L'age D'homme

  • « Dans la geôle de Reading, près la ville, Est une fosse d'infamie :
    C'est là que gît un homme misérable Dévoré par des dents de flamme ;
    Dans un suaire brûlant il repose, Et sa tombe n'a pas de nom. » Inspiré par deux années passées dans les prisons londoniennes pour « actes indécents », Oscar Wilde raconte dans ces vers bouleversants comme un long cauchemar la douleur, l'angoisse, la culpabilité.

  • Depuis sa publication discrète en 1983, Le Cheval rouge est devenu en Italie un véritable phénomène littéraire et social.
    Car dès sa parution, et au fil des rééditions qui se sont succédé sans discontinuer Le Cheval rouge, bien qu'ignoré en raison de son anticonformisme idéologique par la critique, a captivé un très large public. Dans une enquête publiée en 1986 sur le plus beau roman italien des dix dernières années, Eugenio Corti et Le Cheval rouge distançaient Sciascia, Morselli, Moravia. Comme peu de livres de notre temps, Le Cheval rouge a su créer, entre son auteur et ses lecteurs, un profond courant de sympathie.
    Cela tient d'abord au caractère de témoignage que revêt ce roman : non seulement les personnages historiques qui le traversent, mais aussi tous les événements historiques relatés, de la campagne de Russie à la barbarie nazie, de la découverte du goulag communiste aux épisodes de la Résistance en Italie du Nord, à la vie politique des années cinquante et soixante, sont rigoureusement vrais. Ce monde fourmillant de personnages, de drames et d'histoires d'amour, de grandioses scènes collectives, baigne dans l'éclatante lumière de la vérité.
    Cette force de la vérité est la charpente qui soutient Le Cheval rouge. Mais Eugenio Corti a écrit aussi un très grand roman. Son souffle épique, la puissance des passions emportent le lecteur dès les premières pages. Livre de la mémoire, livre où sont consignés des événements disparus, des vérités soigneusement occultées ou délibérément altérées, Le Cheval rouge s'apparente à ce livre doux comme le miel, amer à avaler, mais fortifiant, dont parle l'Apocalypse.
    Grand roman historique né dans un pays où l'arbre du roman a donné peu de fruits durables, Le Cheval rouge semble pouvoir résister à l'usure du temps. Il n'a rien d'un météore ou d'une étoile filante, d'une concession à des modes passagères. Il deviendra sans doute une étoile fixe de la littérature de notre siècle.

  • Première partie du légendaire Vie et Destin, Pour une juste cause est déjà tout parcouru du souffle épique qui anime le chef-d'oeuvre de l'écrivain soviétique. Avec ce roman, nous entrons de plain pied dans les moments les plus tragiques et les plus poignants de la IIe guerre mondiale.

  • L'oeuvre illustre d'un poète illustre. Eugène Oniéguine, c'est toute la Russie du début du XIXe siècle. Une oeuvre en laquelle tous les Russes se reconnaissent depuis sa composition jusqu'à nos jours, et qui marquera à jamais l'âme de ses lecteurs de son empreinte impérissable.
    L'histoire de la composition de ce livre fondateur de la littérature russe, c'est l'histoire même de Pouchkine, de sa vie d'homme épris de liberté et de fantaisie. C'est aussi comme une prémonition de son destin : la mort de Vladimir Lienski, personnage secondaire de l'oeuvre, dans un duel stupide, semble préfigurer le duel-assassinat de Pouchkine lui-même. Le grand poète a écrit, on le sait, d'autres pages, belles, passionnantes, souvent marquées d'un humour à la fois léger et grave, mais Eugène Oniéguine reste son legs capital, sous la forme d'un roman de "compilation" de plus de 400 sonnets mis à la suite, chacun offrant, le plus souvent, un sens complet. La traduction de ce chef-d'oeuvre a été une véritable gageure, relevée avec une maîtrise lumineuse par Roger Legras.

  • Vie et destin a été traduit dans le monde entier.
    Deux essais sous la plume de simon markish et semion lipkine ont été consacrés à vassili grossman. l'age d'homme a publié également : tout passe, la route et la paix soit avec vous.

