La Baconniere

  • Inflorescence

    Raluca Antonescu

    Jura, 1911. Une femme se désespère d'être à nouveau enceinte. Pour implorer la fin de sa grossesse, elle se rend au Gouffre du Diable. A partir de ce lieu dont la terrifiante et réelle histoire nous est contée, Raluca Antonescu entrelace quatre générations de femmes qui traversent le siècle. Lorsqu'il y a plus d'une fleur sur une tige, on parle d'inflorescence. Les personnages de ce roman se construisent au sein de leur jardin, chacune à son rythme, en se réappropriant leur vie.
    L'inflorescence se fait l'expression de la transmission muette entre générations, le jardin un lieu-miroir qui n'appartient qu'à soi et permet la reconstruction. Jardin ou gouffre, pépinière en Argentine ou plates-bandes ordonnées d'un lotissement Levitt, pollinisation ou pollution ; l'auteure observe ce perpétuel balancier. Née à Bucarest en 1976, Raluca Antonescu est arrivée en Suisse à l'âge de quatre ans.

  • Le domaine Nouv.

    Le domaine

    Federigo Tozzi

    Remigio, un jeune homme, reçoit en héritage un domaine agricole que lui disputent sa belle-mère et la maîtresse de son père, soudainement décédé. Remigio rejette le modèle autoritaire que lui proposait son père mais, par trop naïf, névrosé et dépourvu d'expérience, il ne parvient pas à lui trouver une alternative valable. Il ne devient pas un bon maître, il ne sait ni commander ni se faire respecter par ses ouvriers agricoles.
    Sa bonté naturelle et ses nombreuses maladresses sont autant de poisons. C'est le type même de l'inadapté rêveur voué à endurer la cruauté humaine. Son double, Berto, un ouvrier agricole non moins inadapté que son maître qu'il déteste ouvertement, l'abat d'un coup de hache sans vrai motif.

  • L'oiselier

    Daniel de Roulet

    Dans les années 1970, la Suisse aussi est confrontée à un mouvement autonomiste et séparatiste. Manifestations, occupations d'ambassades, attentats, Front de Libération Jurassien, la situation dégénère entre les francophones du Nord et les alémaniques du Sud. Craignant une guerre civile, le gouvernement fédéral cherche une issue honorable, un compromis helvétique. Mais entre septembre 1977 et mars 1978, trois cadavres et un enlèvement viennent troubler la sérénité du pays et mettent en danger la solution négociée de l'affaire jurassienne.
    Pour tâcher de comprendre ces faits véridiques, Daniel de Roulet a imaginé un enquêteur en la personne d'un journaliste mythique du XXe siècle, Niklaus Meienberg.

  • Strates

    Katheleen Jamie

    Un livre foudroyant, qui transporte en pleine lumière de l'Alaska, dans les vents violents de l'île de Westray puis dans l'intimité de la narratrice, avec pudeur.
    Kathleen Jamie s'exprime par des récits lumineux et trépidants où elle observe la nature, les êtres et le passé.
    Ses textes sont autant d'histoires autobiographiques, où chaque mot est pesé, autour de la notion du vivant. Sans jamais donner de leçon écologique, elle parle d'une vie où les voyages ne sont pas du tourisme et où la vie simple n'est pas une vie de privation.
    Strates offre d'abord le récit des aventures d'une femme dont l'horizon et les possibilités se sont étendus à la suite du départ de ses enfants. Elle participe alors à de longues fouilles archéologiques chez les Yupik en Alaska et sur l'île de Westray en Écosse. Les vestiges de ces deux cultures mettent à nu le rapport des habitants à leurs ancêtres et les surprenantes analogies entre la vie de ces deux générations d'Hommes.

