Ecole Normale Superieure De Lyon

  • La poésie de Langston Hughes (1902-1967), poète majeur du xxe siècle américain, s'est développée dès les années 1920 en parallèle avec les musiques populaires que sont le blues et le jazz et parfois même avec les spirituals. Elle se pose à la fois comme un hommage à la culture noire et comme un geste esthétique original.

    Du début de sa carrière jusqu'aux années 1960, Hughes va chercher à déplacer vers le domaine poétique les caractéristiques rythmiques et thématiques des musiques qu'il aime et qui animent la vie des Noirs américains. Que ce soit dans The Weary Blues (1926) et Fine Clothes to the Jew (1927) ou beaucoup plus tard dans Montage of a Dream Deferred (1951) et Ask Your Mama (1961), Hughes fait le pari de la poésie jazz et de la poésie blues en s'attachant avant tout à la musicalité du poème, indépendamment d'une mise en musique qu'il juge secondaire.

    Cet ouvrage, qui constitue la première monographie consacrée à Langston Hughes depuis 1964, montre l'évolution de la pensée et de la poésie de l'écrivain et propose la lecture de ses poèmes « musicaux » les plus essentiels. Ce parcours permet de mesurer l'inventivité de sa démarche poétique et sa fécondité puisque des auteurs tels que Gwendolyn Brooks, Jack Kerouac ou encore Margaret Walker se sont largement inspirés de ce que Hughes lui-même appelait ses « poèmes jazz » et ses « poèmes blues ».

  • La littérature produite en Belgique a de tout temps fait l´objet de nombreux débats, quant à la manière d´en écrire l´histoire et d´en théoriser le développement. Cette anthologie rassemble les principaux discours qui ont marqué ces débats, de 1870 à nos

  • Le deuxième livre de Jean Tardieu contient le premier, le sixième reprend des poèmes du troisième, le septième inclut le sixième, des textes du quatrième se retrouvent dans le onzième. Il convient de se méfier des sous-titres: « proses » apposé à La part de l'ombre annonce bien ce qu'il contient, mais les « poèmes » de L'accent grave et l'accent aigu peuvent être d'assez longs textes en prose; à distinguer des « poèmes traduits des arts », textes sur la peinture, eux-mêmes différents des « poèmes à voir », sorte de calligrammes, et des «poèmes à jouer » qui sont des pièces de théâtre. Au reste, les frontières génériques sont perméables. Dans la fabrication de ses livres, Jean Tardieu est inlassablement inventeur de formes nouvelles et mystificateur. Inadvertance'#160;? Malice'#160;? Volonté surtout de ne pas emprisonner dans un provisoire parti pris éditorial la polyphonie d'« une voix sans personne ». Écrites par de nombreux spécialistes de l'oeuvre, mais aussi par des hommes et femmes de théâtre, les contributions réunies dans cet ouvrage se proposent d'interroger cette diversité des voix dans les livres de Jean Tardieu. On y trouve des informations, des témoignages, des réflexions, des essais. Il est ainsi, à l'image de l'auteur dont il traite, à plusieurs voix, et offre de multiples chemins dans cet univers foisonnant.

  • Comment écrire quand l'Histoire est finie ? Quand le Marché a gagné ? Quand on a tout abjuré ? Au début des années 197o, en pleine ferveur néo-avant-gardiste, Pasolini revêt les défroques longtemps délaissées du romancier, revenant à une forme d'écriture considérée alors comme réactionnaire.
    Inconscience ? Maladresse ? Provocation ? Et écrit Pétrole, roman magmatique et hétérogène, creuset difforme et bouillonnant, kaléidoscope flamboyant d'où jaillissent corps et contes, mères et massacres, saints et lucioles disparues. Entre paradis et enfers, le roman se disloque. Vire au document, magnifiquement brutalisé par d'incessantes digressions. Bascule dans l'onirisme et le fantastique, possédé par de puissantes visions.
    Se niche dans l'archaïsme structurel du mythe. Joue si loin le jeu des citations que vole en éclats la dérisoire figure de l'auteur. De quel étrange roman s'agit-il ? S'agit-il même encore d'un roman, sinon d'un roman radicalement désoeuvré ? Pétrole, ce texte essentiel du XXe siècle, ce chant barbare et ironique, cet adieu inéluctable à la poésie, forme question ouverte sur les fondements mêmes de la littérature et de notre postmodernité.

