Kime

  • Ecrit par Nietzsche entre 1882 et 1885 Ainsi parlait Zarathoustra est l'une des oeuvres majeures de la littérature allemande et l'une des oeuvres majeures de l'histoire de la philosophie.
    Sous une forme poétique qui en fait un chef d'oeuvre littéraire mais qui n'a pas facilité toujours l'accès à sa pensée profonde et qui a suscité bien des malentendus Nietzche y réalise une mise en place de tous les grands thèmes de sa philosophie. Il y montre que l'humanité est menacée de découragement et du pire laisser-aller du fait que s'est perdue la foi en Dieu, foi qui constituait depuis des millénaires le socle de la civilisation occidentale.
    Il explique comment, pour éviter ce double danger l'homme doit se faire " surhomme ", c'est à dire remplacer Dieu dans son rôle de fondement de la morale et de toute la civilisation, et comment cette nouvelle morale et cette nouvelle civilisation impliquent une nouvelle conception du monde, une nouvelle métaphysique. Il examine enfin, sans illusion mais sans se décourager, la manière dont la civilisation contemporaine - contemporaine à Nietzsche, mais aussi contemporaine à ses lecteurs d'aujourd'hui - est en mesure d'écouter son message.

  • Médée

    Euripide

    • Kime
    • 4 Septembre 2009

    Cette traduction nouvelle de la Médée d'Euripide par Florence Dupont est une commande du metteur en scène Laurent Fréchuret, Directeur du Centre de Sartrouville et des Yvelines Centre Dramatique National pour une création en octobre 2009.
    Elle est donc destinée à la scène, c'est pourquoi le texte français laisse volontairement de l'espace aux acteurs afin qu'ils s'approprient le texte et ne comprend aucune ponctuation, c'est à chaque acteur en l'oralisant de lui donner forme par ses pauses et ses intonations. Florence Dupont et Laurent Fréchuret ont travaillé ensemble à un projet visant à retrouver la force spectaculaire du théâtre grec ancien, en particulier les émotions directement créées par le "décor sonore" : musique du choeur et voix des acteurs, chantées ou non.
    La traduction comme la mise en scène partent de la structure musicale de la pièce et s'organisent à partir des choeurs et de la musique. C'est pourquoi le texte indique par la typographie (italique) les passages chantés afin de les distinguer des passages parlés.

  • Le nihilisme européen

    Friedrich Nietzsche

    • Kime
    • 25 Janvier 1997

    Dans ces pages datées du 10 juin 1887, Nietzsche conçoit un nihilisme européen : concept daté et circonstancié, historique et géographique, philosophique, et tout à la fois moral et politique, bien plus que métaphysique ou mystique. Analysant les valeurs sacrées et éternelles, il prononce la parole déraisonnable de l'imprécateur. Mais son intention est de purifier la société européenne.

  • Traduire Kafka

    Maurice Blanchot

    • Kime
    • 19 Avril 2019

    Le nom de Kafka est le nom propre le plus cité dans l'oeuvre de Blanchot, plus encore que celui très fréquent de Mallarmé. Kafka est le seul écrivain qui ait fait l'objet d'un ouvrage volumineux dans lequel Blanchot a regroupé la plupart des articles qu'il a publié sur l'auteur du Procès.
    Jean-Paul Sartre, dès la parution d'Aminadad, soulignait la ressemblance des univers de Kafka et de Blanchot, bien qu'il rapportât dans le même article qu'au moment de l'écriture d'Aminadab, Blanchot affirmait ne pas avoir encore lu Kafka. Une lettre à Paulhan de 1942 indique pourtant qu'au moment où il rédige Aminadab, Blanchot a déjà lu, ou est en train de lire Kafka.
    Pas d'écrivain littérairement, mais aussi biographiquement si proche de Blanchot que Kafka, on en esquisserait quelques traits rapides : la forte présence du religieux, la solitude, le célibat, la santé fragile, la vie vouée à l'écriture. Autant de biographèmes, qui sans justifier la totalité de l'intérêt de Blanchot pour Kafka peuvent donner du sens à cette empathie pour l'auteur tchèque, et peuvent avoir été à la source de cette reconnaissance jamais démentie.
    L'ouvrage Traduire Kafka, expose un aspect encore totalement inédit de Blanchot : son long et obstiné travail de traducteur. Le lecteur pourra observer de quelle manière l'auteur de Thomas l'Obscur est fasciné par l'oeuvre de Kafka. Si ses traductions ne sont pas datées, elles attestent d'un intérêt immédiat pour la première édition publiée par Max Brod. Fascination qui ne se manifeste que pour les oeuvres les plus autobiographiques de Kafka, le journal intime, mais aussi les lettres, notamment celles adressées à ses amis, et surtout à Felice et à Milena.
    Ces traductions offrent au lecteur un aspect encore totalement méconnu de l'oeuvre de Blanchot dont on verra dans les publications futures qu'il est aussi un grand traducteur de la philosophie allemande, notamment de celle de Heidegger. Plusieurs, des fragments traduits par Blanchot montrent à la fois une attention particulièrement fine à la langue de Kafka, mais aussi aux grands thèmes que développe l'écrivain tchèque. Nombre des fragments traduits sont accompagnés de commentaires personnels de Blanchot dont on retrouvera la trace dans ces articles sur Kafka.

