage, lesquelles se confondent bientôt avec le dessin d'un Bordeaux composite et coloré, à la fois celui des Horizons chimériques, chers à Jean de La Ville de Mirmont, mais aussi des Préséances décrites par François Mauriac.

  • Locomotives

    Jean-Richard Bloch

    Sans autre explication que sa curiosité et l'envie de réaliser un rêve d'enfant, le narrateur saute dans la locomotive 4241, avec en poche un permis de circuler sur les machines, sous les yeux étonnés des autres voyageurs.
    Cette courte nouvelle au rythme effréné est autant un document exceptionnel qu'un morceau de bravoure d'un écrivain qui reste à redécouvrir.

  • L'année du grand incendie

    Pierre Mora

    Cet e´te´ bru^lant, harassant, Rose le passera enferme´e chez elle, a` coucher sur le papier des mots difficiles mais salvateurs. Sur les cendres encore fumantes de l'incendie fou, elle dresse un portrait de sa vie a` travers celle de six hommes : son pe`re, Antoine, dont elle ne dige`re pas la disparition brutale, son e´poux, Sylvain, e´ternel absent, William Derlac, ce trop intrusif ami de la famille, le jeune jardinier taciturne, Louis, et son e´ducateur, Marc, aux allures d'antihe´ros de roman noir, et enfin, Henri, l'enfant esquisse´ a` demi-mot, presque encombrant. Six hommes donc, six fanto^mes, qui emprisonnent l'he´roi¨ne dans un vague a` l'a^me qu'interrompent seulement quelques vers de Baudelaire, scande´s par l'infaillible Ce´leste.

    Avec cette galerie de portraits masculins, Pierre Mora, dans la peau d'une narratrice aux prises avec une me´lancolie latente, de´peint le climat d'une e´poque trouble : celle des anne´es, opaques et rancunie`res, de l'Occupation puis de l'imme´diat apre`s-guerre.

    L'auteur : Pierre Mora a toujours vécu à Bordeaux où il enseigne à l'université. Il est l'auteur de trois livres sur les Pyrénées : Un caillou dans la chaussure (Éditions Gypaète, 2012), El balisador (Éditions Gypaète, 2013), Averses éparses possbiles (Éditions Gypaète, 2014).

  • Octogénaire alerte, domestique tout au long de sa vie, elle vit dans la maison des Bernis, canton de Saint-Camon, en Gironde, et elle a beaucoup de choses à raconter : comment son enfance prit fin quand elle devint à douze ans domestique chez les notables du village, les rapports qu'elle entretint avec ses patrons et le singulier lien qui les rapprocha pendant des décennies, faits de silence, de complicité, de promiscuité et d'incompréhension, et la vie qu'elle mena si discrète malgré une véritable personnalité.
    C'est cette vivacité que l'on découvre lorsque la vieille dame entreprend son premier et dernier combat : sauver sa maisonnette, héritée de sa patronne, du tracé de l'autoroute qui descend vers le sud et trace une impitoyable ligne droite brisant des vies dans l'indifférence. Mêlant le travail du souvenir, d'où la malice et la finesse sont bien présentes chez cette femme qui a toujours su dans quelle caste on la cantonnait, et le récit d'un crépuscule de vie malmené, Roger Boussinot magnifie ainsi une figure minuscule à laquelle il offre l'épitaphe qu'elle mérite. Jusqu'au surprenant dénouement...

    L'auteur : Roger Boussinot (1921-2001) a fait ses études à Bordeaux avant de gagner Paris où il interrompt sa licence de philosophie pour entrer dans la clandestinité la guerre venue. Longtemps journaliste, il s'est taillé une belle réputation comme romancier avec de très larges succès parus chez Laffont dont Des enfants dans les arbres et Vie et mort de Jean Chalosse, devenu un célèbre feuilleton à la télévision. Les éditions Gaïa ont réédité le principal de son oeuvre romanesque. Son Encyclopédie du cinéma a longtemps fait référence d'autant que scénariste, dialoguiste et réalisateur, Roger Boussinot avait une connaissance très vaste du métier. Esprit éclectique et curieux il est aussi l'auteur d'un Dictionnaire des synonymes, analogies et antonymes. On lui doit enfin un petit livre sur l'anarchie très recherché Les Mots de l'anarchie. Il fut aussi le maire de son village, Pondaurat, dans le sud de la Gironde. Marie-Jeanne des Bernis est paru en 1978.

