Ab Irato

  • Alain Joubert a découvert le surréalisme en 1952 et participera dès lors à toutes les activités du groupe jusqu'à son autodissolution en 1969. Il avait été frappé au sein du groupe du fait que les jeunes surréalistes se croyaient tenus de brandir un ou deux poèmes pour tout viatique. Pour pallier une véritable inflation poétique, il décidait de ne pas montrer au groupe ses poèmes.

    L'essentiel de son activité consistant dès lors en réflexions théorique et politique, courts pamphlets, essais portant sur la nature du théâtre et du cinéma?; mais pas de poèmes... L'Autre côté des nuages réunit pour la première fois l'ensemble de son oeuvre poétique, inédite pour l'essentiel.

  • Le dernier né du chantier naval allait fendre les flots pour la première fois. L'Amiral parla au peuple : 'Ce nouveau bâtiment va grossir notre flotte. Notre puissance n'a pas de limite. Je vous félicite.' Il s'adresse ensuite au capitaine : 'Ce bateau où vous serez maître après moi, comment l'appelons-nous, commandant ?' - Amiral, je propose l'Espadon. - Bon. Va pour la Marie-Jeanne, à vous, peintre ! Ensuite, comme à l'accoutumée, il fit le point dans la chambre des cartes et constata l'immobilité parfaite des choses.

  • C'était l'époque où les généraux parlaient : on voyait passer des bicyclettes traînant des chevelures et juste après l'armistice, il y eut le suicide en masse des orphelins du Soldat inconnu.
    Des choses apparaissaient et disparaissaient. De temps en temps apparaissait le garçon du trapèze volant, aux heures creuses, disparaissait entre les draps une grande guerre au corps-à-corps. Ce fut
    plus ou moins à ce moment-là que la découverte par les astronomes d'une chaussure sur l'aurore boréale provoqua dans le pays des discussions tout à fait savantes, que mirent à profit les
    fabricants de chaussures pour lancer sur le marché un nouveau modèle de patriote : le Patriote pneumatique. Il fonctionnait ainsi...

  • Guy Cabanel a rejoint le groupe surréaliste en 1958 et fut accueilli en ces termes par André Breton : "Ce langage, le vôtre, est celui pour lequel je garde à jamais le coeur de mon oreille. C'est celui dont j'ai attendu qu'il ouvre de nouvelles communications, vraiment sans prix et comme par voie d'étincelles, entre les êtres".

    Depuis, Cabanel a publié et collaboré avec de nombreux artistes dont Jorge Camacho, Jean-Claude Silbermann, Jean Terrossian, Toyen...). Cabanel a très tôt reconnu dans l'oeuvre de Mireille Cangardel un monde commun au sien, une inspiration et une aspiration semblables aux siennes. Il a cherché à traduire en verbe ce qui dans son oeuvre le touchait au-delà de l'oeil.

  • Jacques Abeille est né à Lyon en 1942, et vit à Bordeaux depuis plus d'un demi siècle. Il a commencé à participer aux activités surréalistes en 1964 et n'en a jamais démordu. Ses principaux romans - Les Jardins statuaires, Les Mers perdues, Les Barbares, La Barbarie - publiés aux éditions Attila, constituent un cycle de contes fantaisistes. On trouve aux éditions des Vanneaux un ensemble de proses plus ou moins brisées (d'Ombre) accompagnées d'encres de Pauline A. Berneron. Sous le pseudonyme de Léo Barthe, il a également commis quelques livres érotiques. Avec Brune esclave de la lenteur, Jacques Abeille signe ici une oeuvre poétique d'une grande sensualité aux lectures multiples, accompagnée de plusieurs « petites peintures » de l'auteur.

  • UNE plaquette de ses dessins et poèmes en tchèque, Neilustrace, que leur envoie de Prague leur ami surréaliste Roman Erben ? Il n'en fallait pas plus pour que Nicole Espagnol et Alain Joubert élaborent un nouveau jeu surréaliste : la traduction OPTIQUE. «Te dire exactement comment nous pratiquâmes est impossible ; sans doute chacun de nous devait-il proposer un mot, un membre de phrase, une image que l'autre s'appropriait pour en modifier le sens, et réciproquement, jusqu'à ce que l'accord se fasse et que le poème optique de langue française prenne finalement forme à notre convenance. Nicole et moi éprouvâmes un grand plaisir à cet exercice, lequel nous permit de pouvoir enfin lire ce qui, dès lors, s'exprimait dans ta plaquette, à ton insu bien entendu ! »

  • La collection Abiratures est dédiée à l'approche poétique, ce court moment d'élaboration qui se concrétise dans la poésie, quelle que soit la forme (rêve, texte, jeu, dessin, dialogue, etc... ) qu'elle prend pour s'exprimer. Nous espérons par là contribuer à ce que la poésie soit saisie dans son essence, car sans elle, la transformation du monde, plus que jamais nécessaire, ne sera jamais qu'un prélude à l'assèchement du vivant (et réciproquement).

