Sciences humaines & sociales

  • On a bien compris que l'objectif des «  multi-monstres  » (multinationales, Gafa, oligarchie financière) était de nous décérébrer, de squatter par tous les moyens notre esprit pour empêcher l'exercice d'une pensée libre, nous obligeant à regarder le doigt qui pointe la lune, ce qui est le geste de tout dictateur montrant la voie à suivre, de nous rendre dépendant des produits manufacturés, des services et des applications en tout genre, nous dépossédant ainsi de notre savoir-faire qui est leur grand ennemi, un savoir-faire à qui nous devons d'avoir traversé des millénaires, du jardinage à la cuisine en passant par le bricolage, l'art savant de l'aiguille et du tricot et la pratique d'un instrument de musique au lieu qu'on se sature les oreilles de décibels. Reprendre son temps, un temps à soi, reprendre la possession pleine de sa vie. Et pour échapper à l'emprise des «  multi-monstres  », utiliser toutes les armes d'une guérilla économique, montrer un mépris souverain pour leurs colifichets  : «  votre appareil ne nous intéresse pas  », graffite le capitaine Haddock sur un mur. Contre les transports, la proximité des services, contre l'agriculture intensive empoisonneuse, des multitudes de parcelles d'agro-écologie, ce qui sera aussi un moyen de lutter contre l'immense solitude des campagnes et l'encombrement des villes, contre la dépendance, la réappropriation des gestes vitaux, contre les heures abrutissantes au travail, une nouvelle répartition du temps, contre les yeux vissés au portable, le nez au vent, et l'arme fatale contre un système hégémonique vivant de la consommation de viande, le véganisme. Car nous ne sommes pas 7 milliards, mais 80 milliards, à moins de considérer que tout ce bétail qui sert à engraisser nos artères ne respire pas, ne mange pas, ne boit pas, ne défèque pas. Il y a plus de porcs que d'habitants en Bretagne, et quatre-vingt pour cent des terres cultivées dans le monde le sont à usage des élevages, pour lesquels on ne regarde pas à la santé des sols et des plantes. Renoncer à la consommation de viande et des produits laitiers, c'est refroidir l'atmosphère, soulager la terre et les mers de leurs rejets toxiques, se porter mieux, envoyer pointer au chômage les actionnaires de Bayer-Monsanto et en finir avec le calvaire des animaux de boucherie pour qui, écrivait Isaac Bashevis Singer, «  c'est un éternel Treblinka ».

  • Très proche du couple Helmut et June depuis plus de cinquante ans, j'entendis un soir June me dire  : «  Tu devrais écrire notre histoire, tu la connais si bien.  » Plus de cinquante années d'amitié...
    Je me suis alors plongé dans mes souvenirs, relu Autoportrait d'Helmut ainsi que Mr.  Newton de June, les divers écrits et articles consacrés aux deux photographes qu'ont été Newton et June dite Alice Springs, dont les Éditions du Regard publièrent le premier livre en 1983.
    Mon projet fut alors d'évoquer la tragédie qui frappa le petit Helmut Neustädter, juif berlinois, dont une grande partie de l'oeuvre magnifie le désastre, sa rencontre à Melbourne avec June Dunbar, jeune comédienne australienne déjà reconnue, que leur installation à Paris contraignit à abandonner la scène.
     
    En suivant ces deux destinées, j'ai tenté de raconter l'histoire, la vie d'un couple d'exception scellé par la créativité. Un couple dont l'intelligence, la modernité, la liberté émerveillent et interrogent sur la vérité d'une existence à deux.
    Au fil du temps et du travail d'Helmut Newton, la réalité sociale et artistique des années  1960, 1970, 1980 et, dans une moindre mesure, des années  1990 se révèle, montrant une société qui n'était pas encore dominée par les réseaux sociaux, où la liberté de création était totale, non soumise aux diktats pseudo-moraux qui la gèrent aujourd'hui.

  • "A douze ans, je perds toute ma famille en quelques semaines. Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et mes neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmère rouge. J'étais sans famille. J'étais sans nom. J'étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n'étais plus rien."Trente ans après la fin du régime de Pol Pot, qui fit 1.7 millions de morts, l'enfant est devenu un cinéaste réputé. Il décide de questionner un des grands responsables de ce génocide : Duch, qui n'est ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille sa légende.L'élimination est le récit de cette confrontation hors du commun. Un grand livre sur notre histoire, sur la question du mal, dans la lignée de Si c'est un homme de Primo Levi, et de La nuit d'Elie Wiesel.