  • Traduire

    Collectif

    Entretien avec Aharon Appelfeld (interview d'Antoine Nastasi). Dans cette entrevue, Aharon Appelfeld nous guide à travers le monde des visions de l'écrivain. Visions qu'il cherche à traduire avec une grande économie de mots, cherchant la justesse dépouillée et non la profusion de métaphores. Son renoncement volontaire à la langue maternelle allemande, le fondement que représente pour lui le yiddish, l'adoption de l'hébreu comme retour aux racines aussi bien que langue séculaire détachée de la langue sacrée qu'est l'hébreu biblique, autant de directions linguistiques qui portent les images internes. Écrivain Serge Ambert, Jean-Paul Sètre, Du texte au corps. C'est à partir des cahiers de Nijinski que Serge Ambert a choisi de monter la chorégraphie Comme un bond en plein ciel. Cette création interroge la traduction non plus d'une langue à une autre langue mais d'un langage textuel à un autre langage, corporel cette fois. Outre le fait que ces deux langages se construisent ici selon la narrativité de l'auteur-danseur et du chorégraphe-danseur, il n'en demeure pas moins que l'une est écrite et donc pérenne tandis que l'autre est gestuelle et éphémère.
    Danseur-chorégraphe, écrivain Anna Angelopoulos, Traduire des contes judéo-espagnols des Balkans. Comment traduire une collecte de contes transmis en ladino, une langue orale employée par les communautés judéo-espagnoles. Il s'agit ici d'opérer une double traduction :
    D'une part, celle d'une langue dans une autre langue, d'autre part, celle d'une langue orale dans une langue écrite.
    Psychanalyste, anthropologue Batia Baum, Langue caché, perdue, retrouvée. L'auteure retrouve la langue yiddish à l'âge adulte, langue née entre les langues, du traduire d'une langue à l'autre, du texte hébraïque à la langue germanique judaïsée et nourrie d'autres sources :
    Romanes ou slaves. En français, le yiddish, c'est du genre masculin. Et Batia Baum différencie cette langue du yiddishkeit, du genre féminin, dont elle a la nostalgie parce qu'il n'y a pas de lieu pour ça, c'est un lieu de mémoire, c'est tout ce dont la langue est nourrie, ce qu'elle porte en elle de racines, de sensations, d'odeurs, du lait de la mère, de pensée, de culture.
    Elle montre que ce qu'elle cherchait, c'était le yiddishkeit et a fini par comprendre que ce yiddishkeit se transmettait par la langue. Écrivain, traductrice et enseignante du yiddish

  • Sons, sens et sentiments forment un continuum qu'explore, par de multiples exemples, cette publication du GREP. La voix actée, c'est la voix qui agit sur ceux qui l'écoutent, à travers les mots, la musique qu'elle produit, les gestes et le corps qu'elle engage. La voix actée, c'est aussi la voix qui est agie par ceux auxquels elle s'adresse, par la personne qui l'émet autant que par la sensibilité et la mémoire de tous. C'est la parole qui porte et met en acte la petite histoire et les grands événements, le ciel et la terre, le papillon qui passe. Sons, sens et sentiments se créent, se croisent et entrent en résonance de chapitre en chapitre où se rencontrent des poètes grecs archaïques, des chanteuses zarma, des slameurs du petit Montrouge, des musiciens roms, des comiques latins, des bergers éthiopiens...