  • Lorsque Jan van Toch, capitaine du navire hollandais Kandong Bandoeng, découvre, à l'ouest de Sumatra, au large de la petite île de Tana Masa, une espèce de salamandre douée d'une certaine forme d'intelligence et susceptible de l'aider dans l'exploitation des perles, il est loin d'imaginer que cette découverte sera à l'origine d'un bouleversement complet de l'ordre mondial. Et pourtant. Publié en 1936, lors de la montée du national-socialisme et du stalinisme, La Guerre des salamandres de Karel Capek brosse, avec un regard plein d'humour, une satire sans concession des individus et de la société. Mêlant la parodie au récit fantastique, ce roman se révèle être, sous une apparente légèreté de ton, extrêmement lucide et sombre. Parmi les thèmes abordés, il s'attaque au capitalisme, au nationalisme et au militarisme mais aussi à la science, au journalisme et même à l'industrie du cinéma ! Inventeur du mot " robot ", Karel Capek compte parmi les principaux précurseurs de la science-fiction et La Guerre des salamandres est un livre culte traduit dans de très nombreuses langues.
    La Guerre des salamandres, plus célèbre livre de Capek, est une des excellentes et très actuelles anti-utopies du XXe siècle et certainement la plus drôle.

  • Emprunté aux Mille et une nuits, le Sindbad de Krúdy, - ce Hongrois rêveur et las -, « navigue » à travers les rues de Buda et de Pest, les villes et les bourgs de la province hongroise tantôt dans le rêve, tantôt dans la réalité. Il va où le désir le porte : vers ses amours de jeunesse. Ce sont ces aventures amoureuses qui constituent les véritables étapes de ses voyages. Il est donc aussi un voyageur dans le temps, les souvenirs, les réminiscences, sont des contrées chères à son coeur.
    Le Sindbad de Krúdy est un aventurier du XXe siècle, un descendant de Don Juan ou de Casanova sans les traits démoniaques ni mondains de ces derniers. Sindbad est tantôt un chevalier romantique et galant, tantôt un vrai bourgeois, tantôt un séducteur pressant et sans coeur.

  • Dans un style cocasse et décousu, le narrateur, un vieil espion mondain, monologue face à un jeune admirateur, racontant ses frasques en Europe centrale au cours de la première moitié du vingtième siècle. Organisé autour d'histoires d'espionnage et de contre-espionnage mais surtout d'histoires de moeurs et de considérations décalés, ce récit perturbe à plus d'un titre. Truffé de fromules paradoxales et de plaisanteries, on y découvre au-delà des fantasmes, une Europe centrale pétrie de clichés.
    Vert et florissant est une aventure divertissante et jubilatoire dans une Europe centrale décadante de carte postale.
    Le titre est une allusion à la réplique de Méphistophélès dans le Faust de Goethe, « La théorie est grise et sèche, mais vert et florissant est l'arbre de la vie... » et l'histoire s'inspire librement de la vie d'Alfred Redl, authentique chef du contre-espionnage austro-hongrois au début du XXe siècle (de 1900 à 1912) et agent double.

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  • Alphabet triestin

    Samuel Brussell

    Alphabet triestin est un récit qui a pour point de départ la découverte, en 2017, par le libraire lettré Simone Volpato, des lettres échangées entre Anita Pittoni, artiste et écrivaine triestine, et Roberto - Bobi - Bazlen, le mythique découvreur de talents littéraires et cofondateur des éditions Adelphi. En 1949, quand Anita fonde les éditions du Zimbaldone à Trieste, elle demande à son ami Bobi Bazlen d'y participer. Et Bazlen lui répondra :
    « Si j'étais toi, je m'ouvrirais à la Mitteleuropa... travaille en silence de manière à laisser ton empreinte, même modeste, mais que personne ne pourra effacer. » Les ombres d'Anita et de Bazlen, qui se confondent avec les fantômes littéraires de Trieste, sont présentes à chaque page de ce récit, à travers les portraits si vivants des poètes, artistes et écrivains qui ont fait de Trieste un continent littéraire sans pareil au cours du siècle dernier :
    Umberto Saba, Virgilio Giotti et Biagio Marin ; James Joyce et Italo Svevo ; Giorgio Voghera, Giani Stuparich et Pier Antonio Quarantotti Gambini ; Vittorio Bolaffio et Ugo Pierri...

