Apogee

  • Romancier, essayiste, musicologue, homme de radio et de cinéma, Alejo Carpentier aura profondément influencé la culture latino-américaine. Après Coabana, où nous le voyons échapper à la prison à Cuba grâce à Robert Desnos puis vivre à Paris un entre-deux guerres fait de bonheurs et de galères mais aussi nourri de rencontres avec tous ceux qui font la vie artistique de l'époque. Après Coabana, voici les années Orinoco, un exil volontaire au Venezuela, quinze années de folie où le temps de l'Amérique latine se compte en coups d'état.
    Pourquoi ce départ ? Une promesse de justice et de liberté dans ce pays de dictatures ? La découverte d'un continent qu'il aurait reçu en héritage ? Pour se consacrer à l'oeuvre littéraire dont il rêve depuis sa jeunesse ? Une seule certitude au moment d'ouvrir ce livre, c'est au Venezuela en effet que tout commence. Là qu'il écrira ses premiers grands romans. Le royaume de ce monde, Le partage des eaux, Chasse à l'homme. Il lui fallait pour les écrire la Cordillère des Andes et les tepuys, ces tables de géants à la naissance du monde, les fleuves, de l'Orénoque à l'Oyapock et toutes les Caraïbes.

  • Grâce aux techniques contemporaines de déplacement et de communication, il semble possible de faire l'expérience du monde.
    La voiture, le train et l'avion nous permettent d'aller de plus en plus loin et de plus en plus vite. La radio, la télévision et les ordinateurs connectés au Web nous fournissent quantité d'images et de sons qui donnent à percevoir les hommes, les événements et les paysages de tous les continents. Ne pas employer ces moyens techniques reviendrait à « se couper du monde ».
    Cependant, si nous passons beaucoup de temps dans des véhicules motorisés et devant des écrans, faisons-nous pour autant davantage l'expérience du monde ? Et si les infrastructures de transport et de communication envahissent notre environnement, reste-t-il seulement un monde dont faire l'expérience ?

  • Tant d'oeuvres d'art détruites, d'artistes censurés, de paroles interdites.
    Tant de budgets dédiés à la culture diminués, dans un monde en manque de repères.
    Il est temps de sonner le tocsin et d'en appeler à l'instauration d'un véritable état d'urgence pour la création artistique et les politiques culturelles !
    Il faut réenchanter le monde et réenchanter l'avenir. « Rallumer tous les soleils », disait Jaurès, dans son fameux discours à la jeunesse.
    Les artistes, amateurs ou professionnels, les passeurs de culture, les militant associatifs, les bénévoles passionnés, oeuvrent au quotidien pour une utopie qui les dépasse.
    La responsabilité des collectivités publiques est de les soutenir. Avec ardeur, sans faiblesse. Et de faire vivre les droits culturels, enjeu majeur des politiques culturelles à réinventer.

  • Alejo Carpentier aura profondément influencé la littérature latino-américaine.
    Une naissance incertaine à Cuba, l'abandon du père, ses premières chroniques dans des revues, son combat contre la dictature. Sauvé à 24 ans de l'emprisonnement par Robert Desnos pour des temps de misère à Paris :
    Piges littéraires, projets avortés...
    Mais aussi des temps rythmés par les boléros, les rumbas qui se dansent alors dans la capitale. De vraies amitiés se nouent avec Antonin Artaud, Man Ray, Pablo Picasso, Luis Buñuel, Diego Rivera, Frida Kahlo, Miguel Ángel Asturias et beaucoup d'autres. Puis vient Fantômas, l'émission-choc de Radio Luxembourg. Quand il peut enfin vivre, c'est la montée du fascisme et de l'antisémitisme en Europe. Il s'engage avec Hemingway et Malraux pour l'Espagne républicaine sous les bombes de Franco, pour la défense de la culture avec Pablo Neruda en hommage à Federico Garcia Lorca, assassiné.
    Sans savoir encore qu'il perdra demain Max Jacob et Robert Desnos, emportés par les nazis.
    Ses amis sont tous là ou presque dans ce premier volume. Et avec eux le monde. Alejo Carpentier : un demi-siècle pour un personnage hors du commun, à la fois romancier, essayiste, musicologue, homme de radio et de cinéma.

