La Bibliotheque

  • Lectrices et caetera - illustrations, noir et blanc Nouv.

  • En 1889, âgé de 23 ans, déjà auréolé d'une réputation de génie précoce, Rudyard Kipling traverse les Etats-Unis. Il y passera quatre mois et avec cette énergie qu'il avait déployée aux Indes en tant que jeune reporter et factotum du journal anglo-indien The Pioneer, il arpente le pays tout entier, visite San Francisco, pêche le saumon, côtoie cow-boys et industriels, visite les abattoirs de Chicago. Ce premier contact d'un jeune écrivain d'une culture anglo-indienne à l'esprit acéré, avec l'Amérique en dévoile bien des aspects toujours d'actualité avec une verve et une drôlerie réjouissante : le port d'arme, le philodollarisme, la presse, le pragmatisme sans frein. Et curieusement, son témoignage acerbe recouvre celui qu'un autre Anglais, a priori plus humaniste, fit trente ans plus tôt : Charles Dickens.

  • On connaît Monsieur Teste, Charlot, Bartleby, mais on ne connaît pas encore Monsieur Néant. Il échappe d'ailleurs à son créateur, Emmanuel Moses, hébété, muet, surpris... Vous, moi quand l'aile du burlesque vous frôle et la brume vous auréole.
    Emmanuel Moses a écrit récemment Dieu est à l'arrêt du tram, Les anges nous jugeront, il manquait Monsieur Néant.
    Il s'agit d'un texte inclassable, proche de Tardieu, entre la description, la vision poétique et le burlesque. N'appartenant pas à un genre bien défini, sinon celui très gauchi du portrait ou de l'autoportrait, Emmanuel Moses se livre à un exercice subtil de dépeçage d'oignon pour notre plus grand plaisir. Qui est donc ce quidam ? Lui, une ou plusieurs de ces projections, une ombre comique et maladroite de film muet... Utilisant ses souvenirs, son journal, ses observations, son sens poétique Emmanuel Moses crée Monsieur Néant à moitié Chaplin, à moitié Socrate et nous l'offre par une série de saynètes, sa vie quotidienne, son rapport aux autres, ainsi qu'une certaine vision de la société, humaine ou satirique selon l'humeur. L'ensemble fait environ 160 pages et il doit y avoir une vingtaine de "chroniques", celles-ci pouvant aller de quatre ou cinq lignes à trois pages.

  • Le Corps des Libraires rassemble 21 histoires dont librairies et libraires sont les principaux protagonistes.
    Il évoque des librairies célèbres ou historiques. Il lève le voile sur certaines librairies choisies, que les amateurs de livres fréquentent sans tapage comme d'autres visitent des coins à champignons.
    Le Corps des Libraires est à la fois un livre d'histoire(s) et un guide. On y rencontre des revenants, des livres providentiels, des labyrinthes et des libraires héroïques, quelques personnages pathétiques et bien d'autres anecdotes curieuses.

  • 26 portraits d'hommes et de femmes de toutes les époques et de tous les pays qui dessinent différentes manières de jouir, que ce soit par le vin, la nourriture à outrance, l'opium, les arts, les ébats de la chair, l'amour de Dieu ou celui de la nature. Sont notamment évoqués l'artiste Louise Bourgeois, la danseuse Franziska Elssler, le cuisinier Taillevent ou le philosophe Zhu Yang.

  • De quoi s'agit-il cette fois, à quel aspect de notre humanité s'intéresse Michéa Jacobi. Oh !
    Une phrase de Robert Musil nous mettra vite au parfum : « Notre désir n'est pas de ne faire plus qu'un seul être, mais au contraire d'échapper à notre prison, à notre unité, de nous unir pour devenir deux, mais de préférence encore douze, mille, un grand nombre d'êtres, d'être ravis à nous-mêmes. » Et selon sa méthode qui n'est ni directive, ni commune, Michéa Jacobi nous fait rencontrer vingt-six évadés, de Judas en passant par Olympe de Gouges, sans oublier ni Obama, ni Hokusaï.
    Chacun de ses livres n'est pas seulement un élément de l'humanité, mais aussi un ferment de liberté, tant la variété, la fantaisie de destins nous offrent de chemins.