  • Lormain

    Manuel Anceau

    Lormain est un recueil de 18 nouvelles que Manuel Anceau préfère appeler "contes", l'imaginaire et le réel s'y trouvant en perpétuelle connivence.

    Commentant son précédant recueil, Alain Joubert a salué, Livaine, la "singularité et la puissance naturellement poétique de ses écrits [où] l'écriture" avance à coups de ruptures, de parenthèses, d'un jeu avec la ponctuation qui se fait rare de nos jours, et son mouvement fait penser à la lente apparition d'un cliché photographique dans son bain, l'image complète de ce que véhicule la phrase n'apparaissant qu'à son aboutissement, son sens profond révélant alors tout ce qui se tramait en l'affaire." (En attendant Nadeau n°58, 19 juin 2018).

  • Alain Joubert a découvert le surréalisme en 1952 et participera dès lors à toutes les activités du groupe jusqu'à son autodissolution en 1969. Il avait été frappé au sein du groupe du fait que les jeunes surréalistes se croyaient tenus de brandir un ou deux poèmes pour tout viatique. Pour pallier une véritable inflation poétique, il décidait de ne pas montrer au groupe ses poèmes. L'essentiel de son activité consistant dès lors en réflexions théorique et politique, courts pamphlets, essais portant sur la nature du théâtre et du cinéma ; mais pas de poèmes... L'Autre côté des nuages réunit pour la première fois l'ensemble de son oeuvre poétique, inédite pour l'essentiel.

  • Livaine

    Manuel Anceau

    « Livaine » est un recueil de petites histoires que Manuel Anceau préfère appeler contes car ils permettent d'engranger l'imaginaire, loin des visées purement réalistes. Le conte, très modeste dans l'écriture, reste très ambitieux dans ce qu'il veut dire et s'ouvre au rêve. « Lieuve », un des contes du recueil, est un bled dans lequel on vit à peu près tous dans nos coeurs et nos têtes, un lieu mental. Il appartient à cette nostalgie d'un endroit où on serait tous réunis en comprenant ce pour quoi on est là. Lieuve est un bateau qui prend l'eau de toutes parts mais où il y a une lueur d'espoir. Lieuve c'est aussi une sonorité, un lieu perdu mais aussi le lièvre comme on dit dans certaines campagnes.

  • Sous le porche d'entrée se profile la silhouette d'un civil. Après quelques instants d'hésitation, il se précipite vers nous et nous apostrophe en espagnol. Notre embarras l'incite à s'exprimer dans un anglais primaire, très accentué. Mathématicien, il affirme avoir découvert une méthode d'analyse des nombres qui permet de dresser un index raisonné de chacun d'eux et surtout de positionner le zéro à sa vraie place. Très vite, au fil de ses explications bégayantes, il apparaît qu'il cherche un moyen de faire connaître ses découvertes à l'étranger. Les trois sbires en uniforme se sont rapprochés. Après force approbations de la tête, ils sont pris d'un fou-rire contagieux. La surveillance des hauts-lieux se relâche à moins que le mathématicien soit, à ses dépens, le fou de l'endroit.

  • La pratique du nu intégral est devenue monnaie courante chez les baigneuses, dès l'apparition du premier rayon de soleil. Ainsi, la piscine Deligny ressemble-t-elle maintenant davantage à un camp de nudistes qu'à un établissement de bains traditionnel. Mais la nouveauté du jour, c'est d'un homme qu'elle vient. Un grand gaillard aux muscles longs s'avance avec souplesse sur les planches du solarium, apparemment nu comme une table. Entre ses cuisses, on distingue très nettement une verge fort longue qui se balance doucement comme un palmier sous les vents chauds. Toutefois, si le regard prend la peine de s'attarder quelque peu sur cette partie de son anatomie, il constate alors avec intérêt que la mode de l'étui pénien vient de naître. A coup sûr, cette manière d'encapuchonner les attributs rencontrera un grand succès cet été sur les plages : le stylo-sexe ne manque pas de style !

  • Poésie

    Jindrich Tyrsky

    Jindrich Štyrský, grand nom du surréalisme tchèque de l'entre-deux guerres et de toute l'expression moderne, fut autant peintre, collagiste, photographe qu'auteur de poèmes - en vers ou en prose - et d'essais critiques. L'ensemble de textes présenté ici est la traduction intégrale de celui publié sous le même titre - Poésie - en 1946 à Prague.

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