  • Dans la gorge du diable

    Guénane

    • Apogee
    • 4 Janvier 2013

    Il suffit de si peu pour qu'une vie suive un étrange parcours, de quelques mots parfois, mots omis ou mots de trop. L'héroïne retrouve incidemment Edward, un ami d'enfance en détresse. Elle accepte de le rejoindre avec au fond d'elle-même l'envie d'aider Irina, la fille de celui-ci. Ce faisant, elle se met en danger. Dans la gorge du diable est un roman où la narratrice mêle ses démons intimes à une réalité qui appartient déjà à l'histoire et nous mène de la révolution au Nicaragua à la dictature au Paraguay.
    " Je compte les tirs et je compte le silence, comme autrefois entre l'éclair et le coup de tonnerre. La nuit claque et m'effraie. Je me lève pour fermer, mettre de la distance, mais j'ai peur de la fenêtre. Désemparée, j'avale le couloir et me jette, palpitante, contre le diable rassurant. La raison fond souvent sur la ligne de l'émotion. "

  • éloge de la godille

    Charles Madézo

    • Apogee
    • 19 Juin 2012

    Apparemment modestes, peu vantés, sont innombrables. Il n'est pas d'exemple d'instrument alliant une efficacité sans défaillance à une aussi remarquable économie de moyens... Mais il faudra encore quelques heures de mise au point avant de pouvoir connaître les plus hautes satisfactions que réserve la pratique de la godille : sur l'eau calme d'un port aux rives peuplées, godiller d'une main (l'autre dans la poche) tourné vers l'avant du bateau, progresser à petits coups tranquilles, tout en ayant l'air de penser à autre chose.
    » Cours de navigation des Glénans. Il fallait un aviron dans les mains et la filiation de Jean-Pierre Abraham pour donner une suite à l'exégèse amorcée par ce dernier dans son cours de navigation des Glénans. "Je crois bien que ce petit livre est une vraie chance", préfaçait Abraham à propos du livre "la Cale Ronde" écrit justement par Charles Madézo. Il s'agit de commenter d'une manière à la fois technique et légèrement ironique cette pratique aristocratiqueen voie de désaffection, supplantée par deux rames de nage ou un hors-bord.
    Mais quelques irréductibles maintiennent haut l'aviron, en particulier Gaele Flao qui a illustré l'ouvrage de son double talent de peintre et de championne du monde de la godille (Groix 2011). " Souvent, en regardant l'expert godiller, on ne peut s'empêcher de penser qu'on pourrait dès la première fois réussir..." On y trouve aussi le récit épique du premier tour de l'île de Groix à la godille par Gérard Bonnec et Philippe Chatté.
    Une somme en quelque sorte enlevée par Charles Madézo, prix Corbière et prix Corail du Livre Maritime.

  • Le mot de la fin

    Guénane

    C'est une suite de face à face ombrageux dans l'urgence, entre une grand-mère à la mémoire trouée et sa petite-fille attentionnée (mais dépitée) que restitue Guénane tout au long de ce récit. Le huis clos a lieu à l'hôpital. Dans un théâtre où le mot " norme " relève de l'imaginaire et où l'humour ne peut s'empêcher de venir contrebalancer la mauvaise foi de la malade. Voyage au pays des " mères vieilles ", là où tout grince, là où la vie flanche, là où les secrets grincent, là où Le Mot de la fin laisse les vivants sans voix. " Le jour, gris de naissance, n'eut aucun mal à passer au noir. L'infirmière (...) nous demanda de la suivre dans un petit bureau. Elle voulait comprendre comment on en arrive à obtenir dans la même minute prostration et agressivité, à passer de la lucidité ordinaire à l'obsession inentamable, comment on peut se retrouver à occuper un lit aux urgences un dimanche avec le sourire et du rouge à lèvres. "

  • L'émancipation des esclaves sur l'abolition de la traite des Noirs et de l'esclavage, si elle est d'abord le résultat de leurs propres luttes, a été également voulue et défendue par des humanistes, des hommes d'envergure parfois injustement ignorés par la mémoire collective.
    Jean Breteau et Marcel Lancevin, tout en leur rendant hommage, ont voulu retracer le lent cheminement des mentalités. Ils nous présentent des textes politiques, philosophiques et littéraires favorables ou hostiles à l'abolition, opposant les idées et les principes aux intérêts économiques et financiers et les textes législatifs les plus importants (du Code noir de 1685 à la première abolition de 1794, du décret de Bonaparte de 1802 à l'abolition de 1848).
    C'est au travers de telles luttes - malheureusement encore d'actualité -, fondamentales dans l'histoire de l'humanité, que s'est imposée la notion désormais incontournable de Droits de l'homme.

  • Ecrire au plus près de soi, dans un souci d'attention au monde.
    Interroger notre quotidien le plus banal. Creuser dans la mémoire et ses failles. Apprivoiser deuils et blessures. C'est l'un des objectifs que s'est donné Françoise Ascal. Les journaux Cendres vives et Le Carré du ciel constituent les deux premiers volets de cette entreprise que poursuit La Table de veille. Ecrit entre 1980 et 1988, Cendres vives aborde la mort d'un père, le monde clos de l'hôpital et une recherche d'apaisement.
    Le Carré du ciel, allant de 1988 à 1996, s'interroge sur la mémoire et le temps, le bien et le mal. Par des passerelles avec la musique, la littérature, la peinture, par un rapport privilégié à la nature, les aspects sombres de cette quête du " comment vivre " laissent pourtant filtrer une lumière inattendue.