  • Selon Montesquieu, L'Esprit des lois a été " estropié " plutôt qu'imprimé à Genève en 1748. Les années suivantes le voient tenter de corriger les nombreuses éditions qui se succèdent et se concurrencent dans toute l'Europe. On suit ici, grâce à une enquête menée à travers des correspondances, des archives, mais surtout des dizaines de bibliothèques, l'histoire mouvementée d'une oeuvre qui présente d'innombrables difficultés textuelles, toujours présentes dans les éditions disponibles aujourd'hui. Ce n'est que le premier pas d'une étude qui, remettant en cause ce qu'on croyait parfaitement établi, conduit jusqu'aux éditions les plus récentes des oeuvres complètes de Montesquieu : que sont devenus ses manuscrits, une fois dans les mains de son fils ? quel rôle a joué son petit-fils, quand ils constituaient une intéressante monnaie d'échange ? Au-delà, on découvre les conséquences des contraintes matérielles ou des partis pris, parfois dissimulés, des éditeurs : de Plassan à Laboulaye ou Caillois, de la monumentale édition des Bibliophiles de Guyenne qui révèle les archives de La Brède à l'économique " Intégrale ", c'est la notion même d'éditeur scientifique qui est passée au crible.

  • Exceptions. En publiant son premier recueil de nouvelles en 1899 dans l'une des plus grandes maisons d'édition de l'époque, Charles W Chesnutt allait devenir un pionnier de la littérature noire du XXe siècle. Redécouvert dans les années 1960, méconnu en France, cet auteur figure aujourd'hui parmi les classiques de la littérature des Etats-Unis.
    Son accès à la publication dans une société profondément discriminatoire, au moment où l'édition américaine se constituait en véritable industrie et voyait se transformer la relation éditeur-auteur, nous pousse à interroger la complexité des relations entre éditeurs blancs et auteurs noirs. Cette histoire particulière éclaire plus largement un pan du développement de l'histoire de l'édition aux Etats-Unis, entre 1880 et 1910.
    Ancrée dans une double tradition française et anglo-saxonne, cette étude propose de retracer le trajet et la formation de cet écrivain africain-américain depuis son désir d'écriture, sa formation, l'apprentissage d'une profession, jusqu'à la matérialisation de son texte, et la diffusion de son premier livre. Au terme de cette trajectoire, c'est bien le passage par lequel The Conjure Woman devint livre qui se dévoile, révélant les mécanismes de la métamorphose du texte en objet de lecture.

  • À travers l'étude de nombreux textes techniques sanskrits, la présente étude vise à montrer et à expliquer comment la spécificité du statut sémiotique des noms propres a été abordée dans les trois disciplines indiennes traditionnelles que sont le vyakaraâ (grammaire), le nyaya (logique) et la mimâsa (exégèse), disciplines qui placent la réflexion sur le langage au centre de leurs préoccupations. La question du " sens " des noms propres a suscité, aussi bien en Occident qu'en Inde, de nombreuses réflexions. Si les débats, en Occident, concernent principalement la logique et la philosophie, la linguistique n'y participant que de manière marginale, c'est essentiellement les grammairiens (vaiyakaraâ) et les logiciens (naiyayika) qui, en Inde, se sont emparés du problème. Cet ouvrage montre comment les premiers ont majoritairement défendu l'idée selon laquelle les noms propres dénotent et connotent, alors que, parmi les seconds, c'est l'idée d'une dénotation directe, sans connotation, qui a été le plus souvent soutenue.

  • A travers six études parcourant la production des travaux linguistiques au Brésil à partir de la seconde moitié du XXe siècle, cet ouvrage présente, par des trajets différents et complémentaires, les points décisifs dans la recherche sur le langage à partir du moment où la pensée brésilienne, prenant pour objet la production de connaissances sur le portugais, va établir un contact direct avec l'Europe, sans passer par le Portugal.
    Cet ouvrage fixe le cadre de la constitution de cette discipline : il étudie le développement de l'analyse du discours des deux côtés de l'Atlantique, les processus d'institutionnalisation de la langue nationale et le rôle normatif de ceux-ci aux côtés d'outils linguistiques comme les dictionnaires et les grammaires. Il fait ainsi le point sur l'histoire des sciences du langage au Brésil et constitue un dialogue intellectuel fécond entre la pensée brésilienne et la pensée européenne.

  • Les linguistes spécialistes de l'espace francophone usent depuis plus d'une vingtaine d'années du concept de norme(s) endogène(s) élaboré initialement à partir de situations africaines. La question est de savoir si ce concept peut être étendu à d'autres situations de plurilinguisme, et à quelles conditions. Elle est posée depuis les aires franco-créolophones que sont les DOM, dans une démarche de confrontation avec d'autres situations de francophonie (Wallonie romane, Côte d'Ivoire, Louisiane, Maghreb).
    L'observation attentive de ces situations de contact révèle une permanente activité de brouillage et de négociation des lignes frontières antérieurement posées. Partant, les auteurs de cet ouvrage avancent que l'heure est davantage aux appartenances multiples qu'à une allégeance à une norme unique ; mais aussi, que la langue doit s'appréhender en termes de projet négociable, et non plus d'objet préconstruit, c'est-à-dire d'essence. La question des normes endogènes ou plus exactement du processus de leur production s'actualise alors non pas à partir d'une langue artificiellement coupée de son milieu écologique, mais à partir de ce qui se parle, un vernaculaire marqué par le plurilinguisme, même si les valeurs assignées aux différentes formes linguistiques demeurent, quant à elles, inscrites dans une sémiotique résolument discrète et socio-historiquement marquée.

