Humour

  • Prenez une locution usuelle dans la langue française. Choisissez-la contenant un verbe ou une forme assimilable à une déclinaison verbale. Par exemple : Flux tendu. Passez cette locution à l'infinitif : Flux tendre, et déroulez la conjugaison complète de ce nouveau verbe : Je flux tends, Tu flux tends, etc. Vous obtenez ainsi une nouvelle table de conjugaisons qui fera apparaître de nouveaux sens, de nouvelles sonorités, de nouvelles poésies : Ça flux tendrait, Que nous flux tendissions, Flux tendant, Flux tendons !, etc. Conjuguez à tire-larigot, puis classez les verbes ainsi créés par thématiques. Commencez par exemple par Le Travail. Y apparaissent, entre autres, les verbes Ressourcer humaines, Préavivre de grève, Masser salariale, Pouvoir d'achat, etc. Réitérez le jeu en envisageant vos verbes selon diverses thématiques, joyeusement hétéroclites : La Chanson populaire, Le Temps, L'Animal, La Migration, Le Sexe, La Gastronomie, La Vacance, Le Nom propre, Le Végétal, etc. Ici, le septième opus : L'Argent. Selon les tables, l'effet constaté va du mal au ventre à l'appel à l'action, en passant par la fin de mois et la caisse commune : À découvrir, En liquider, Tout cramer, Aller chercher dans les..., Revenir minimum, Haut les maindre, Tirer du blé, etc

  • A partir de locutions courantes liées à la gastronomie, les auteurs proposent les tables de conjugaison de verbes inédits aussi saugrenus que poétiques : dinde au marrer, merguer-frites, croître au beurre, rire de veau, etc.

  • Prenez une locution usuelle dans la langue. Choisissez-la conte-nant un verbe, ou une forme assimilable à une déclinaison verbale. Par exemple : Flux tendu. Passez cette locution à l'infi-nitif : Flux tendre, et déroulez la conjugaison complète de ce nouveau verbe : Je flux tends, tu flux tends, etc. Vous obtenez ainsi une nouvelle table de conjugaison, qui fera apparaître de nouveaux sens, de nouvelles sonorités, de nouvelles poésies : ça flux tendrait, que nous flux tendissions, flux tendant, flux tendons ! etc. Renoncez ensuite à la nomenclature habituelle des premiers, deuxième et troisième groupes, et inventez les Pertinents, les Impertinents et les Insolents, avec leurs sous-groupes. Ecrivez avec tout ça un Précis de conjugaisons ordi-naires.
    Privilégiez la notion de thématique ; par exemple : L'Animal ! Y apparaissent, entre autres, les noms d'animaux : Poisson rouge (Poisser rouge : je poisse rouge, vous poissâtes rouge, Poissons rouges ! etc.), Grizzli (Grizzlir : Je grizzlissais, tu avais grizzli, vous grizzlîtes etc.).

  • David Poullard et Guillaume Rannou élaborent ensemble des dispositifs destinés à interroger l'ordinaire, et plus précisément celui de la langue, française en l'occurrence. Leur démarche consiste à repérer dans nos manières de parler des locutions les plus banales possible, à les en extraire, à les observer avec attention, à les tordre, les bousculer, les écouter, jusqu'à en faire apparaître des sens potentiels inattendus. Diverses Tentatives d'étirement du français figé ont ainsi pris forme, sous différents formats (du confetti à l'inscription monumentale en passant par l'affiche et le livre) et dans différents contextes (expositions, interventions dans l'espace public, conférences, workshops).
    Une série de numéros est ainsi appelée à sortir tous les 3 à 4 mois en proposant au lecteur une trentaine de tables de conjugaisons ordinaires joyeusement hétéroclites. Un Très Précis de conjugaisons ordinaires sur le thème du travail, et un autre sur le thème de la chanson populaire sont sur le point de paraître (octobre 2013) aux éditions Le Monte en l'Air.