  • Certains veulent mettre Paris en bouteille, d'autres se proposent d'enfermer l'univers entier dans le format réduit d'une photographie ou d'un haïku.
    Le haïku est un court poème de la tradition classique japonaise, qui, dans l'espace réduit de trois vers, essaie de capturer un instant précis (provisoirement définitif et définitivement provisoire) où va se produire un phénomène naturel, une surprise, si modeste soit-elle, mais révélatrice de la relation entre l'homme et l'univers. Fixer son objectif sur un fragment d'espace, un alignement de mégalithes de Carnac, l'éternité de la pierre.
    Poser trois lignes sur la feuille. et attendre le moment magique (le pinceau d'un rayon de soleil, l'apparition furtive d'un mouton. ) pour déclencher et saisir l'éphémère, l'instantané. voilà le dialogue que se proposent le photographe et le poète dans cet ouvrage qui se veut accessible à tous, où l'on fait d'une pierre un poème et d'un poème une image. Les photographies de Pierre Converset et les haïku de Jacques Poullaouec vous invitent à partager cet art de la contemplation qui est aussi effacement et modestie devant le monde : une façon de regarder, d'être et de se dire sans se montrer.
    Les pierres sont polyglottes ! Elles parlent anglais avec Sika Fakambi, Laura Solomon, et l'aimable collaboration de Kate Davis. Elles ont prêté leur voix allemande à Regula Le Brun. Quant aux menhirs, ils s'expriment évidemment en breton sous la plume de David ar Gall.

  • " Je suis retournée du côté des roses, dans le jardin de leurs figures et de leurs industries.
    Est-ce parce qu'avec les roses on s'acquitte d'une poésie éblouissante offerte à notre indolence qu'on les aime et les honore ? Les roses manifestent l'ivresse profuse du naturel lors qu'à notre insu et, comme presque toutes les fleurs, elles sont le résultat de longues, difficiles et savantes recherches. En ce sens on peut bien dire que les roses sont pareilles à des oeuvres d'art, appartenant à l'histoire de la culture et de la société.
    Je suis retournée du côté des roses pour ce quelles nous apprennent de l'art végétal, où elles font exemple. Passant de la nature au point nommé de la culture, tôt désignées dans l'antiquité "Reine(s) des fleurs", les roses s'outrepassent dans des symboliques et des pratiques aussi diverses que leurs formes, leurs couleurs, leurs parfums, et même leurs noms. Car la rose, attentive à préserver sa beauté dans ses métamorphoses, est un chef-d'oeuvre végétal.
    Je suis retournée du côté des roses pour répondre aux songes et aux créations brillantes auxquels leur appel amoureux nous convie. "

  • éloge de la truite

    Denis Rigal

    • Apogee
    • 17 Mai 2013

    Le frisquet de l'aube, le mouvement harmonieux du bras étendant le filet, la traction lente au bout de la ligne et les points rouges de la truite : Denis Rigal parvient à rendre vivant ce qui fait la vérité de la pêche. À commencer par ces chenapans à demi sauvages, pêchant à mains nues, qui nous semblent aujourd'hui d'une authenticité presque exotique.
    Et si l'éloge de la truite n'était que prétexte au portrait du pêcheur ? Et le poisson formidable matière à histoires ?

  • De l'or havanais

    Laurine Rousselet

    • Apogee
    • 10 Avril 2010

    Cuba est un corps malade parce que gravement déçu par sa tête qui lui avait promis de changer la vie. Comment oublier pareille promesse quand l'esquisse de sa réalisation a circulé dans vos organes ? Ce fut le début d'un bonheur qui s'est transformé en poison, et l'empoisonnement a infecté les membres, les actions, les pensées, les relations si bien que tout l'organisme s'est pris lui-même en horreur. L'existence est désormais de plus en plus coupée de sa propre vitalité, tandis que la tête continue à s'agiter dans l'illusion d'animer un corps qui lui est étranger... On connaît cette situation, mais de loin, abstraitement. On ne l'avait jamais éprouvée avant ce livre de Laurine Rousselet qui nous la fait ressentir physiquement. Sa force vient du partage de la vie quotidienne et, plus mystérieusement, d'une solidarité organique avec le corps collectif cubain. Il y fallait une écoute patiente, une attention aux nuances de la perception et de la communication non verbale et, surtout, une langue sensible à l'empreinte de l'Autre...

