Alter Ego

  • Panchot

    Sébastien Navarro

    Le 29 juillet 1944, 150 maquisards FTP et guérilleros espagnols investissent la ville de Prades, sous-préfecture des Pyrénées Orientales. Ils se ravitaillent en argent et tabac, attaquent le siège de l'occupant avant de refluer vers leur QG situé dans les murs de La Pinouse, ancienne colonie minière surplombant le village de Valmanya. Trois jours après, 600 Allemands et miliciens débarquent pour liquider le maquis. Valmanya est brûlé, quatre habitants exécutés. Après avoir épuisé leurs munitions, les résistants s'enfuient à travers la forêt. Blessé à la jambe, Julien Panchot, capitaine FTP, est capturé par les nazis, torturé et tué.
    La mort de Panchot et la destruction de Valmanya, symboles « martyrs » de la Résistance du Roussillon, font depuis l'objet de commémorations annuelles. Mais derrière ces clichés figés dans le marbre de l'Histoire, les tensions mémorielles n'ont jamais cessé de s'affronter. L'enjeu n'étant pas tant de trancher sur une vérité événementielle que de flétrir ou s'accaparer l'héritage de ceux que l'époque qualifiait alors de « terroristes ».
    A travers une série de rencontres abrasives et d'hasardeuses déambulations, Sébastien Navarro a essayé de démêler non pas le vrai du faux historique mais les intentions, souvent revendiquées, parfois inconscientes, des porteurs de mémoire. Irrévérencieux parfois, perdu souvent, ému par certains entêtements utopistes, l'auteur a fini par se rendre à l'évidence : « Valmanya est un vortex. Un trou noir à l'abyssale fringale. »

  • « Lena, les désordres du Caravage » est le quatrième livre publié par les éditions Alter Ego sous la signature de Michel Arcens. La nouvelle qui donne son titre à ce recueil composé au total de huit textes est consacrée à l'oeuvre du peintre, à sa vie et plus profondément sans doute à sa conception du monde et de l'existence. Le livre s'ouvre sur une nouvelle intitulée « Sur le chemin de Santa Pau », fiction qui se déroule dans le sud de la France ainsi que dans la Catalogne du XIII° siècle à laquelle ce récit rend un vibrant hommage. Les nouvelles qui ont été ici rassemblées portent sur des thèmes qui peuvent sembler très différents comme, par exemple, les migrations (« Un long voyage »), le séjour de Paul Gauguin à Hiva Hoa (« Une sorte de bleu »), ou encore la maternité (« Pourvoir »). Pourtant, en deçà de ces diversités, voire de ces hétérogénéités apparentes, un lien constant pourrait faire de ce livre une sorte de récit unique : celui de l'existence de chacune et de chacun, telle qu'elle est avant tout une sorte de don, de don de soi sans attente du moindre retour. « Lena » nous dit à sa façon, de multiples manières, que ce n'est qu'ainsi que la vie peut réellement être vécue, au-delà des drames ou des douleurs les plus actuelles, les plus contemporaines, qui la frappent si souvent.

  • Été 1905. Henri Matisse (36 ans) et André Derain (26 ans), tous deux dans des situations matérielles et psychologiques éprouvantes, ont quitté Paris et se retrouvent à Collioure, petit port de la Côte Vermeille. L'originalité et la beauté des lieux, l'authenticité affirmée des habitants vont agir comme un véritable électrochoc sur les deux peintres. Aristide Maillol (46 ans) et Étienne Terrus (48 ans), artistes du pays, déjà rencontrés dans la capitale, seront leurs interlocuteurs privilégiés sur tous les sujets de discussions possibles. Leurs échanges vifs parfois, tolérants toujours, décantent, éclairent et nourrissent des approches nouvelles de leurs arts respectifs. Grâce à ces éléments, et malgré les différences fondamentales entre leurs personnalités, Matisse et Derain vont renaître à la peinture. Leurs recherches communes aboutiront à un style révolutionnaire que l'on appellera plus tard Fauvisme. Marguerite, la fille adolescente de Matisse, apporte par ses critiques spontanées et sa fraicheur juvénile, une respiration libératrice dans le huis dos parfois étouffant de l'atelier. Marguerite se dédouble en La Sybille, prophétesse de l'antiquité grecque dont la parole anticipe ce qui se joue et agit en révélatrice de l'inconscient des créateurs.

  • Interpellé le 17 décembre 2008, mis en examen pour corruption, détournement de biens publics, blanchiment, etc., le docteur Jacques Bouille, maire de Saint-Cyprien, Conseiller Général a été, à l'issue de sa garde à vue, placé en détention provisoire à la Maison d'Arrêt de Perpignan.
    Il s'y est donné la mort par pendaison dans la nuit du 23 au 24 mai 2009.
    Coupable ou non coupable des faits qui lui étaient reprochés ? Qui peut le dire ? Seul Jacques Bouille détenait l'absolue vérité et il est malheureusement évident qu'il ne la révèlera plus.
    Cet ouvrage se contente de livrer les faits, jour après jour, semaine après semaine, et raconte le combat de ses avocats, la souffrance de sa famille.
    Il a été écrit par sa veuve, elle aussi miss en examen pour « complicité ».
    Cette dernière a vécu de l'intérieur l'épreuve de la garde à vue et de la mise sous contrôle judiciaire, c'est pourtant avec calme et dignité qu'elle relate toute l'histoire. De nombreux contre-arguments viennent étayer la thèse de l'innocence, mais chacun se fera sa propre opinion. Car, répétons-le, le but de ce récit n'est pas d'innocenter l'élu, mais de jeter sur l'affaire un autre regard.

