Institut Memoires De L'edition Contemporaine

  • Après Tanguy Viel, c'est au tour de Maylis de Kerangal d'interroger sa pratique d'écrivain par le détour de l'image. Comme le peintre ou le photographe, le romancier cadre, scénographie, traque l'insaisissable, donne forme à une expérience sensible et inédite du monde. Comme le cartographe, il construit un réseau de noms.

    Avec Chromes, Maylis de Kerangal explore la combinaison complexe d'aspirations, de motifs personnels et d'opérations formelles par laquelle ses livres adviennent.

    Maylis de Kerangal est née en 1967 et a grandi au Havre. Ses romans et nouvelles sont publiés aux éditions Verticales. Parmi eux, Corniche Kennedy (2008), Naissance d'un pont (2010, prix Médicis et prix Franz Hessel), Tangente vers l'est (2012, Prix Landernau), Réparer les vivants (2014, lauréat de nombreux prix littéraires et adapté au théâtre et au cinéma) et Un monde à portée de main (2018). Son dernier ouvrage, Kiruna, a paru en 2019 aux éditions La Contre-Allée. Elle est membre du collectif Inculte.

    Chromes est le nouveau Diaporama de l'IMEC.

  • Contrairement aux précédents titres de la collection, qui convoquaient des registres d'images variés, Sept et huit neuf ne puise qu'à une seule source : Les Sept mercenaires, western de John Sturges sorti en 1960. Un film qui hante Thomas Clerc depuis son enfance et qui tend à l'écrivain qu'il est devenu de multiples miroirs.
    Aussi solitaire et désintéressé que le cow-boy, l'écrivain comme les acteurs pratique « l'art de sortir de soi. » Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, Robert Vaugnh, James Coburn... L'auteur ne choisit pas pour alter ego tel ou tel mercenaire, mais tous, car chacun incarne à ses yeux une dimension essentielle de l'activité littéraire. James Coburn : la puissance du langage ; Yul Brynner : la possibilité de changer de corps qu'offrent les livres (comme les films) ; Steve McQueen : le partage avec le lecteur, etc. L'écrivain se rêve même en Calvera, le bandit qui pille et rançonne, puisque la littérature est aussi faite d'emprunts et de reprises.

    Sept et huit neuf de Thomas Clerc est le troisième titre de la collection « Diaporama ».

  • Avec la collection Diaporama, l'IMEC invite des auteurs à choisir un petit recueil de photographies qui leur permette de mieux raconter l'expérience de l'écriture, et à partager ainsi quelques-unes des images qui les hantent ou les enchantent pour se raconter plus intimement et parler de littérature autrement.
    Premier écrivain à s'être prêté à l'exercice, Tanguy Viel explore dans Boîte noire la partie invisible qui court sous ses livres, et tente de circonscrire les motifs de sa propre pratique romanesque.
    De l'astronaute au poulpe des abysses, du swing parfait du golfeur au palais du Facteur Cheval, de Psychose à Fitzcarraldo, les images convoquées ici sont autant de symboles ou reflets des processus intérieurs à l'oeuvre chez le romancier.
    Boîte noire est issu de la conférence en images qui eut lieu à l'abbaye d'Ardenne en mars 2018.

  • REVUE DES REVUES N.65 Nouv.

    Un jour lointain, alors que je m'essoufflais à suivre tes grandes enjambées, tu m'as glissé : « Je vais écrire un petit livre qui s'appellera Éloge de la revue. » Ce livre tu ne l'as jamais écrit, déjà requis par les lourdes et belles affaires de l'IMEC et embarqué en mille commandes que tu te passais. Insatiable.

    Au fil des années, tu t'étais détaché d'Ent'revues, éloigné de La Revue des revues, me confiant la responsabilité de l'une comme de l'autre avec une équipe dont la modestie n'avait d'égale que l'enthousiasme que tu avais su lui insuffler (soyons honnête, le souffle était rude parfois). Tes grandes enjambées t'avaient emporté ailleurs. Toujours en mouvement.