  • En regardant les images filmées il y a quatre-vingts ans lors des Jeux olympiques de 1936, on en oublierait qu'elles ont été tournées en plein coeur de l'Allemagne nazie.
    Le triomphe de Jesse Owens qui remporte à Berlin quatre médailles d'or (au 100 mètres, au 200 mètres, au 4x100 mètres et au saut en longueur) semble consacrer encore aujourd'hui la victoire du sport et de l'idéal olympique, comme si le jeune athlète noir américain avait été notre champion, et qu'il était parvenu, sportivement, à vaincre le monstre nazi.
    L'exploit superbe de Jesse Owens est incontestable, mais cette belle histoire à laquelle nous aimerions croire, n'est qu'un arrangement avec la réalité, une fiction dans laquelle le sport a été un alibi.
    /> En héritant des XIe Olympiades attribuées à la ville de Berlin avant son arrivée au pouvoir, Hitler avait bien compris que cet événement mondial devrait être un instrument décisif dans la prise de contrôle de la société allemande par le parti National-socialiste en même temps que les Jeux offriraient une vitrine grandiose pour la reconnaissance internationale de l'Allemagne nazie.
    Le livre de Jérôme Prieur raconte en détail cette gigantesque opération de propagande commencée dès 1933, ainsi découvre-t-on la préparation, l'orchestration et la mise en scène d'un spectacle qui fut bien moins sportif que politique, et les Jeux de 1936, un jeu avec les apparences.

  • Le 10 et 11 février 1918 durant le conflit entre l'Italie et l'empire austro-Hongrois trois hors-bord équipés de torpilles vont accomplir un périple de 14 heures de navigation à travers les mailles des défenses Autrichiennes pour couler leurs navires de guerre mouillant au fond de la baie de Buccari.
    L'entreprise d'une vraie audace, de peu de conséquences militaires, les torpilles se perdant dans les filets de protection, eut de grandes conséquences morales :
    Retentissement national et international (articles dans le New York Times, le Figaro, Ouest Eclair, etc) et une influence incalculable.
    D'Annunzio participa à ce raid. D'ailleurs, le récit court et beau jamais traduit en français est du très bon D'Annunzio. Panache, portraits de marins, homosexualité souterraine et guerrière (Genet n'aurait pas fait mieux), amour éperdu de l'Italie, vitalité, sens de la phrase épique. Il laissera trois bouteilles dans la baie, contenant une lettre adressée aux ennemis autrichiens. Et s'ils ne les ont ni trouvées, ni ouvertes, ni lues, D'Annunzio en dévoile le contenu urbi et orbi Michel Orcel, romancier, poète, essayiste, traducteur de l'Arioste, de Jerusalem délivré présente et traduit ce texte. Il a en outre réuni un dossier : notes, index, articles de journaux sur la Beffa di Buccari, ainsi qu'un extrait d'un article très intéressant paru dans La Revue des deux mondes, « Une visite au commandant d'Annunzio » de Marcel Boulenger.
    Ce livre peut être inclus dans les livres célébrant le centenaire de la guerre de 14-18.

  • « Né et élevé dans une bourgade juive d'Alsace, où la vie communautaire était chaleureuse et dense, Daniel Stauben a su, par une création souvent dépourvue de sensiblerie, restituer les travaux et les jours, la ferveur et la sociabilité, l'unité et les croyances de ce microcosme. La posture qu'occupe le narrateur est singulière : il n'est pas étranger au monde dont il décrit les moeurs spécifiques, puisque c'est celui dont il est issu, celui de son enfance et de ses années d'apprentissage.
    [...] Le « pittoresque » se trouve au coeur de la démarche de Daniel Stauben. Il délimite son sujet, la description des moeurs, des rites et des superstitions d'une population « à part », et, en même temps, il détermine le style tout de « simplicité » et la séquence narrative organisée en « tableaux », qu'animent des personnages hauts en couleurs.
    [...] Daniel Stauben tient à témoigner d'un monde qui survit en marge des transformations de la société moderne, mais qui ne pourra être préservé. [...] il sait bien qu'il s'agit d'un combat par trop inégal et que cette culture est amenée, inexorablement, à disparaître. Puisse l'opiniâtreté des descendants de ce monde englouti, que caractérisaient la célébration de la vie et l'attention à autrui, traduire avec fidélité ces exigences au coeur de la modernité. »

  • Les boxeurs raccrochent les gants, les rois abdiquent, il arrive que les papes eux-mêmes déposent leurs tiares. Elvis Presley assassine lentement Elvis Presey sur scène, Arthur Rimbaud passe du commerce des rimes à celui de l'ivoire et le troubadour Folquet de Marseille abandonne la lyre pour se faire inquisiteur. La gloire les a élus ou ils l'ont scrupuleusement poursuivie et voilà qu'il la quitte pour devenir eux-mêmes et moins qu'euxmêmes quelquefois. Ils triomphaient et voilà qu'ils rejoignent ceux qui n'ont même pas eu besoin de grandeur pour s'abstenir d'être grand. Ceux qui ont laissé choir le sexe, la bonne chère ou le simple plaisir de vivre, tous les anachorètes, les ermites et les sâdhu enfouis dans des fosses, perchés sur des colonnes ou cachés dans des frondaisons.
    D'Antoine, sombre initiateur de l'érémitisme à Sabataï Zévi faux messie apostasiant sa foi en passant par Brigitte Bardot tournant pour de bon le dos au cinéma, le paysan Komal Raj Giri se faisant stériliser à Katmandou ou le calligraphe Xu Weï s'écrasant les couilles à coup de maillet, Michéa Jacobi, Plutarque au petit pied, fait en 26 biographies un inventaire hétéroclite.
    Et Michéa Jacobi va croquer quelques-uns de ces fainéants.