  • Douze années durant, le conflentois Monfreid entretiendra une correspondance régulière avec Paul Gauguin mais aussi avec les milieux artistiques de l'époque pour diffuser et faire valoir l'oeuvre du peintre «exilé volontaire» aux Marquises et défendre les intérêts de sa famille après son décès. Ce précieux témoignage auquel s'ajoutent les archives du marchand Ambroise Vollard, très fournies en ce qui concerne Gauguin, est ici rassemblé par Mercedes Palau-Ribes et Brigitte Payrou-Nevau en soixante-et-onze lettres, totalement inédites , échangées d'abord par ces deux noms liés à jamais par l'histoire de l'art, Paul Gauguin (1848-1903) et George-Daniel de Monfreid (1856-1929), puis par le premier cercle de ces deux hommes devenus des amis. Il convient néanmoins de souligner à quel point ces missives étaient auparavant dispersées : l'éloignement de Gauguin et les conditions de sa disparition aux Marquises, le nombre considérable de publications qui lui ont été consacrées, ayant favorisé cet éparpillement. L'enseignement que l'on peut tirer de ces lettres est double. Elle témoignent, si besoin en était, de la fidèle amitié de Monfreid envers Gauguin par-delà la mort mais mettent en lumière ce qui conduit de l'ultralocal à l'universel. C'est-à-dire de ce qui lie intimement depuis des siècles les Pyrénées-Orientales, autrement dit le Pays Catalan, à l'histoire mondiale de l'art.

  • Suite à la relative ouverture des frontières algériennes au tourisme et à la publication de plus en plus nombreuse d'ouvrages consacrés à la présence française en Afrique du Nord, de nouvelles questions peuvent être posées sur cette partie de l'histoire. C'est la démarche qu'a effectuée Pierre Jamard en se rendant au Maroc où est né son père et en Algérie où est née sa mère. Résolument décidé à tourner une page du passé encore trop présente dans les esprits, l'auteur a souhaité dialoguer avec ceux que l'on n'entend jamais : les habitants du Maghreb eux-mêmes. La synthèse de ces quatre séjours propose une vision beaucoup moins manichéenne et beaucoup plus humaine de cette cohabitation forcée. On y découvre avec étonnement des rires, des souvenirs parfois bons et surtout une vision de l'histoire dans laquelle il n'y a presque que des perdants, tant du côté des Arabo-berbères que des pieds-noirs. Loin des stéréotypes classiques sur les notions de bien et de mal, cet ouvrage propose tout simplement des pistes simples de dialogue entre Français de métropole, Maghrébins et piedsnoirs ou descendants de ces derniers. Un livre pour en finir avec le roman douloureux des origines et enfin pouvoir vivre côte à côte.

  • La maison d'Hannah est un livre composé de vingt fictions inspirées par vingt tableaux d'Edward Hopper comme autant d' « histoires » inventées par l'auteur, au-delà des personnages et des paysages de ces toiles. Edward-Hopper-Marshall-s-House--1932-Malgré ce qu'ils montrent, ce qu'ils représentent, les tableaux de Hopper nous en disent beaucoup plus que ce qu'ils semblent nous faire voir. C'est pourquoi ils provoquent de façon si saisissante l'imaginaire de chacun d'entre nous. Et, si ces « histoires » ne sont pas vraiment celles du peintre, elles sont cependant celles d'un spectateur qui, grâce à lui, invente de nouveaux mondes, parfois obscurs mais toujours épris de lumière, et qui tente de les offrir à son tour au lecteur comme des univers à partager.
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  • La débacle de 1940

    Jean-Louis Lemarchand

    Le 27 avril 1940, Papa, Lucien Lernarchand, déclaré « bon service armé » rejoint le 341e régiment d'artillerie tractée à Fontainebleau. L'ingénieur de 27 ans laisse à Barentin son poste chez Badin, entreprise textile de renom et sa jeune famille, Annette épousée en 1938 et Christine leur premier enfant, âgée de six mois. Une nouvelle vie débute sous l'uniforme qui va durer trois mois. Annette et Lucien vont s'écrire quotidiennement et même plusieurs fois par jour. Ces lettres, présentées ici sous forme de morceaux choisis, constituent une chronique singulière d'une période tragique de l'histoire de France. Un récit à deux voix de la déroute express de l'armée tricolore balayée sans quasiment combattre par les troupes du Reich en moins de quarante jours. Ils sont remarquables à plus d'un titre. Ils apportent un témoignage à chaud sur la vie séparée d'un jeune couplé dans la tourmente de cette « drôle de guerre » de 1939-40: Lucien qui va de caserne en campement de l'île de France en Auvergne en passant par la Normandie ; Annette contrainte à l'exode avec sa famille (les Deren) jusqu'au fin fond du Lot. D'un côté plus personnel, plus intime, cette correspondance révèle les doutes, les peurs mais aussi les espoirs d'Annette et Lucien jusqu'à leurs retrouvailles le 27 juillet aux 4-Routes chez le pharmacien Joseph Delon.
    Fils d'Annette et Lucien, 4e d'une famille de sept enfants (5 garçons, 2 filles), Jean-Louis Lemarchand, journaliste (AFP,

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