  • L'ouvrage entreprend de faire la synthèse des recherches menées durant les quinze dernières années sur l'organisation du lexique de l'arabe et des langues sémitiques.
    II s'agit de montrer comment la théorie des matrices, étymons et radicaux (MER) rend compte des phénomènes de l'hébreu biblique et de l'arabe classique.
    Dans les deux cas, non seulement les auteurs parviennent à réorganiser le lexique sous forme de vastes champs phonético-conceptuels, mais ils fournissent aussi une explication à des phénomènes comme l'homonymie, l'énantiosémie et la polysémie du lexique de ces langues, phénomènes tenus pour mystérieux jusqu'à ce jour.
    Il s'agit aussi d'approfondir le contenu et le fonctionnement de la théorie des MER, conçue plus abstraitement dans les premiers travaux de Georges Bohas.
    Il s'agit enfin de tirer toutes les implications de cette théorie pour la théorie linguistique en général (par exemple, pour le débat sur la nature du signe linguistique) et de montrer l'incidence de la théorie des MER sur les débats actuels, particulièrement sur le problème de l'origine des langues.

  • denis roche est l'auteur d'une oeuvre où l'écriture et la photographie ne cessent de se croiser.
    elles s'informent, s'emboîtent, se joignent, se saisissent l'une de l'autre, s'infléchissent, se transcrivent, se transposent. il en résulte une oeuvre difficile, énergumène, rétive à la reprise critique, dessinant une trajectoire capricieuse : courbes, diagonales, sauts d'obstacles, apparentes ruptures. c'est la logique de ces mouvements (et de leurs vitesses, de leurs rythmes, de leurs coupes) que l'on essaie ici d'interroger à nouveau, avec les outils qu'il faut (on les invente au besoin) pour circuler dans cette oeuvre par voie technique, poétologique, performative, circonstancielle, projective, comparative, littérale.
    il s'agit de lire denis roche au collimateur, aux machines, ou encore de l'observer à la lumière des lucioles.

  • Cet ouvrage est le contraire d'un dictionnaire. Il ne parle pas de « langue » ; il ne prétend pas régenter les significations, par delà les emplois concrets du vocabulaire, pour édifier un répertoire de normes généralisables. Bien au contraire, c'est aux

  • Réunies en hommage à Christiane Marchello-Nizia, l'une des plus grandes figures internationales de la linguistique historique du français, les contributions de ce volume abordent des thèmes aussi riches et variés que le français médiéval et le français contemporain, la langue écrite et la langue orale, l'étude linguistique des textes et l'interprétation littéraire et historique qu'on peut en donner, les spécificités de l'énonciation manuscrite du Moyen Age et les outils informatiques qui permettent aujourd'hui d'appréhender ces textes. Cette perspective pluridisciplinaire ouvre un dialogue riche et complémentaire entre langue, littérature et histoire, et renouvelle ainsi notre connaissance des textes et de la langue, pour la période médiévale en particulier. Par ses différents apports à la fois sur le plan théorique et dans l'analyse des données, l'ouvrage rend compte de l'évolution la plus récente de la linguistique historique et des études médiévales en France et dans le monde. Il illustre aussi le regain d'intérêt que connaissent actuellement les recherches sur le changement linguistique, les états de langue anciens et la civilisation médiévale dans son ensemble.

  • Le rôle que joue lyon au xvie siècle dans l'étude de la langue hébraïque n'a jamais été étudié.
    L'hébraïsme chrétien, qui est partie intégrante de l'humanisme chrétien, a cependant connu sa période de gloire à lyon. plusieurs grandes figures s'y sont illustrées, telle que l'hébraïsant sante pagnini, qui a travaillé en étroite collaboration d'abord avec l'imprimeur antoine du ry, puis avec sébastien gryphe, durant la première moitié du siècle. plus tard leur feront écho d'autres figures de l'hébraïsme lyonnais comme celle de pierre davantès et de pierre coustau, ainsi que les imprimeurs macé bonhomme et la dynastie des de tournes.
    Cet hébraïsme s'est également étendu à l'enseignement de la langue dans les collèges de la ville et de sa proximité comme celui de tournon, et atteste l'existence de courants humanistes"importés" du reste de l'europe. il importait donc de procéder au recensement des publications lyonnaises du xvie siècle contenant de l'hébreu: grammaires, dictionnaires, ouvrages de référence. mais aussi citations, pièces de vers, devises, et mots isolés.

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