  • Prenez une locution usuelle dans la langue. Choisissez-la contenant un verbe, ou une forme assimilable à une déclinaison verbale. Par exemple : Vague à l'âme. Passez cette locution à l'infinitif : Vaguer à l'âme, et déroulez la conjugaison complète de ce nouveau verbe : Je vague à l'âme, Tu vagues à l'âme, etc. Vous obtenez ainsi une nouvelle table de conjugaison, qui fera apparaître de nouveaux sens, de nouvelles sonorités, de nouvelles poésies : Ça vaguerait à l'âme, Que nous vaguions à l'âme, Vaguant à l'âme, Vaguons à l'âme !, etc. Renoncez en-suite à la nomenclature habituelle des premiers, deuxièmes et troisième groupes, et inventez les Pertinents, les Impertinents et les Insolents, avec leurs sous-groupes. Écrivez avec tout ça un Précis de conjugaisons ordinaires.
    Fabriquez maintenant un Très Précis de conjugaisons ordinaires qui se défait de cette classification studieuse pour privilégier cette fois-ci la notion de thématique : par exemple La Migration. Y apparaissent les verbes : Lampeduser, Mer Méditerraner, Titrer de séjour, Viser long séjour, etc. Réitérez le jeu en envisageant vos verbes selon diverses thématiques, joyeu-sement hétéroclites : La Chanson populaire, Le Temps, La Gastronomie, Le Sexe, La Faune, La Flore, etc.

  • Dans les aéroports, dans les gares, sur Internet ou en traversant la rue, à la boulangerie, au boulot, à l'école, en vacances, au supermarché, au café, à la radio, à la télé., on prend soin de nous, on nous informe, on nous (dé)conseille, on nous empêche, on nous canalise, on nous prend par la main, on nous scanne, on nous de-mande de rester de l'autre côté de la ligne, on nous dévisage, on nous touche, on nous regarde dans le sac, on ne peut pas annuler la commande, on nous demande l'autre carte, on nous réclame un justificatif, on exige un doigt puis l'autre, on nous prie de retirer le casque, on nous laisse attendre dans le sas, on nous regarde en coin, on nous demande de ne pas sourire, et on nous explique que tout ça, c'est « pour raisons de sécurité ». Et si cet air du temps sécuritaire allait contaminer jusqu'aux grands classiques de la littérature ? Ce livre propose une série d'incipits de romans célèbres (signés Proust, Queneau, Camus, Perec, Nizan, Austen, Nabokov, Kafka, etc.), légèrement adaptés « pour raisons de sécurité ». À lire dans le désordre ou pas. Par l'effet du simple collage de ces quelques mots (« pour raisons de sécurité »), et celui de l'accumulation, une ambiance vaguement angoissante se crée. Le décalage de ce repère, souvent familier qu'est la première phrase d'un roman, provoque même une forme de suspense.
    Ce livre court est aussi un jeu, un « blind test » littéraire, dont la solution est donnée en fin d'ouvrage, avec la liste des titres et des auteurs qui ont servi de références.

  • Pourquoi les faits divers exercent-ils sur nous cet irrésistible pouvoir d'attraction ?
    Même si vous n'êtes pas un lecteur assidu du Nouveau Détective, avouez qu'il est difficile de ne pas jeter un oeil curieux à la rubrique idoine quand vous lisez le journal. Il faut dire que ces histoires ont souvent l'heureuse particularité de combiner drame familial, misère sociale et poisse crasse. Et si certaines d'entre elles auront eu le bon goût de ne pas se dérouler dans des régions isolées, elles ne font pas légion. Non, les faits divers cumulent et c'est bien pour cela que nous autres voyeurs ordinaires, ne pouvons pas lutter.
    Conscients de toute cette richesse, les gens du site www.faitsdivers.org se sont mobilisés pour les recenser, classifier, archiver car, cerise sur le gâteau, les faits divers sont également monnaie courante. On imagine alors Matthieu Chiara devant son écran d'ordinateur, armé d'un crayon, d'abord sonné devant l'incongruité de tel homicide, puis, convaincu qu'il vaut mieux en rire, griffonnant un dessin, cherchant la blague ou le jeu de mot, prenant le contre-pieds d'une illustration attendue.
    Dessins variés, effets divers réunit une petite centaine de dessins à l'humour grinçant. D'une grande maîtrise narrative, les images de Matthieu Chiara sont d'une drôlerie à l'immédiateté fracassante. Vous aurez sans doute honte de rire, mais c'est précisément ce plaisir cou-pable que l'auteur aura voulu vous offrir. Laissez-vous faire. Tout ira bien.

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