    Mais, Olivier, même si le livre est resté dans les limbes, des éloges de la revue tu en as semé par centaines, d'entretiens en contributions diverses, de colloques en éditoriaux. Comme autant de tentatives d'« inépuisement » d'un objet qui ne cesse de se dérober, de muer, de se multiplier. À grandes enjambées, tu n'as eu de cesse de baliser leur territoire infini et si peu reconnu dont la fécondité est inépuisable : c'était cela qu'il s'agissait de faire entendre sur tous les modes et sous bien des formes. De cette pensée en marche, on pourra lire plus loin deux moments : un long et riche entretien de 1988 aux accents de fondation et, près de dix ans après, en 1997, un texte, nourri par la création de l'IMEC, soulignant le rôle heuristique des archives.

    Et au fond, aurait-on pu imaginer meilleures louanges des revues que de mettre à leur service la petite machinerie d'Ent'revues et de leur dédier une revue, celle-ci qui numéro après numéro depuis plus de 35 ans tente de leur restituer une juste place dans le concert des savoirs et leur rôle séminal dans toutes les formes de la création. Nées de réflexions et de constats partagés, de l'enthousiasme de quelques-uns, Ent'revues comme La Revue des revues seraient restées chimères s'il n'y avait eu ton énergie, ta force de conviction, ta capacité à mobiliser des alliés substantiels (au premier rang desquels Jean Gattégno, le directeur du livre d'alors) pour leur donner corps et les inscrire dans la durée.

    Et elles durent : aussi pouvons-nous penser que nous n'avons pas trahi ta confiance. Et elles dureront car le travail novateur que tu as initié est beau, indispensable, aussi désirable que le désir sans cesse renouvelé des revues de réinventer le monde. Le faire savoir encore et toujours.

    Alors au moment où tu t'en vas, c'est aux revues qu'il revient de faire ton éloge.

    * Témoignant d'une longue et affectueuse complicité, de moments de compagnonnage, d'une connivence intellectuelle, d'une amitié toujours surprise, quatre voix nous rejoignent pour accompagner ton départ dans les pages de cette revue qui est tienne.

    André Chabin.

  • Des Femmes et des revues : témoignages (Thiphaine Samoyault, Christiane Chevigny, Anne Querrien), entretiens (Catherine Weinzaepflen...), histoire (Petite, La Metis) Entretiens avec des revues actuelles : A Littérature/Action, Etoiles d'encre, Sens dessous, Panthère première, Travail genre société, Idoc...

  • Jean-Christophe Bailly traverse la collection de l'IMEC. L'Ineffacé, exposition inaugurale du nouvel espace de l'abbaye d'Ardenne, propose un parcours original de Jean-Christophe Bailly à travers la collection exceptionnelle réunie par l'IMEC.


    En compagnie d'Artaud ou de Derrida, de Duras, de Satie, de Barthes, de Celan et d'une cinquantaine d'autres écrivains, artistes et penseurs dont l'IMEC abrite les archives, l'écrivain, poète, philosophe, édi- teur et dramaturge, Jean-Christophe Bailly, s'est promené dans la collection pour construire, autour de plus de 200 documents, une grande poétique de l'archive faite d'histoires, de savoirs et d'émotions.

    « On pourrait envisager l'écriture comme une danse, comme le pas de deux d'un sujet avec la vérité qu'il côtoie mais qui le fuit », note Jean-Christophe Bailly dans le catalogue de l'exposition. « Tous ces carnets et feuilles volantes sur lesquels ces phrases sont venues s'inscrire, tous ces matériaux préparatoires et toute cette archive, il est impossible de se les représenter comme une masse (...)»,« Leur rumeur n'est pas celle d'un empilement inerte, mais celle d'une volière traversée en tous sens. » Pourquoi demander à un écrivain de traverser ces millions de feuillets raturés, des objets, des sons et des images ? Parce que la collection de l'IMEC n'a de sens qu'à la condition d'être ouverte, lue, interprétée - c'est bien le sens du mot « contemporain » inscrit dans son nom. Nulle idée de trésor ici, ou de pièces magistrales qu'on exhiberait : l'Ineffacé, c'est la confiance faite dans ce qu'il y a de plus menu, de plus discret et pourtant de plus entêté : une idée a surgi, elle s'est inscrite dans l'écriture ; elle signe une intention créatrice et la force d'une oeuvre.