  • Terreur

    Yann Moix

    « Ce livre, écrit au jour le jour pendant et après les attentats contre Charlie Hebdo et à l'Hypercacher, ne sort que deux ans après les événements : il fallait respecter le temps du deuil ; et me donner la faculté de suspendre celui de la réflexion. "Penser" les attentats est une gageure, parfois même un oxymore : le risque est soit de donner trop de sens à ce qui n'en a pas, soit de rater les étapes d'un processus plus complexe qu'il n'y paraît. Penser les attentats, c'est possiblement se tromper. Ce livre est un cheminement, une progression, une interrogation, un questionnement sur la radicalité, la radicalisation, la jeunesse, l'islamisation, la violence, le nihilisme. Autant de termes qu'on ressasse à longueur de journées sans jamais s'arrêter pour les creuser, les approfondir jusqu'à la nausée. Ce petit essai est obsessionnel : revenir à l'infini sur les actes, les causes, les effets, les acteurs, les conséquences, sans jamais se raturer, au risque même, çà et là, de se contredire. Les frères Kouachi, Amédy Coulibaly sont les tristes protagonistes d'un événement originel, matrice de tous les attentats qui suivirent : les notes et scolies rédigées à chaud et publiées maintenant, doivent se plaquer sur tous les attentats qui suivirent, et qui sortent tout droit, peu ou prou, de janvier 2015.Car ce qui me frappe à la relecture d'un texte rédigé il y a deux ans, c'est à quel point ce qui y était prévu est déjà advenu ou encore, hélas,  à advenir . Je n'ai donc rien censuré des passages prophétiques qui me donnent aujourd'hui le sentiment d'une réflexion rattrapée par le réel, au prétexte qu'ils pourraient être lus comme ayant été rédigés rétroactivement à partir du réel : on ne s'excuse pas d'avoir eu raison trop tôt. "Nous sommes en guerre" a dit le président de la République. Les écrivains ont toujours voulu dire la guerre. Je n'échappe ni à la règle, ni à la tradition. »Y.M.

  • 22 décembre 2004. Pour la première fois, Simone Veil retourne à Auschwitz avec les siens à quelques semaines du 60e anniversaire de la libération du camp. Le reportage publié dans « Paris Match » avait bouleversé les lecteurs par l'intensité de l'émotion qui s'en dégageait. A l'origine de ce « voyage », Alain Genestar, alors directeur de la rédaction du magazine. Il avait réussi à convaincre Simone Veil de revenir sur les lieux où 1 million de Juifs et 120 000 autres déportés ont été assassiné par les nazis. Si Simone Veil s'était déjà rendue à deux reprises à Auschwitz lors de cérémonies officielles, elle avait toujours refusé les sollicitations des magazines et télévisons du monde entier pour réaliser un grand sujet sur elle à l'intérieur du camp.
    Simone Veil a accepté la proposition d'Alain Genestar,  touchée par le fait qu'il se soit rendu  à Auschwitz avant de formuler sa demande. Mais aussi parce qu'elle estimait qu'il était temps, pour elle, d'engager un dialogue avec ses petits enfants, et que ce dialogue devait débuter sur place, sur ces lieux symboles du plus grand crime contre l'humanité. D'où son souhait: revenir à Auschwitz-Birkenau avec ses petits enfants.
    C'est ce voyage « extraordinaire » que raconte Alain Genestar dans ce petit livre pudique. Il ne dévoile pas les propos échangés entre Simone Veil, six de ses petits-enfants et ses deux fils. Ces mots intimes, ces confidences appartiennent à eux seuls. Mais il restitue les coulisses de ce voyage, et surtout l'émotion qui les envahit et le gagne lui-même. Il décrit cette longue marche familiale dans le camp. Les souvenirs de l'ancienne déportée de 17 ans qui resurgissent telles des bouffées de douleur. Mais une douleur transmise.
    En deuxième partie du livre, Alain Genestar publie l'intégrale de la longue interview que lui a accordé Simone Veil au retour de ce voyage à Auschwitz. Des propos où se mêlent la dureté, la tendresse, l'absence de pardon, l'amour des autres. Et la volonté de survivre. « Là-bas, je n'ai jamais pleuré. C'était au-delà des larmes » dit Simone Veil.
    Ce livre est à la fois un document pour l'histoire et un hommage à une femme d'exception qui, avant d'entrer au Panthéon, est entrée dans le coeur des Français.Alain Genestar

  • « Moi, Président, je demanderai à Patrick Rambaud de ne pas m'écrire de chronique du règne de François Ier... »
    C'était impossible en effet : François Ier était pris, tout comme le méconnu François II, l'impossible François III. Et François IV fut roi de Modène.
    Patrick Rambaud s'est donc choisi un roi de haut calibre : François le Petit.
    Nicolas Sarkozy était romanesque à souhait, contourné, faux, kärcherisé, entretenant une cour volatile et dorée.
    Avec sa montre en plastique et ses costumes bleu trempés, François le Petit est théâtral : en son palais de confetti, avec son casque à visière, au côté de ses femmes...
    Pour sauver la France et de l'ennui et du médiocre, votez Patrick Rambaud !