  • Lettres d'Italie

    Karel Capek

    En avril 1923, Karel Capek démissionne du poste de dramaturge qu'il occupait depuis octobre 1921 au Théâtre municipal de Vinohrady et part aussitôt en vacances en Italie pour se refaire une santé. Son séjour dure près de huit semaines. On est au tout début de l'ère fasciste et c'est son premier voyage en Italie. Durant son périple, Capek adresse à son journal quinze lettres, qui sont publiées en feuilleton, au fur et à mesure. Sur la base de celles-ci, il produira ce recueil de Lettres italiennes, savoureux, drôle et pénétrant.
    Le périple de Capek est avant tout urbain, Venise, Padoue et Ferrare, Ravenne et Saint-Marin, Florence, Sienne et Orvieto, Rome, Palerme, Taormina, Gênes et Milan, Vérone, Bolzano, sans compter les étapes intermédiaires évoquées en passant (Rimini, Bologne, Pérouse, Arezzo, Pise, Mantoue) et les nécropoles souterraines (Pompéi, Ostie) mais il est très loin d'offrir une liste de beautés ou de curiosités. En voyageant librement et en s'intéressant plus aux enfants qui jouent dans une cour qu'aux monuments historiques d'intérêt capital, Capek fait le choix d'un voyage personnel et joyeux où il cède volontiers à la description d'ambiances et d'anecdotes, non sans se départir de sa facécie. Ainsi de Rome il dira : « Si je fais cet exposé pseudo-historique, c'est pour ne pas avoir honte de dire que Rome dans l'ensemble ne me plaît pas. Ni le Forum romanum, ni l'horrible ruine de briques du Palatin, ni rien d'autre n'ont suscité en moi de sentiments sacrés ».

  • « Les douze récits qui composent ce volume forment un tout, écrit Pittoni, relié par une constante vision introspective qui a son origine dans le rapport entre la vie intérieure et les événements, en tant qu'affrontement (ou drame) pacifié ; exprimé dans l'imagination par des images et des symboles. [...] je dirais, si on me le permet, qu'il s'agit d'une formation géologique d'origine volcanique. » Ses réflexions sont nourries par cette vision introspective et elle se place d'emblée sous la protection de Nietzsche : « C'est la même terre, te dis-je, la même terre ! Ce sont mes herbes fragiles, mes humbles fleurs des champs, mes amers chênes rouvres, et les arbres immenses de Nietzsche, forts, bien enracinés, capricieux, qui donnent un sens aux horizons. » On découvre ainsi tout au long de ces proses une femme inspirante et d'un grand courage.

  • Au hasard d'un train, un inconnu raconte au narrateur son séjour dans une petite ville de la Haute- Hongrie où il avait échoué, las de sa vie de débauche. Il séduisit sa logeuse, la bourgeoise Mme Hartvig et s'enfièvra comme un jeune homme pour Eszténa, une jeune fille de 15 ans, qui se prend pour la fiancée du Christ et souhaite qu'un mortel soit son amant avant d'entrer au couvent. Sa rencontre avec cette jeune fille éprise d'absolu sera magique. Il passera son temps à la protéger, en premier lieu de luimême, mais après une nuit passée ensemble, Eszténa se suicidera en sautant dans la rivière. Dans ce roman sur l'amour, Krúdy se livre davantage à travers cet alter ego qu'est le compagnon de voyage:
    Séduction, sexualité compulsives, fétichisme (pieds, bas, chaussures)... et s'inspire d'un événement marquant de sa vie : son second mariage avec la fille de l'une de ses maîtresses.
    Mais plus que dans l'histoire, l'art de Krúdy se dévoile dans son écriture, à travers ses métaphores, ses ambiances mélancoliques et oniriques et la musique enchanteresse de sa prose.
    C'est ainsi qu'il dresse un portrait critique de la ville de province par de délicieux croquis de différents personnages. En apparence, ces femmes semblent se conformer aux normes morales de la petite bourgeoisie, mais en réalité elles les enfreignent de l'intérieur, constamment. La solitude, le sentiment de vie particulier de l'homme, qui se retrouve parmi elles comme par hasard, sont décrits par une cascade d'images, de comparaisons, de "taches de couleur" impressionnistes.