  • Yvon Quiniou, qui s'interroge depuis longtemps sur la condition désastreuse que le capitalisme impose à l'homme, analyse ici les diverses formes d'aliénation qu'il y subit :
    Politique, sociale, économique, individuelle et historique ; et il insiste sur la difficulté qu'il y a à dépasser certaines d'entre elles, dans un processus pourtant souhaitable, voire impératif moralement, d'émancipation généralisée. Loin d'une emphase politique généreuse mais improductive, il en fait un examen précis, intransigeant mais lucide, à la lumière de Marx mais au-delà de lui parfois, en étant attentif en particulier à l'aliénation individuelle et à ses diverses causes : l'exploitation bien sûr, mais aussi l'idéologie et la biographie individuelle, avec son poids psychologique propre, qui amènent l'homme à vouloir ce qui le mutile. Il récuse également, tout en les prenant en considération, les diverses versions d'une anthropologie pessimiste (Hobbes, Kant pour une part, Freud, Girard et, bien entendu Nietzsche) qui déclare impossible une large émancipation de l'homme lui permettant de réaliser ses potentialités et de maîtriser son aventure historique, au nom d'une nature « mauvaise » qui le condamnerait plus ou moins à un vivre-ensemble inhumain, dominé par l'aliénation. C'est aussi une manière de répondre au pessimisme subtil de Marcel Gauchet ou à la démission intellectuelle d'une certaine gauche et, tout en soulignant les difficultés concrètes de cette tâche, d'en maintenir l'exigence, hors de toute utopie.

  • Conférences chinoises

    ,

    • Kime
    • 10 Septembre 2020

    Il existe un déficit d'informations sur la culture chinoise ancienne et contemporaine dans les sciences humaines françaises, trop exclusivement orientées vers d'autres espaces étrangers. Ou plutôt les perspectives chinoises, dont la connaissance est réservée aux seuls sinologues, viennent trop rarement féconder l'ensemble des sciences humaines.

  • D'origine anglo-saxonne, les postcolonial studies ou études postcoloniales ont longtemps eu mauvaise presse en France, mais, depuis les années 2000, elles ont désormais acquis droit de cité, même si leur acclimatation relative s'est faite après de vifs débats dans le monde intellectuel et politique français. Les études postcoloniales constituent un ensemble théorique issu des sciences humaines et sociales qui scrute les dispositifs du savoir et la cartographie des pouvoirs dans un contexte mondial encore marqué par l'hégémonie occidentale plus d'un demi-siècle après la fin des Empires. Hybrides et transdisciplinaires, elles n'offrent pas un système théorique unifié, mais fournissent des instruments d'analyse qui ont en commun de renverser les perspectives et d'offrir un regard différent sur les relations internationales.
    Au-delà des polémiques suscitées par l'introduction de penseurs comme Edward Said, Gayatri Chakravorty Spivak et Homi Bhabha - la sainte trinité postcoloniale - dans le paysage intellectuel français, l'ouvrage se propose de donner un aperçu synthétique du contexte d'émergence des théories postcoloniales, de leurs emprunts et leurs apports à la littérature et aux sciences humaines et sociales ainsi que des modalités de leur réception dans le monde français et francophone.

  • Nombreux sont aujourd'hui les écrivains qui, à un moment de leur oeuvre ou tout le long de celle-ci, abordent des questions de mémoire. Celles-ci, souvent liées aux violences collectives, permettent de revisiter l'histoire économique, politique ou sociale moderne et contemporaine.
    Si certains d'entre eux sont biographiquement et intimement liés aux événements de leur récit, d'autres en sont éloignés. Pourtant, dans un cas comme dans l'autre, on sent un engagement et des partis pris repérables propres à ce que l'on pourrait nommer : la littérature mémorielle.
    Mémoires en jeu leur a donné la parole.