  • « Sous les perches des preneurs de son, on l'aperçoit parfois au milieu du cordon des gardes du corps. Des adolescents hystériques jurent qu'ils ne se laveront plus jamais la main après avoir serré la sienne. Des journalistes sont prêts à me piétiner pour rester au contact du candidat. Des ouvriers en colère hurlent, menaçants, qu'ils auront la peau des journalistes.
    Hier à Lyon, aujourd'hui à Gandrange, demain à Varsovie ou à Londres, Marseille, Boulogne-sur-Mer, Trappes, Rouen, Berlin, la Guadeloupe, la Guyane, le soleil ne se couche jamais sur la campagne présidentielle.
    Hollande, président ? On rêve. Les ennemis d'hier sont les alliés d'aujourd'hui. Valls monte la garde. Montebourg se prend pour César.
    En face, l'adversaire brûle ses vaisseaux. A la télé, on disserte sans fin sur sa stature ou le hallal. Pendant ce temps, Mélenchon récite des pages de Victor Hugo. Ceux qui trouvent la campagne chiante en parlent pendant des heures, des jours, des mois.
    Des hélicoptères tournent dans le ciel de Tulle.
    Tout est normal. »L.B.

  • « Chef-d'oeuvre. » Quand ce très vieux mot du Moyen Âge utilisé pour l'artisanat a-t-il commencé à être appliqué à la littérature ? Y a-t-il un critère du chef-d'oeuvre littéraire ? Mieux, une recette ? Comment être sûr qu'un livre est un chef-d'oeuvre ? Un chef-d'oeuvre est-il éternel ? La postérité est-elle le bon juge ? Crée-t-on encore des chefs-d'oeuvre aujourd'hui ? Comment définir le chef-d'oeuvre ?
    C'est à toutes ces questions que tente de répondre ce livre. Parcourant les grands livres, de Homère à Heine et de Boccace à Beckett, il propose une analyse inattendue de l'oeuvre de James Joyce aussi bien que des considérations sur ce que l'on peut penser des Aristochats de Walt Disney. Charles Dantzig montre encore une fois que l'on peut associer le brillant et la réflexion, la virtuosité et la profondeur, l'érudition et l'esprit.

  • Né en 1899 dans une ville de Hongrie aujourd'hui roumaine, photographe mais aussi peintre, dessinateur, sculpteur et écrivain, Brassaï fut un artiste éclectique et de son temps.
    Etudiant en histoire de l'art à Budapest puis à Berlin, il s'installe à Paris au milieu des années 1920, apprend seul le français en lisant Proust, et passe des nuits entières à arpenter la capitale. Il photographie les rues, les gens, les bordels comme les chantiers, sublime les enseignes publicitaires et capture les lumières. Ami des plus grands artistes de son temps, Kandinsky, Kokoschka, Henry Miller ou Jacques Prévert, il fut aussi le portraitiste de Dali, Picasso, Matisse, Giacometti et Michaux. Alors que la photo peine à être reconnue comme un art, il réalise des clichés qui resteront à jamais les témoins d'une époque mythique : celle du Montparnasse des années 30, de la Bohème étourdissante. Photographe d'un Paris interlope et nocturne comme de la brillante société de la danse et de l'opéra, auteur d'une oeuvre aujourd'hui célèbre dans le monde entier, du Japon aux Etats-Unis, Brassaï est entré dans la légende en se promenant.
    « La vie de Brassaï fut une quête inlassable et tenace. Du petit soldat communiste à l'exilé hongrois des brasseries de Montparnasse, puis à l'artiste mondialement reconnu, c'est Ulysse. Mais c'est aussi Protée, un flâneur, un grimpeur, un insaisissable vagabond qui fut le poète de sa propre vie. On ne vient pas à bout des légendes. C'est ce qui fait leur étrange beauté. »
    Serge Sanchez