  • La filiale

    Sergueï Dovlatov

    Le narrateur, Dalmatov, est un journaliste russe émigré à New-York qui travaille à la station de radio russe antisoviétique : « Troisième vague » en référence à la troisième vague d'émigrés russes. Il est marié et a deux enfants. Un jour, il est envoyé comme correspondant à Los-Angeles où a lieu un congrès de dissidents intitulé « La Nouvelle Russie » qu'il observe avec beaucoup d'ironie. Il y retrouve Tassia, sa première femme, qui décide de squatter sa chambre d'hôtel. Dalmatov se souvient de leurs premières amours à Leningrad. Le congrès élit un nouveau gouvernement russe et choisit Tassia comme leader de l'opposition. Tassia offre un chiot à Dalmatov, puis le plaque comme elle l'a déjà fait il y a bien des années, durant son service militaire.
    Un récit doux-amer en petites touches qui mêle anecdotes, réflexions et souvenirs de jeunesse, le tout d'inspiration autobiographique comme toujours chez Dovlatov. Et comme toujours chez cet auteur qui, dans la grande tradition de la littérature russe, manie à merveille l'autodérision, le rire perce à travers les larmes et les larmes à travers le rire. Un roman très drôle, très triste et très touchant, qui incite à la réflexion et dont le thème essentiel est l'absurdité de l'existence.

  • Dans la note d'introduction à cette biographie insolite dédiée à Béla Blaskó - plus connu sous le nom de Bela Lugosi, l'un des visages les plus célèbres du comte Dracula - Edgardo Franzosini écrit :
    « Bela Lugosi s'éteignit le 16 juin 1956 en prononçant cette phrase : «Je suis le comte Dracula, je suis le roi des vampires, je suis immortel». Et cette transformation en vampire est désormais un fait établi que peu de gens se sentent de contredire.
    J'ai écrit ces pages dans le but - dont j'espère qu'il n'est pas totalement superflu - de chercher à comprendre les causes et d'élucider les circonstances dans lesquelles l'effroyable métamorphose de Lugosi s'est produite.» Cette courte biographie au ton ironique est une fresque aux multiples facettes entre références, digressions et anecdotes. De ses débuts sur les scènes de théâtre hongrois aux intérieurs de l'excentrique résidence californienne, la vie de Bela Lugosi se construit sur le fil qui sépare la vie de l'acteur du personnage qui l'a rendu célèbre.
    Bela Lugosi (1882-1956), acteur d'origine hongrois, a surtout marqué les esprits par ses rôles dans les films d'horreur. Tout à fait inconnu à son arrivé en 1921 aux États-Unis après une brève parenthèse en Allemagne et des débuts en Hongrie, il gagnera une notoriété mondiale et pérenne en jouant le rôle titre dans Dracula (1931) dirigé par Tod Browning.