  • Lorsqu'il écrivit La Colombe d'argent, son premier roman, Andreï Biély se plaça d'emblée dans la lignée de Gogol. Voici la province russe, un village et sa galerie de grotesques : hobereaux, marchands, artisans, fonctionnaires, filous, popes et paysans. Voici la plaine russe parcourue par les vagabonds, et puis la forêt, l'immensité, l'espace, les troïkas qui filent... Intellectuel occidentalisé, déçu par toutes les idéologies mais ayant toujours au coeur la nostalgie d'un idéal inconnu, le héros du roman, Darialski, se laisse séduire par une paysanne inculte, symbole pour lui de la Russie profonde, de la terre, et tombe sous la coupe d'un homme sombre et rusé, fondateur d'une secte maléfique. Cela finira mal... C'est une Russie mi-païenne, mi-chrétienne, la Russie des convulsionnaires et des flagellants, mais aussi la Russie en proie à l'essor du capitalisme et à l'effervescence révolutionnaire, infiltrée d'espions et de provocateurs qui est présentée ici. Les scènes d'envoûtement ou de transes érotico-mystiques, scandées de formules magiques, de refrains naïfs ou paillards sont parmi les pages les plus extraordinaires du roman. Est-ce bien un roman ? OEuvre de mystique, de poète, récit initiatique et rapport d'ethnographe, conte philosophique et roman policier, satire hilarante et drame sanglant, La Colombe d'argent est inclassable. Elle a ébloui Blok et Essénine et influencé la littérature russe du XXe siècle.

  • La mer

    Jules Michelet

    Grande, très grande différence entre les deux éléments : la terre est muette, et l'océan parle.
    L'océan est une voix. il parle aux astres lointains. il parle à la terre, au rivage, dialogue avec leurs échos ; plaintif, menaçant tour à tour, il gronde ou il soupire. il s'adresse à l'homme surtout. comme il est le creuset fécond oú la création commença et continue dans sa puissance, il en a la vivante éloquence : c'est la vie qui parle à la vie. les êtres qui, par millions, milliards, naissent de lui, ce sont ses paroles.
    La mer de lait dont ils sortent, avant même de s'organiser, blanche, écumante, elle parle. tout cela ensemble, mêlé, c'est la grande voix de l'océan.

  • En 1924, à l'époque où fut publié pour la première fois L'attrapeur de rats, Alexandre Grine était considéré comme un auteur de romans d'aventures résolument en marge de la littérature russe traditionnelle.
    Fallait-il que ce rêveur impénitent fût, dans les années vingt, harcelé, obsédé par la réalité quotidienne, pour qu'elle surgisse ainsi à nouveau dans son oeuvre ! Toute la première partie de L'attrapeur de rats est une peinture magistrale d'un Petrograd famélique, épuisé par de longues années de restrictions, crucifié par la guerre civile. Toute une époque ressuscite en quelques notations incisives, en quelques portraits tragiquement évocateurs. Et, dans cette capitale exsangue, erre un personnage qui rappelle étrangement l'auteur.
    Mais le rêve reprend ses droits. Et ce n'est pas celui d'une évasion radieuse. Dans le labyrinthe oppressant qui sert d'asile fortuit à notre vagabond, naissent des fantasmes de cauchemar engendrés par un cerveau enfiévré. Des rats maléfiques complotent la mort d'un vieillard. La ville elle-même s'enveloppe soudain d'un sortilège. Des apparitions menaçantes surgissent dans les brumes incertaines du petit jour : un garçonnet aux mains griffues, une jeune fille au visage grimaçant qui n'est autre que le double malfaisant de la douce héroïne. L'épilogue, tout en allusions, en clins d'oeil au lecteur, en phrases inachevées : " Il sait. " " J'avais compris. " " Je dois conquérir la confiance. ", laisse perplexe sur le sens profond du récit. Que signifie ce délire visionnaire ? Quel symbolisme se cache donc sous cette diablerie ?
    Le poète Blok, en 1920, voyait avec épouvante le torrent révolutionnaire emporter dans ses tourbillons les derniers bastions de la civilisation. Grine, à son tour, ne projette-t-il pas dans son oeuvre l'angoisse qui l'étreint devant le raz-de-marée ? Toutes les passions mauvaises : la débauche, l'amour du lucre, le crime, soudain libérées dans la tourmente, montent à l'assaut des cités et menacent, comme les rats de la légende germanique, d'étouffer l'humanité. Mais le vieillard " aux yeux transparents " saura-t-il, comme le magicien de Hameln, détourner le fléau ? Pourra-t-il seulement échapper lui-même aux coups du " Libérateur ", à l'arrêt de mort prononcé contre lui par l'assemblée des rats ?.
    Dans ce récit complexe et d'une extrême richesse, Grine traduit en poète sa vision de l'actualité.

empty