  • Adour, histoire fleuve

    Serge Airoldi

    Serge Airoldi, nourri par la sensibilité géopoétique déroule un récit très personnel de ce long ruban d'eau, depuis les sources jusqu'à l'embouchure devant Bayonne et Anglet. Par-delà les paysages des eaux changeantes, des berges et des mondes riverains, se sont établies des vies et des manières d'être dont le décor des siècles a élaboré la chronique sans fin de la beauté et des drames, de la guerre et des joies, des désastres et du recommencement.

  • Le testament d'Ausone

    Marc Petit

    Premier poète de son temps, Gallo-Romain enraciné dans la terre d'Aquitaine et amoureux de ses paysages, Ausone entonne le chant du cygne de l'Antiquité classique. Mais il est peut-être aussi, comme le laissait entendre Régine Pernoud, le premier poète de ce qui s'appellera un jour la France - le pays de Vézelay, de Ronsard et de Montaigne. Homme de grande culture, disciple nostalgique et parfois irrévérencieux de Virgile, ce professeur de rhétorique bordelais, futur auteur, entre autres, du poème de La Moselle, est appelé à Trèves, promue capitale de l'empire d'Occident. Pendant quelques années, jusqu'à son élévation au consulat, il exercera une influence notable sur la politique impériale, avant de connaître la disgrâce et de se replier sur ses terres.

  • C'était à la toute fin des années quarante, début des années cinquante, il y eut les vacances à Bedous, vallée d'Aspe, Béarn, un des berceaux de la tribu... On y allait en train. Plus pratique et surtout moins cher, famille de cheminots oblige. Le Béarn, son bon air frais, son beau ciel des montagnes, pour requinquer l'enfant en convalescence, que de fortes fièvres avaient failli emporter. Il se souvient de tout : le vacarme du marché, l'Angélus résonnant de colline en colline, les apéritifs des grands au Picon-bière, les premières motobécanes, les chamailleries, les disputes, les fêtes au village. Un rituel qui se reproduirait chaque année, durant une décennie et qui verrait le petit citadin girondin mûrir en observant la comédie des grands, entre cour des miracles à la campagne et famille au bord de la crise de nerfs...

    L'enfant suit, obéit, subit, balloté en voiture, en train, en tricycle cocasse couverture provisoire savamment aménagé pour lui, d'une grand-mère à l'autre, tandis que la mère trime, que le père est ailleurs. L'enfant des vacances devient, au fil des années, l'enfant des autres. Et pendant tout ce temps, en savant petit entomologiste, il ausculte, capture les moindres détails de ces maisons et territoires, les gestes des aînés, les paroles aussi bien que les sous-entendus, ce que l'on dit en le cachant, ce que l'on dissimule en l'exprimant, les maladresses qui blessent parfois plus encore que les coups.
    L'Enfant des vacances est ainsi autant un récit de formation qu'un document sur une époque «de transition», intermédiaire entre la guerre et les fameuses Trente Glorieuses, et un milieu, celui des gens de peu, ces «bordeluches» dont on a perdu la trace, avec leur bonhomie, leurs tendresses enfouies, leurs rodomontades, et parfois aussi leurs petites et grandes méchancetés. Un parcours du petit combattant.

  • Historien, arche´ologue et folkloriste, Rene´ Fage est ne´ a` Tulle, d'une vieille famille bourgeoise, en 1848. Aussi, c'est surtout dans sa re´gion natale que cet e´rudit est connu. Avocat de formation, il quitta la robe en 1905 pour s'adonner a` sa passion. Pre´sident de la Socie´te´ arche´ologique et historique du Limousin, cofondateur de la Socie´te´ des archives historiques du Limousin, contributeur pour plusieurs revues re´gionalistes et scientifiques, sa re´putation fut e´galement nationale, puisqu'il a e´te´ membre de l'Institut, membre correspondant de l'Acade´mie des inscriptions et belles lettres, inspecteur ge´ne´ral de la Socie´te´ franc¸aise d'arche´ologie, membre re´sident de la Socie´te´ des antiquaires de France.