  • Lettre à la mère

    Edith Bruck

    • Kime
    • 19 Avril 2018

    Lettera alla madre (Lettre à la mère) Garzanti, 1988, est le troisième livre d'Edith Bruck traduit en français. Il forme avec les deux précédents, une sorte de trilogie sur la déportation. Toute l'oeuvre d'Edith Bruck est traversée par l'expérience d'Auschwitz, aussi bien la prose que les poèmes, mais ces trois récits sont plus particulièrement axés sur cette expérience insurmontable.
    Qui t'aime ainsi, Kimé, 2016, est le récit de la vie d'Edith Bruck et de sa famille, avant, pendant et après la déportation à Auschwitz et dans d'autres camps.
    Lettre à la mère, est une lettre qu'Edith Bruck écrit à sa mère assassinée à Auschwitz. C'est pour elle, le moyen d'évoquer son père et surtout de s'adresser à sa mère pour lui dire à la fois son amour sans limites mais aussi sa rage, fruit d'une éducation, ressentie comme oppressante, que cette mère a voulu lui donner. Une manière de s'affranchir pour pouvoir grandir, en disant tout, sans concession.
    Certains passages relatifs à la féminité et la maternité sont caractéristiques de l'écriture des femmes survivantes des camps. Ils ne sont pas sans rappeler « la lettre » de Marceline Loridan-Ivens à son père, Et tu n'es pas revenu, où, comme Edith Bruck elle évoque le choix douloureux de ne pas avoir d'enfants après Auschwitz.
    Cette Lettre à la mère d'Edith Bruck est d'une grande densité, une tentative de vivre et non pas de survivre après Auschwitz : De quoi aurais-je voulu te parler ? Je ne le savais pas. Et je ne le sais toujours pas, je n'ai rien programmé, ni le contenu, ni la fin, ni rien, j'avance à l'aveuglette, je te dis n'importe quoi pour te tenir en haleine jusqu'à la fin, qui viendra toute seule. Alors, je te laisserai aller, je te laisserai reposer en paix, et je serai moi aussi en paix avec toi et toi avec moi.
    La figure de Primo Levi, l'ami et le confident, est présente dans Lettre à la mère comme dans toute l'oeuvre d'Edith Bruck. Elle rend hommage au grand écrivain dont le suicide l'a laissé désemparée à tout jamais.

  • Qu'y a-t-il de plus paradoxal et de plus profondément décevant que de ne plus pouvoir parler ouvertement aujourd'hui de la beauté sans être soupçonné de naïveté, tant elle a été elle-même frappée de mutisme voire d'interdiction par toutes les "déconstructions" de la métaphysique, toutes les "ruptures" des "avant-gardes artistiques", toutes les industries du divertissement de masse et toutes les formes de nihilisme qui en résultent ? La beauté ne continue-t-elle pas, pourtant, de faire l'objet d'une irréductible expérience qui, modestement mais résolument, féconde toujours l'existence humaine, dans sa dimension proprement esthétique, certes, mais aussi dans les domaines éthique (comme en amour et en amitié) et socio-politique (dans le partage du sensible nécessaire à tout sens commun) ? C'est à redonner la parole et droit de cité à cette expérience de la beauté que nous espérons ici contribuer, en dialogue avec les Anciens et les Modernes, en nous instruisant à la fois des principes de la philosophie et des révélations de la littérature et des autres arts, comme de la vie la plus quotidienne.

  • Baudelaire, le monde va finir

    André Hirt

    • Kime
    • 14 Septembre 2010

    Le monde va finir.
    La formule est en effet de Baudelaire. Le poète des Temps Modernes se fait philosophe dans ce qui relève à la fois d'un constat, d'une conclusion et d'une prophétie. En ce sens, une telle pensée, rigoureusement datée, nous date aussi dans notre présent. Que nous annonce au juste Baudelaire ? A l'évidence la décrépitude de notre Histoire, mais aussi ce à quoi notre présent manque, c'est-à-dire l'inverse de l'Histoire qui est la poésie, cet autre temps pour l'existence.
    Soumise à la méditation, la formule de Baudelaire fait apparaître en vérité toutes les raisons de la poésie et les thématiques nécessaires des Fleurs du Mal. Un poème comme A une passante délivre en un éclair les perspectives d'une apocalypse, d'une utopie et d'une temporalité dans lesquelles se dessinent l'origine de l'oeuvre d'art, la possibilité de la pensée et du langage. La lecture sous toutes ses faces de la formule et du texte de Baudelaire rencontre les méditations de Kant sur l'idée de fin, de Jacques Derrida sur la date, de Günther Anders sur la fin du monde, de Walter Benjamin sur le messianisme, de Hannah Arendt sur la culture, le langage et la traduction.
    Poète et philosophe, Baudelaire nous apparaît comme l'un des plus grands penseurs de notre présent, dont il explore conjointement et comme sous tension les apories catastrophiques et les chances d'avenir.