  • La zone

    Sergueï Dovlatov

    Transféré en Occident à l'aide de microfilms, La Zone est un montage de 14 fragments, dont la rédaction a débuté en 1962, date à laquelle, Sergeï Dovlatov, entamant alors son service militaire, prit ses fonctions de garde dans le camp à régime spécial d'Oust-Vymsk, au Kazakhstan, un camp de prisonniers de droit commun. Dans une atmosphère multi-ethnique où les rôles principaux se redistribuent entre simples soldats, gradés et prisonniers en tout genre, l'auteur relate les événements qui accompagnent la vie du camp, sous la forme d'épisodes singuliers.
    Publié en 1982, après que l'auteur ait émigré aux États-unis, La Zone demeure un témoignage romancé du monde concentrationnaire et de ses lois propres. Dovlatov, alors qu'il retravaille les différentes épreuves, est parfaitement conscient de la singularité de son point de vue au regard de ses prédécesseurs, principalement parce qu'il considère que les gardiens et les prisonniers sont interchangeables. Tout en conservant le flegme et l'ironie, qui caractérisera son style dans ses écrits postérieurs, Dovlatov relate la violence et l'amour, l'absurdité et la loi, dans un univers où la parole, à l'instar de la langue littéraire, demeure peut-être l'unique moyen de transformer la réalité du camp.
    « Les mêmes personnes manifestent des aptitudes égales pour les bonnes comme pour les mauvaises actions. Je n'avais nulle peine à me représenter tel récidiviste dans la peau d'un héros de la guerre, d'un dissident, d'un défenseur des opprimés. Et inversement, des héros de guerre se fondaient avec une facilité étonnante dans la masse des détenus. »

  • L'angélisme noir, le narcissisme, la révolte (ou la transgression), la série interminable de sujets éphémères dans lesquels Lautréamont-Maldoror se produit donne à ce livre une notoire et particulière unicité.
    Une lecture qui a inspiré bien sûr les surréalistes mais tant d'autres écrivains, poètes, musiciens. Comme par exemple Francis Ponge, Maurice Blanchot, Julien Gracq, Aimé Césaire, les Current 93 et d'autres Guy Debord.
    Les chants de Maldoror ont été maintes fois illustrés par des illustres peintres tels Dali ou Magritte. Dans ce cas, il s'agit d'un travail très contemporain fait de dessins en pixels qui rappelle un peu le rendu de gravures anciennes.
    Les dessins proposés par Tagliamani peuvent être didascaliques comme très libres.

  • Represailles

    Florian Eglin

    Une route corse la nuit, non loin du désert des Agriates. Telle une bête en maraude, un SUV prend en chasse une famille suisse. Leurs deux petites filles endormies sur la banquette arrière, Tom et Adèle hésitent : continuer cette course-poursuite insensée, au risque de finir dans le décor, ou s'arrêter et faire face à ceux qui les traquent ? Cette décision marquera le point de départ d'une inexorable descente aux enfers au cours de laquelle il faudra affronter bien des monstres. Ou les apprivoiser... De cette plongée dans un imaginaire baroque qui joue avec les codes du roman noir émergent des hommes qui s'abîment dans la violence et la vacuité et des femmes fortes, héroïnes et porteuses du sens final. Représailles est un polar addictif qui s'interroge sur les origines du mal et sur la puissance de la transmission. La trame, les dialogues enlevés et la langue ciselée, agissent sur le lecteur comme de la magie ou de l'hypnose. Florian Eglin marche dans les pas de Richard Matheson (Duel) et de Donald Ray Pollock (Le Diable tout le temps) tout en trouvant sa propre voix, singulière et inoubliable.

  • Ce livre de l'auteur de La Fabrique d'Absolu et de La Guerre des Salamandres, déjà édités dans la même collection, relate le premier voyage du grand écrivain tchèque en Angleterre en 1924.
    Karel Capek découvre Londres et les Londoniens avec un étonnement quasi constant, rencontre et dessine H. G. Wells, G.-K. Chesterton, G. B. Shaw notamment. Il explore aussi la country, passe par des petites villes, visite des cathédrales, Cambridge et Oxford. L'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande sont décrits avec la même ironie si caractéristique de l'esprit pragois et cet humour attachant et délicat qui est propre à Capek.
    Ce récit de voyage désopilant signe la rencontre entre l'un des écrivains les plus éminents des lettres tchèques et la mystérieuse Angleterre, pays des paradoxes. On s'accorde avec Arthur Miller : « C'est une joie de le lire ».