  • Après Abattoirs de Chicago, le monde humain, l'interrogation se poursuit sur ce qui est en train de nous arriver. Cette fois, ce ne sont plus les abattoirs, Chicago, l'Athènes du monde industriel, mais quelques centaines de mètres de plages normandes, des falaises du Jurassique, la faune des oiseaux, la mer, l'envie de voler et de nager et au large le va et vient incessant des porte-containers qui alimentent de la Chine ou d'ailleurs la chorégraphie de la consommation.
    Le monde humain déjà évoqué dans le premier ouvrage se redouble ici de la question de la planète terre, comment s'est-elle formée, avec quelle lenteur, sinuosité, les falaises, la faune leur observation, les citations de Darwin en miroir du pas du marcheur et ce soupçon qui frôle la certitude qu'on est en train de défaire ce qui a mis tant de temps à se constituer dans une richesse de formes, de vies incroyables qu'on a sous les yeux et qui ne se résume pas à des écrans et à nos mille et une manières de communiquer sans voir.
    Et s'il n'était même plus nécessaire d'aller loin, s'il suffisait de marcher en dehors des villes et d'observer. Une sorte de petit discours de la méthode à la portée de chacun et que chacun peut faire.
    Ce livre est un bréviaire d'observations, de contes, il raconte des histoires autour de l'anthropocène, c'est-à-dire le moment où on ne peut plus se contenter de l'histoire humaine et qu'il faut bricoler, jouer autrement.
    Et le souci de faire un livre vivant, nourri de fables : vies parallèles du loup chasseur de saumon et de l'homme qui invente le crawl, des liens entre le corbeau et le cormoran, de l'homme qui brisait l'horloge du roi, des nuages vus par des peintres obsessionnels. Et Darwin en vieux sage à barbe blanche mettant un peu de raison.
    Et les vignettes de Thomas Beulaguet, comme des notes de musique.
    Juste pour épingler ce tout doit disparaître de boutique de fringues du monde humain.
    Les deux livres, l'un à Chicago, l'autre sur une plage normande tournent autour de la même inquiétude, forment un diptyque.

  • Lorsque Montaigne écrit : « Quand je me joue à ma chatte, qui sçait si elle passe son temps de moy plus que je ne fais d'elle ? » (Essais, livre II, chapitre 12), il introduit deux éléments dans la relation entre humains et animaux : la dimension du jeu, qui suppose une conscience avancée de la fiction et du faire-semblant, et la dimension de l'altérité et de la réciprocité des points de vue.
    Françoise Armengaud prend pour point de départ ces quelques lignes que Montaigne consacre à sa chatte pour explorer les écrits et la pensée du philosophe du point de vue de sa chatte. C'est en quelque sorte Montaigne « revisité » par un petit félin qui se révèlera parfois fort impertinent.
    Le « pitch » de cette fantaisie-fiction est la découverte par le chat Archibald (chez qui habite FA) du manuscrit des Mémoires de Pelote, ladite chatte. Cette chatte était jusqu'ici une parfaite inconnue. L'auteure lui donne voix et figure en écrivant son histoire, et en nous mettant sous les yeux la vie de Montaigne telle qu'elle la partage avec lui, ainsi que sa philosophie et sa sagesse.Cette chatte ne pouvait être que Chatte de Bibliothèque. Elle vit dans la « librairie » de la tour du château.
    C'est pour Montaigne une observatrice et une partenaire qui ne se prive point de bouffonner. Le dernier chapitre présente, à la manière anglo-saxonne, un portrait de Montaigne « en chat » : as a cat.
    Cette fantaisie doit réjouir le lecteur, mais, bien qu'agrémentée de nombreux entrechats, c'est une fantaisie érudite et sérieuse : la plupart des points concrets sont historiquement avérés (une fois admis l'anthropomorphisme du récit félin).

  • Voici un ovni, un objet rare, peut-être un livre culte comme M. Teste que nous livre ici Fabrice Hadjadj d'où l'on sort étonné, cabossé d'une parabole sur notre monde d'aujourd'hui, quand les signes obligés de la réussite nous cachent l'accès à la simplicité du monde.
    C'est de se défaire qu'il s'agit.
    « Si cet opuscule tombe entre tes mains, lecteur, c'est que tu as commencé de sentir à quel point les livres de pensée positive, de mindfulness et de développement personnel passent à côté de quelque chose d'essentiel au creux de toi : la part risible et pitoyable, celle qui décourage les meilleures volontés, celle qui ne fait pas recette... En un mot, tu le devines sans arriver à l'admettre : le fond de ton être est clown.
    Voici enfin 99 bonnes leçons qui ne t'empêcheront plus de trébucher contre cette vérité. »

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