  • Les personnages de fantômes sont omniprésents dans le théâtre contemporain (Pier Paolo Pasolini, Didier-Georges Gabily, Edward Bond, Bernard-Marie Koltès, Heiner Müller etc.). Peu commentés et même parfois supprimés lors du passage à la scène, ils dérangent et bousculent tous les a priori au sujet des textes de théâtre : ils n'entrent généralement pas dans les constructions intellectuelles ne s'attachant qu'à proposer une herméneutique du texte. C'est en passant par l'analyse d'une pratique théâtrale différente, où le fonctionnement des fantômes est indissociable de la performance, qu'il est possible de comprendre leur rôle dans le théâtre contemporain. Dans la Rome antique, les fantômes ne sont intelligibles qu'à l'intérieur du système qui les a produits. Complètement différents des fantômes anthropologiques présents dans les textes historiques, épiques ou épistolaires, ils ne nous apprennent rien sur la façon dont les Romains envisageaient l'au-delà.

  • Après une longue domination de l'analyse formelle des textes, l'histoire littéraire et même l'historiographie littéraire connaissent aujourd'hui un regain d'intérêt. Les contributions du volume, dues à des spécialistes allemands, italiens et français, sont consacrées aux origines de l'historiographie littéraire moderne autour de 1800, à cette période de transition entre la grande tradition érudite européenne, l'historia litteraria, et l'ère des histoires littéraires nationales, à une époque où les modèles sont donc à inventer, où les concepts sont hybrides, héritage et innovation. " Histoire ", " nation ", " littérature ", " critique " structurent diversement la réflexion et la pratique des protagonistes d'un débat européen (Herder, La Harpe, les frères Schlegel, Mme de Staël, les frères Grimm) comme de contemporains moins illustres. L'étude des représentations et des productions de l'histoire littéraire dans deux espaces nationaux, le français et l'allemand, nécessitait de privilégier le décloisonnement, la mise en regard, la comparaison. Elle a aussi permis d'observer la contamination réciproque des perspectives dans l'écriture même de l'histoire littéraire.

  • Ce livre voudrait faire le point sur nos usages contemporains du mot style, tant en emploi populaire, spontané ou travaillé, qu'en emploi savant spécialisé. Le corpus est d'abord la langue française du début du XXIe siècle, telle qu'on la pratique, la parle et l'écrit dans les livres, à la télévision ou sur Internet. L'objet d'étude est l'usage général d'un mot, d'un mot-repère de notre culture, à l'entrecroisement de pratiques discursives dont la diversité et la dispersion font sens et valeur entrecroisement que l'on pensait, jadis, comme le lieu même de l'idéologie. Le mot style est envisagé dans quelques-unes des scénographies sociales les plus riches, soit les plus sollicitées, quantitativement, par les sujets parlants du début du XXIe siècle : discours scolaire, discours universitaire, discours médiatique, discours commercial, discours politique.

  • Malgré ces temps de crise, le règne de l'hédonisme consumériste perdure, et la consommation culturelle est à la mode. Mais à bien des égards, la culture de masse qu'on nous vend, quand elle n'est pas un escamotage ou un bricolage culturel, dont l'artifice va de pair avec la fuite en avant dans l'artificialisation de la vie, relève essentiellement du divertissement, comme un baume adoucissant aux misères quotidiennes. C'est contre cette manière distrayante de conforter la domestication des êtres, façonnage d'un homme moyen, fonctionnel, que s'inscrit cette critique, volontiers pamphlétaire, de l'actuelle marchandisation, ad nauseam, de la culture. Laquelle est devenue le champ de bataille d'une véritable misère symbolique, aussi déroutante que les autres désastres du monde moderne. Car à travers cette assuétude qu'on nous inocule à consommer indifféremment des « produits culturels », comme du coca light, les manoeuvres d'assujettissement et les outrages qui sont faits aussi bien au langage, à la pensée, la sensibilité, l'imagination, les rêves, les désirs, les corps, participent en fait d'une véritable destruction de la vie intérieure. Comme la société industrielle de masse, à laquelle elle est désormais largement soumise, la marchandisation de cette culture sans estomac, insignifiante, plus spectrale que spectaculaire, car détachée de la vie, achève d'obstruer la question du sens, rendue superflue. Ainsi, à mesure que, déroutés, nous sentons l'horizon se restreindre, et croître, parallèlement à celles de la planète, les pollutions et dégradations de l'esprit, s'impose la nécessité vitale d'une désintoxication, afin de renouer avec les ressorts et pouvoirs d'une culture apte à repassionner le réel, comme à aimanter la liberté d'être ce que nous sommes. Tel est sans doute un des enjeux de notre nouveau malaise dans la civilisation.