  • Maitre pierre

    Edmond About

    Maître Pierre est né de rien et s'est fait seul au coeur de la Grande Lande, où il a mené la vie rude du berger landais. Plus tard, il a abandonné la garde des moutons et s'est fait chasseur, vivant au milieu des bêtes sauvages dans un pays sauvage par nature. Sa rencontre avec la fragile et solitaire Marinette va changer son destin. Cette enfant étant dévorée par une grave maladie, la pellagre, c'est face à ce qui fut un des plus grands fléaux de la Grande Lande que maître Pierre va d'abord montrer cette obstination de lutte qui doit infailliblement le conduire au succès.

  • « Sur le toit des eaux, entre Loire, Gironde et Charente, le Limousin est un domaine des Vents errants, infinis, sans contrainte et sans écho. Les gémissements de l'air n'y sont que des déchirures de son équilibre. Il n'y sonne contre aucun rocher. Point de selve qui l'assouplisse et l'assoupisse dans les détroits de ses fûts, à travers la mer de ses feuillages. » D'une manière assez merveilleuse, Onésime Reclus épouse le souffle du vent pour nous décrire la terre, évoquer les croupes de la Margeride, les ravines du Lot, les gorges de Bort. Il mêle les éléments aux matériaux pour mieux observer et commenter les caractères des contrées qu'il visite. Ainsi, la science qu'il a de ces lieux devient poésie vivante. De l'explication du nom le « plateau des Millevaches », il brode toute une histoire dont le décor est fait de fougères, de châtaigniers, de ruissels et riviérettes, de brande et de coulière... Et sans vraiment s'en apercevoir, et avec le plaisir de la découverte, il nous conte la Vézère, la Corrèze, les Monédières, les Jardins d'Armide, «l'obscure Dordogne», les Bas et Moyen Limousins, jusqu'aux pays du Marchois.
    Onésime Reclus n'a cure des frontières administratives, il suit les vallées, les courants, les sommets des chaînes montagneuses. Des noms appellent des images, des langues suggèrent des histoires. Il vagabonde, sans jamais perdre sa direction, peignant des Limousins (le pluriel vient de l'édition actuelle) en parfaite harmonie.

    L'auteur : Onésime Reclus, comme ses frères Élie, Élisée, les plus connus, mais aussi le quatrième de la fratrie, Armand, a toujours eu la passion de la géographie et de l'ethnographie. Et, comme ses frères, il a développé cet intérêt à la lumière de la connaissance des peuples, des usages et des langues, faisant de chacun de ses « voyages scientifiques » de petites merveilles de littérature et de poésie.

  • Séduit par sa relecture du Journal d'un curé de campagne de Bernanos, Francis Aylies, qui a la charge d'une paroisse de banlieue, entreprend dans l'intimité de sa chambre de suivre les traces de l'abbé d'Ambricourt. Mais plutôt que remplir les feuilles d'un cahier, c'est sur le clavier d'un ordinateur qu'il se confie en choisissant un interlocuteur de taille, le Pape François, dont il a obtenu le courriel et qui devient son correspondant unique. Se racontant à travers des anecdotes profondément humaines et des méditations nourries de son quotidien, le Père Aylies nous ouvre, avec humour et humilité, les portes de sa vie sacerdotale de « curé de quartier ». En simplicité et sans renier ses contradictions, il confie à son journal ses angoisses, ses énervements et ses espérances, attendant du silencieux destinataire de ses mails des réponses à même de réconforter le berger et son troupeau. En cette année placée sous le signe de la Miséricorde, c'est un beau parcours d'homme de foi ancré dans son temps qui nous est offert.

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