  • La guerre secrète

    Guénane

    • Apogee
    • 25 Octobre 2011

    "...Avec toi j'irai même en enfer!" Lucie n'aime pas la réalité. Depuis l'enfance elle refuse la mort de sa mère et rêve d'épouser Émilien, bien qu'il soit atteint par la tuberculose honteuse.
    Ils se marient et vont vivre à Lorient, port de guerre, à la veille de la Seconde Guerre.
    Entre le bacille et les bombes, les sentiments de Lucie aussi se déclarent la guerre.
    Où l'amour peut-il trouver refuge?
    Le travail, une rencontre, le refus de la réalité suffiront-ils?
    La ville de Lorient ayant été détruite en 1943, l'auteur, née "en exil" au cSur de la Bretagne, en pleine guerre secrète, tente ici de percer une fenêtre.
    Guénane a publié plusieurs recueils de poèmes aux éditions Rougerie. Le plus récent, La Ville secrète est sorti au printemps 2011. Après Le Mot de la fin, paru en 2010, La Guerre secrète est son deuxième livre aux éditions Apogée.

  • Sports

    Dominique Quélen

    • Apogee
    • 17 Août 2005

    Dans le précédent volume, un homme qui n'existe pas se met en route - il est déjà parti, sans qu'il y ait à sa course ni fin ni début. Il avance et il chute en un seul mouvement. Il est freiné dans sa progression, mais aussi dans son déclin, par des obstacles que peut-être il s'invente car ils n'y étaient pas jusque-là et d'ici peu n'y seront plus. D'ailleurs, tout lui est obstacle. Son corps est une maladie à explorer, bien qu'il doute si ce n'est pas plutôt l'envers de l'endroit où il se trouve. Ce sont des attaques, des menées incessantes, d'une exécution assez technique mais dont l'effet reste sensible. Parfois aussi, ils sont plusieurs. Ce qui lui arrive n'est jamais mentionné : juste qu'il va toujours se dégradant. Il connaît pourtant des instants de bonheur et de curiosité. À deux reprises, il s'écarte à la fois de son chemin et (semble-t-il) de lui-même. Ce faisant, il se poursuit dans son texte.

  • Les bords du monde

    Pierre Le Coz

    • Apogee
    • 26 Mai 2008

    Le narrateur revient dans son pays d'Afrique après une guerre civile où tous les siens ont été massacrés. Il y fait la connaissance d'une jeune Europénne qui se dit journaliste et qui désire enquêter sur le génocide. Ensemble, ils vont tenter d'en comprendre les raisons, d'un dérouler les fils qui plongent dans le coeur des belligérents, y compris celui des victimes. Récit d'une descente au enfers. Les Bords du monde est aussi le récit d'une guérison : celle de la haine qu'éprouve le narrateur envers l'ethnie adverse par l'amour d'une femme.

  • Les « récits » qui composent Les Lépreux souriants ont été écrits de 1954 à 1961, pour la plupart à Niamey, capitale du Niger. Cinquante ans séparent donc leur rédaction de leur première publication aux éditions Apogée. Non seulement ils n'ont rien perdu de la force évocatrice que Louis-François Delisse leur a imprimée, mais, parce qu'ils sont dès l'origine des récits élagués à l'extrême, une sorte de journal des seuls moments les plus intenses, les plus saillants de la vie du poète qui fut cruelle et émerveillée, ils brillent d'une lumière noire, ils sont porteurs aujourd'hui d'une effraction presque insoutenable, comme si le temps avait encore aiguisé le caractère scandaleux et visionnaire de cette poésie où l'érotisme brûlant le dispute à un angélisme vénéneux, donnant à voir un monde hérissé de signes tout à la fois divins et terriblement sensuels, opposés à la face de la mort.

  • Un automne sur la colline

    Françoise Ascal

    • Apogee
    • 2 Septembre 2003

    A travers une vingtaine de lettres, le temps d'une saison, une femme s'adresse à un jeune soldat "un tirailleur sénégalais" mort en septembre 1944 lors d'un assaut décisif pour libérer la colline de Ronchamp, aux confins des Vosges.
    Cette colline, lieu privilégié de l'enfance de la narratrice, devint soudain célèbre en 1955, lorsque Le Corbusier fut appelé à y reconstruire la chapelle de Notre-Dame du Haut, détruite par les bombardements. Au fil des lettres, mémoire intime et mémoire collective se mêlent pour interroger l'aujourd'hui. Des correspondances s'établissent entre la narratrice, le soldat, Le Corbusier et sa chapelle, la colline et son passé.
    Méditation sur le temps, sur la mort, sur le mal, entre détresse et espérance, Un automne sur la colline tente de rendre hommage à ce qui, en dépit de l'obscur, résiste et luit en chacun de nous.

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