    L'Ineffacé est aussi une réponse à ceux qui pensent que les archives n'ont pas leur place dans les salles d'exposition. Est-il donc si fou de vouloir protéger et partager le plus fragile de l'écriture, comme on le ferait d'une flamme, lorsque l'obscurité gagne ?

  • Loin de se soustraire à tout regard, l'intimité, le for privé, ne cesse de s'extérioriser, de se représenter, de s'incarner dans des formes qui, parfois deviennent une oeuvre, parfois constituent le soubassement, l'envers, ou l'ombre de l'oeuvre. Saisir ce mouvement dans la variété de ses manifestations, c'est tout l'enjeu de Intérieur, qui réunit une vingtaine d'oeuvres extraites des collections « Film » et « Nouveaux Médias » du Centre Pompidou, rarement montrées, et des pièces inédites de la collection de l'IMEC. Les oeuvres de Chantal Akerman, Samuel Beckett, Christian Boltanski, Mona Hatoum, Paul McCarthy, Bruce Nauman, Valérie Mréjen... croisent Hervé Guibert, Roland Dubillard, Marguerite Duras, Erik Satie, parmi d'autres, autour de quelques petits carnets cornés, de précieux journaux intimes, des littres, des photographies oubliées, de minuscules objets.

    Ce livre accompagne l'exposition Intérieur, une production de l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) présentée à l'abbaye d'Ardenne du 25 juin au 22 octobre 2017 dans le cadre des quarante ans du Centre Pompidou.

  • Cahiers, carnets, feuillets épars, recueils d'images, esquisses ou lettres.
    L'originale propose des pièces d'archives exceptionnelles et des documents rares pour découvrir autrement un artiste ou un auteur

  • J'ai rêvé d'une nuit bleu noir, sombre et profonde, constellée d'étoiles dorées, les unes très brillantes, les autres plus discrètes, il aurait fallu passer la souris dessus pour qu'elles s'éclairent. Il n'y aurait eu que cela, je crois, cet écran de nuit et ses étoiles, planétarium précieux, carte stellaire déployée sur l'écran. Pas de titre, pas d'explication, pas de menu. Et en cliquant sur une étoile, on aurait entendu un poème. Les voix auraient été très belles, naturellement, et pas d'image, aucune image surtout. Pas de musique non plus. À la fin du poème, sous l'étoile, serait apparu le titre du poème, et le nom de celle ou celui qui l'aurait écrit et dit. Si on avait été plusieurs à s'en occuper, on aurait pu imaginer des constellations sans doute. Et puis des soirées de lecture bleu noir, éclairées à la chandelle ou avec ces petites guirlandes un peu kitsch qui illuminent les sapins [...].

    Rue des Bouteilles Obscures, par Lucie Taïeb

  • L'événement que fut la révolution de 1968 a suscité nombre de débats et de polémiques qui demeurent, quarante ans après, largement d'actualité (réforme institutionnelle, faillite de l'université, chômage des jeunes, fracture sociale, rejet du capitalisme).
    C'est d'abord dans les revues que l'écho tumultueux de ce soulèvement a lieu. une large sélection d'articles ou de textes issus de revues connues de l'époque (esprit, l'internationale situationniste, les temps modernes, archibras, tel quel, action poétique, opus international, etc.) est présentée ici, mais également de revues moins connues et pourtant aussi importantes au regard de leur participation au débat (défense de l'homme, raison présente, défense de l'occident, la tour de feu, etc.).

  • Gilles Ortlieb nous fournit le titre de cette chronique : il ouvre la revue par un texte très personnel aux revues rares (la traverse, 84, la Boîte à clous, le Petit poète illustré, La Treizième).