  • La Fabrique d'absolu est un roman de science-fction redige en 1922, alors que le genre n'etait pas ofciellement reconnu, mais c'est surtout une dystopie a la maniere de Capek, contenant force elements reels, une tres haute dose d'ironie et des intuitions fulgurantes.
    En pleine crise du charbon qui se fait de plus en plus rare, un grand industriel, Bondy, va tomber par hasard sur l'invention d'un de ses amis d'enfance. Celui-ci a mis au point un systeme parfait de production d'energie a partir de minimes quantites de charbon et sans creation de dechets. Le charbon est entierement degrade dans ses « carburateurs » qu'il nomme nucleaires et qui exploitent entierement l'atome. Seulement ces carburateurs dans le processus d'utilisation totale de la matiere, degagent une essence divine. Toute personne placee a proximite est ainsi touchee par la grace et devient profondement croyante, donne tous ses biens aux pauvres, fait des miracles... Ce ne sont pas les seuls effets nefastes du carburateur qui, place dans les usines, se met a travailler tout seul et a produire sans arre.t et sans limite. Le conft mondial et le chaos sont inevitables et Capek les imagine arriver entre 1944 et 1953 !
    Dans cette fable feroce contre le Progres aveugle, contre les machinations geopolitiques qui ont mene a la Grande guerre, Capek analyse avec beaucoup de subtilite l'humain face a ses defauts sociaux. Comme dans La Guerre des salamandres (La Baconniere, 2012), il se revele, a travers ce texte, un representant original du roman utopique en me.me temps qu'un maitre novateur de la prose tcheque moderne.
    á Sous ses dehors de plaisante pochade, le present livre ne manquera pas d'impressionner le lecteur contemporain par de troublantes intuitions relatives aux ravages a venir tant de la bombe atomique que des ideologies totalitaires qui pretendaient faire le bonheur des gens malgre eux. â Eric Naulleau, Le Matricule des anges, 1999.

  • Depuis le Nouveau Roman, les récits publiés aux Éditions de Minuit sont décrits comme des productions homogènes au style exigeant : Minuit serait une maison de haute littérature.
    Cet essai propose une archéologie de l'idée d'un style Minuit, telle qu'elle a été initiée par l'éditeur historique, Jérôme Lindon, et reconduite par la critique littéraire comme un stéréotype structurant le champ littéraire et la création. Cependant, mise à l'épreuve d'une lecture stylistique de Beckett et Monique Wittig notamment, la mythologie d'un style Minuit doit être remise en question ; des entretiens avec É. Chevillard, É. Laurrent et L. Mauvignier confirment les singularités de chaque pratique d'écriture. Cet essai, qui emprunte ses outils d'analyse à l'ensemble des sciences humaines, veut contribuer à la démythification, voire à la démystification du style Minuit, aujourd'hui encore appréhendé comme le comble de la qualité littéraire française.