  • Cet essai n'envisage du sport que ses activités élémentaires, marcher, courir, nager. Il ne constitue une étude ni historique, ni sociologique, ni psychologique du sport. Il se consacre à en dégager sa portée philosophique, métaphysique. Il s'agit de saisir le sens (« spirituel », si l'on veut) qui se trouve être immanent aux exercices corporels et qui rend raison de la joie ou « jouissance » qui leur est inhérente. Si bien qu'il apparaîtra que les sports contemporains dits de « glisse » se trouveront constituer la ligne hégémonique qui traversait déjà les sports anciens quand ils parvenaient à leur accomplissement interne (et qui n'a rien à voir avec les records ou les exploits).
    Le sens le plus haut et le plus beau du sport ne réside ni dans les victoires dans les compétitions, ni les honneurs d'être champion, ni dans les prix et les récompenses, mais en lui-même. On montre que son sens et sa jouissance propres résident dans un affect spécifique, le sentiment d'indéfinitude, affect ressenti dans et par la ligne de fuite qui entraîne le corps sportif quand il est porté à son excellence propre.
    Pour soutenir ce propos, des auteurs sont convoqués, dont principalement Rousseau et Rimbaud. Mais ceux-ci se voient doublés d'une étude analytique qui présente une description interne de l'agencement formé par le corps sportif dans son rapport aux Eléments (Mer, Terre, Vent.) aussi bien dans la marche, la course que dans la brasse ou le crawl.. Que, selon la dimension spirituelle ainsi dégagée, les exercices élémentaires s'avèrent constituer un « service divin » (Nietzsche), ne provoquera donc pas une trop grande surprise - surtout si l'on prend soin de bien distinguer ce nouveau mode éthique d'existence de la religion et de ses rites - mais se validera d'une évidente crédibilité.

  • À des degrés divers, tous les livres de Freud prouvent qu'il est fou. Mais la Psychopathologie de la vie quotidienne prouve qu'il ne l'est pas seulement dans son cabinet de consultation et lorsqu'il prétend soigner des névroses quitte à les inventer de toutes pièces comme pour le petit Hans. Elle prouve qu'il l'est du matin au soir et dans toutes les circonstances les plus ordinaires de la vie de tous les jours. Elle prouve également que celui que l'on considère volontiers comme un esprit moderne et éclairé, celui que beaucoup célèbrent comme un digne continuateur de l'esprit des Lumières, est, en réalité, profondément superstitieux.
    Comme tous les esprits crédules, il se refuse à admettre le rôle pourtant considérable que joue le hasard dans tous les événements de la vie. Bref, selon René Pommier, la lecture de la Psychopathologie de la vie quotidienne conduit à se demander si Freud n'était pas seulement un maboul accompli, mais aussi, mais d'abord un sombre crétin.

  • Le cas de Roland Barthes est tout à fait extraordinaire. Il l'est d'abord par le nombre et l'énormité des sottises péremptoires qu'il a proférées. Il l'est aussi et peut-être plus encore, par l'incroyable engouement que ces sottises ont suscité. Jamais sans doute un imbécile n'avait été autant célébré, un minable autant admiré, une nullité autant portée aux nues. Le centième anniversaire de sa naissance en 2015 a notamment donné lieu à un véritable déluge d'hommages : vingt-deux colloques (dont dix internationaux), des journées d'étude, des tables rondes, des séminaires, des lectures, des expositions, de très nombreuses émissions de radio principalement sur France Culture et quantité de publications hagiographiques. René Pommier, après avoir étrillé, vigoureusement mais en passant, Roland Barthes dans son Assez décodé ! avait consacré sa thèse de doctorat d'État à une réfutation systématique du Sur Racine, qui pouvait être considéré, disait-il, comme « un sommet de la sottise humaine ». Avec ce nouveau livre, il a entrepris de démontrer qu'au-delà du Sur Racine, on pouvait porter le même jugement sur l'ensemble des écrits de Roland Barthes. Certes, René Pommier n'a pu prendre en compte la totalité de son oeuvre, mais il a choisi d'étudier des textes suffisamment nombreux et variés pour permettre au lecteur de se faire une idée de l'effarante somme de sottises qu'elle représente. Pourtant, en dépit de tous les qualificatifs fort peu flatteurs que René Pommier a décernés à leur idole, les barthésiens, s'ils sont de bonne foi, devraient accueillir très favorablement son livre. Il a, en effet, su montrer que Roland Barthes, même si, à cause sans doute d'un excès de modestie, il ne semble pas s'en être rendu compte, avait le plus souvent parfaitement réussi à atteindre le noble idéal qu'il s'était fixé : l'absence totale de sens.

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