    Histoires d'hommes et de revues, quatre articles explorent ces liens au gré de l'histoire du XXe siècle : L'Arbalète de Marc Barbezat (1940-1948), Sources de Henri de Grandmaison et Gilles Fournel, dans l'ombre de René-Guy Cadou (1955-1957), Adriano Parisot et I 4 Soli (1954-1969) et Blaise Gauttier et la Revue parlée qui résonna de 1977 à 1992 dans les tuyaux du Centre Pompidou et de la BPI.

    Les chroniques évoquent typographie et poésie, Reliefs, les mooks, et LA question : Pourquoi des revues ?, sans épuiser le(s) sujet(s).

    Drieu la Rochelle, Pierre Bayle et Matulu sont au programme des lectures.

  • La romancière et essayiste Linda Lê et ses revues : "Promontoire des possibles" ; la revue l'Éphémère ; un article qui retrace l'histoire de L'Âge nouveau ; "De Prospero à ses Cahiers" : évolution d'une revue et d'une institution ; Dada, la première revue pour les enfants ; "L'Inclassable Daily Bul" ; Chronique d'un lecteur-libraire : Hugues Robert de Charybde (Paris 12e) ; Chroniques et lectures ; compte rendus de nouvelles revues.

  • En ouverture : Jean-Marie Gleize ; Luc Autret : Obsidiane ; Vittu : Le journal des savants ; Guy Basset : Alethiea ; Frédéric Gai : Fanzines ; Martine Monteau : Passages d'encre ; Les 30 ans d'Histoire de l'art par Dominique de Font-Reaulx (du Louvre)...

  • Alors que le numérique s'apprête à révolutionner les métiers de l'édition et notre accès à la connaissance, ce recueil d'entretiens avec huit des plus grands éditeurs français actuels répond à trois objectifs.
    Montrer d'abord, à travers leurs parcours exceptionnels, la réalité souvent mal connue de ce que Françoise Verny appelait "le plus beau métier du monde". Prouver ensuite, même si les modèles économiques ou techniques évoluent à grande vitesse, que la profession d'éditeur sera toujours une affaire d'homme et de passion. Esquisser enfin à travers ces échanges au long cours des pistes de réflexion pour aider les éditeurs de demain à répondre aux défis qui les attendent.

  • Qu'elle soit philosophique ou littéraire, qu'elle emprunte la forme du récit, celle du pamphlet, du poème ou de l'essai, l'oeuvre de Michel Deguy est faite d'innombrables bifurcations, reprises et déploiements qui en font l'une des plus brillantes et paradoxales de sa génération.
    On en trouvera ici, grâce au travail d'Hélène Volat et de Robert Harvey, la trace condensée sous forme d'un vertigineux index, recensement exhaustif des oeuvres de l'auteur et de sa réception critique.

  • En dix années de querelles et de manifestes provocants sur le théâtre et sur le monde, la revue " théâtre Populaire " a soutenu avec entêtement l'idée d'un théâtre de la communauté qui soit aussi un théâtre de l'intelligence et de la poésie.
    D'abord rassemblés autour du travail de Jean Vilar, les rédacteurs de la revue découvrirent Brecht en 1954 et s'engagèrent Roland Barthes et Bernard Dort en tête, dans la bataille pour l'avènement d'un théâtre engagé dans l'histoire.
    La scène française était alors engoncée dans le Boulevard ou fascinée par l'ivresse littéraire d'un Giraudoux. La défense et illustration du théâtre de Brecht permit à " théâtre Populaire " d'affirmer la responsabilité politique des formes dramatiques et de favoriser l'essor d'une nouvelle génération de dramaturges et de metteurs en scène français - les cinquante-quatre numéros de " Théâtre Populaire " cristallisent aujourd'hui l'histoire théâtrale contemporaine, une histoire qui traverse la guerre d'Algérie, qui rencontre Sartre, Genet, Beckett, Adamou et Vinavier, qui invente de nouvelles formes théâtrales.
    Marco Consolini retrace ces années de polémiques et nous rappelle que seules l'intransigeance de l'engagement et la rigueur de la pensée savent formuler de nouveaux modèles critiques.

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