  • Déserteur de l'armée autrichienne pendant la Première guerre mondiale, l'auteur du Brave soldat Chvéïk a rejoint la Légion tchèque composée de Tchèques vivant en Russie en 1916, puis il est passé à l'Armée rouge en 1918.
    Commissaire politique sur le front Est, il y a travaillé aussi comme rédacteur de deux journaux (de propagande, bien entendu).
    C'est cette période de sa vie en pleine guerre civile russe qu'il raconte à la première personne dans Aventures dans l'Armée Rouge.
    Nommé Gouverneur de la ville de Bougoulma (en pays tatare en Russie orientale), Hašek décrit des situations qu'il a vécues, y campe des personnages qu'il a côtoyés au sein de l'armée.
    Flanqué d'une escorte de douze Tchouvaches frustres dont personne necomprend la langue, il réussit à s'installer à Bougoulma.
    Lorsqu'il apprend qu'un régiment frère arrive aux portes de sa ville avec la mission de la prendre coûte que coûte, les problèmes du camarade Hašek, pourtant rusé et débrouillard, commencent.
    Bien qu'il soit du même camp, ce régiment, mené par Ierokhymov, finit naturellement par s'emparer de Bougoulma et par destituer Hašek, qui ne se laisse pas faire.
    D'innombrables confusions s'en suivent, d'autant que le nouveau gouverneur se montre particulièrement idiot.
    Ierokhymov passe en effet son temps à ordonner des bêtises.
    A travers les péripéties de son récit, Hašek décrit les rouages d'un mécanisme où l'arbitraire, la bureaucratie et les abus de toutes sortes s'inscrivent dans la continuité du tsarisme et préfigurent le communisme.
    Considéré comme un document exceptionnel, ce court récit loufoque et hilarant donne une peinture sans concession de la Révolution russe.
    C'est sans doute la raison pour laquelle il n'a été publié sous forme de livre en Tchécoslovaquie qu'en 1966.

  • Nous sommes en Absurdistan, en Europe de l'Est, aux alentours de la chute du Mur.??Le protagoniste, Ferkó Mészáros, est un mathématicien un peu naïf, un intellectuel vulnérable, qui dérive, impuissant, dans l'enchevêtrement opaque des mensonges, de l'imprévisibilité et du manque de sens qui caractérisent le régime.
    Il aimerait mener une vie tranquille et vraie, mais comme sous le communisme on ne peut exister hors du système, le voici contraint de faire carrière à l'étrange "Institut de recherche de l'anabase". Sa rencontre avec Dóra et la vie joyeuse faite d'amour frais et de distribution de samizdats lors de la « révolution de velours » l'enchantent. Cet événement va-t-il véritablement changer les choses ?

    Sous la forme d'un récit à suspense, comique et surréaliste, l'écrivain nous livre son analyse des bouleversements politiques survenus en Europe centrale.
    Né en 1948 à Levice, en Slovaquie occidentale, Lajos Grendel est l'auteur d'une trentaine de romans, de recueils de nouvelles et d'essais. Après avoir travaillé comme rédacteur de revue littéraire, éditeur et professeur des universités, il se consacre entièrement à son oeuvre. Il écrit en hongrois.

  • Aucune étude sérieuse sur la signification et la valeur des monstres et du monstrueux en Russie n'existait jusqu'ici. Annick Morard s'en est chargée, dans un essai fluide et bien écrit à paraître ici et en Russie.
    L'auteure offre une réflexion qui plonge aux sources historiques et culturelles du monstre russe. Elle interroge tour à tour la culture orale et visuelle, enquête sur les termes qui disent le monstre en russe, sur les récits, mythes et fables qui en content les aventures, sur les dessins et images qui les représentent et enfin bien entendu sur la littérature du début du XXe siècle, héritière et pourfendeuse de cette tradition.
    Trois moments clés, analysés ici dans le détail, révèlent la puissance symbolique des monstres en Russie : au XVIIIe siècle, la création de la Kunstkamera, considérée comme le premier musée russe, met les monstres anatomiques sur le devant de la scène, d'égal à égal avec les animaux exotiques et les dernières découvertes scientifiques et techniques.
    Au XIXe siècle, le monstre est exhibé en tant que tel dans les foires populaires et autres musées de curiosités, stationnaires ou ambulants. Le freak show est, en Russie aussi, un divertissement populaire qui marque profondément la culture citadine du XIXe siècle. Ce livre décrypte ce phénomène pour la première fois.
    Au tournant du XXe siècle, avec le développement fulgurant de la médecine et des sciences de la vie, le rapport au monstre change encore : sous le scalpel des chirurgiens, les monstres sont tantôt soignés, tantôt créés.

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