Théâtre

  • Mario et Mario sont deux frères jumeaux qui ont passé l'âge de rajeunir, ce qui leur fait la cinquantaine un peu mauvaise.
    On se demande pourquoi ils sont tout le temps fourrés ensemble, eux aussi se le demandent et à défaut de réponse, ils s'agacent mutuellement, ils s'énervent. S'ils pouvaient, s'ils osaient, ils se foutraient bien sur la gueule mais cela ne se fait pas, surtout entre frères.
    Et si l'un des Mario tuait l'autre ça ne réglerait rien, probablement. Il leur reste donc à disputer sur les sujets les plus divers, et aussi les plus vains, par exemple :
    La biographie d'un plombier chauffagiste ou que sont ces fameuses réunions du mardi, ou encore de nos jours, vaut-il mieux être borgne ou unijambiste ?
    Comme de forts joueurs d'échecs qui refusent de s'affronter et jouent des nulles de salon, Mario et Mario évitent le pire, mais ça n'en est pas moins désastreux.

  • Ces deux humoristes-là se connaissent de longue date.
    Ils sont complices. Grands amateurs de verbe devant l'Éternel, ils se retrouvent sur scène, mis en scène par Jean-Pierre Beauredon pour vous enivrer de mots. Des mots dont la succession doit moins à la logique qu'à l'absurde, à la fantaisie, aux dérives de la pensée, à l'esprit d'escalier. Le temps qui passe (vertigineux), l'interprétation freudienne des matches de foot (hilarant et absolument délirant), l'année de la flamme.
    Aux prises avec une entreprise de pompes funèbres plus vénale que respectueuse, interrompus dans leur joute verbale par d'invisibles habitués du palace qu'ils servent avec zèle, ils retombent aussitôt après dans la loufoquerie la plus débridée. Comme toujours avec les textes de Vincent Roca, c'est virtuose, débridé, réjouissant

  • Demandez à un clown de vous raconter Cendrillon.
    Il voudra faire des parenthèses, il voudra faire des digressions, et surtout il voudra faire des révélations.
    Il vous dira que dans la vraie histoire Cendrillon n'a pas écouté sa marraine, qu'elle est restée au bal après minuit, qu'elle a perdu sa robe et s'est retrouvée en guenilles devant le prince et ses convives, qu'ensuite elle s'est enfuie, qu'elle a quitté le pays, qu'en chemin elle a croisé toutes sortes de gens, qu'il lui est arrivé toutes sortes de choses étranges comme devenir géante, traverser le temps, sauver des monstres, provoquer des émeutes, des cataclysmes.
    Ça s'est passé comme ça, il vous le dira !

  • Entre théâtre et conte, Barbouillot d'pain sec est un reportage côté coeur, dans un village de nulle part. Les héros se retrouvent le plus souvent au Bistrot du Bar. Là, Coussotte et Noguero discutent de la nécessité d'être croyant pour blasphémer. Léo Marraco qui a des mains à écraser la misère d'un seul coup, rappelle qu'il n'aime pas qu'on pense à sa place. Le père Charpentreau reconnaît que l'Allemand construit solide. Quant à Abel Palard, il glose sur les avantages d'un voyage à Lourdes. Le silence ne se fait qu'à l'évocation de Maryse Bouvier, si belle qu'elle rend tout le monde un peu électrique. Puis le débat peut reprendre : sur la fin du monde, par exemple, qui n'est pas pour demain... ou qui a déjà eu lieu et on n'a pas fait attention?! Et le Barbouillot d'pain sec peut continuer d'écrire l'histoire, fidèle à chacun, drôle, féroce et bourrée de tendresse.

    Spectacle de et par Michel Boutet mis en scène par Jean-Louis Cousseau

  • Rares sont les stars qui, après avoir éclairé une époque, défient le temps.
    Leurs noms s'éteignent comme des étoiles mortes.
    Stella Marco, dont le sien, connu de tous hier encore, a brillé en lettres de feu aux frontons des cinémas et des théâtres, est une héroïne de fiction, un amalgame de ces grandes vedettes qui, bien réelles, ont ému, fait rire et pleurer des générations.
    Leurs vies privées, plus facilement secrètes jadis qu'aujourd'hui, défrayaient la chronique en alimentant des rumeurs, parfois vraies et souvent fausses.
    Stella Marco a traversé trois décennies sur la corde raide, et survécu aux années maudites de l'Occupation qu'illustrèrent pour exemple Edwige Feuillère, Gaby Morlay, Elvire Popesco qui étaient alors des idoles nationales vénérées de tous les publics.
    Aujourd'hui oubliée, Stella s'éteint dans l'anonymat. Seule... enfin presque.
    Tapie à ses côtés, il y a Mylène Janvier (de son vrai nom Josette Puchaud), le témoin des bons et des mauvais jours, l'obscure, la sans grade, la groupie, tiraillée entre la passion et la jalousie que lui inspire son idole, l'ombre de Stella qui, dans un flot d'aveux se trahit et se délivre d'un secret qui l'étouffe.

    Denis D'Arcangelo, qui a imposé le personnage mythique de «?Madame Raymonde?», incarne avec maestria celui de Mylène Janvier (de son vrai nom Josette Puchaud), ombre de Stella Marco, la grande vedette qu'elle hait pour l'avoir trop aimée.
    Enfermé dans sa solitude par la mise en scène épurée de Thierry Harcourt, Denis D'Arcangelo ressuscite cette espèce de comédiens qui n'existe plus, jouant du coeur et des tripes, ceux que Jean Cocteau appelait les «?monstres sacrés?».
    Il change de sexe comme on change de costume, mais la métamorphose est intérieure, profonde, sans la moindre afféterie.
    Il pousse au paroxysme la confession de son héroïne, gouailleuse et tragique, sans jamais la travestir.
    Ne faisant qu'une avec elle, il l'incarne avec une vérité déchirante, donnant à la fois vie à deux personnages qu'elle oppose et fait revivre.
    Du grand art.
    Pierre Barillet

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