  • "A toutes celles qui vivent dans l'illusion que l'égalité est acquise et que l'Histoire ne revient pas en arrière, je voudrais dire que rien n'est plus précaire que les droits des femmes.
    A celles qui ne regardent ni derrière elles ni autour, je voudrais rappeler que les Allemandes de l'Est par exemple ont perdu, à la chute du mur de Berlin, des droits qu'elles croyaient acquis pour toujours. Que les Algériennes, les Iraniennes, les Afghanes et tant d'autres, qui avaient goûté aux premiers fruits de la liberté, ont disparu, du jour au lendemain, sous un voile de silence. Aux Française je rappelle que l'on déplore encore 220 000 avortements en 1999.
    A celles enfin qui font confiance aux hommes au pouvoir pour que les choses s'arrangent peu à peu, je voudrais citer une phrase de Virginia Woolf : "L'histoire de la résistance des hommes à l'émancipation des femmes." Si elles ne défendent pas elles-mêmes les droits conquis par leurs mères, personne ne le fera pour elles.
    La condition des femmes ne va pas en s'améliorant dans le monde, contrairement à ce qu'il est reposant de croire. Les hommes sont des analphabètes du féminisme, on le sait. Mais les femmes le sont à peine moins.
    C'est pourquoi il n'est jamais trop tard pour lire un livre féministe. Ni trop tôt. Ils n'ont hélas pas pris une ride depuis 25 ans."
    Benoîte Groult est romancière et essayiste, jurée du Prix Femina. Elle a écrit, entre autres : Le Journal à quatre mains, avec sa soeur Flora, les Trois Quarts du temps, les Vaisseaux du coeur (Grasset, 1988).

  • "Ce récit est un document.
    Par petites touches accumulant les choses vues, les petits faits vrais, mêlant l'analyse à l'autobiographie, il relate avec l'objectivité d'un témoin ce que furent "les événements de 68".
    Etait-ce une farce ? Peut-être. En tout cas, cette farce aura duré quinze ans. Mais, bien qu'on l'ait eue longtemps sous les yeux, on y avait si peu cru qu'on ne l'avait pas vue.
    Sans doute ce récit fait-il comprendre comment a pu se produire en quelques mois l'éffondrement de l'Université.
    Mais il montre bien davantage combien cette agitation n'était que le symptôme tardif d'une crise bien plus ample et profonde dont on avait entendu les premières craquements dès 1924.
    Une civilisation finissait, alors qu'une autre avait déjà commencé. On ne se rappelle déjà presque plus la première. Nous vivons dans la seconde.
    Il en est de la civilisation comme de la géologie. Il y a des plaques tectoniques. D'où venait le vacarme de 68, on ne le comprenait pas. C'était le bruit que faisait une plaque au moment où elle allait en recouvrir une autre."N. G.

  • Universellement célèbre, Tolstoï reste en même temps assez méconnu, dans la mesure où l'on a réduit son oeuvre à quelques personnages « romantiques » : Natacha, le prince André, Anna Karénine, et ses innombrables thèmes à la seule passion amoureuse. Dominique Fernandez a relu ses livres, d'un oeil neuf, sans idée préconçue, et découvert un écrivain de combat, un des premiers qui aient dénoncé les horreurs de la guerre (et en particulier de la guerre de Tchétchénie, déjà injuste et cruelle en 1850), critiqué le système judiciaire, carcéral, les scandales de l'injustice sociale, les abus du pouvoir étatique, les impostures de l'Eglise, etc. En face de son contemporain Dostoïevski, porté au paroxysme et à l'outrance, il garde toujours un ton juste et mesuré. Son style porte l'empreinte d'une perfection intemporelle. Avec Dominique Fernandez, on parcourt librement le monde de Tolstoï, on y apprécie cette justesse de ton, ce calme, cette mesure à la fiévreuse frénésie de son rival. Ce livre s'efforce de tracer quelques avenues dans une oeuvre immense. A côté des trois chefs-d'oeuvre, Guerre et paix, Anna Karénine, Résurrection, des dizaines de nouvelles et d'essais explorent tous les aspects de l'aventure humaine. Tolstoï plaçant cette aventure sous le double signe de la sexualité et de la mort, celui qui est sans doute le plus grand romancier de tous les temps apparaît plus que jamais notre contemporain.

  • A vingt-trois ans, Inna Shevchenko est célèbre. Qui ne connaît ses yeux verts, ses cheveux blonds couronnés de fleurs, ses seins nus, peints de slogans noirs dénonçant les religions, les dictatures et la prostitution ?
    Pourtant, l'icône politique reste une énigme. Qui est vraiment cette élève brillante, éduquée par un père colonel dans l'Ukraine post-soviétique ? Comment a-t-elle découvert l'engagement politique au lycée, au moment de la Révolution orange, avant de se jeter à corps perdu dans le mouvement Femen ? Qui est cette femme battue et arrêtée cent fois, torturée en Biélorussie, fuyant son pays après avoir tronçonné une croix en soutien aux Pussy Riots ?
    Caroline Fourest a accompagné Inna dès le premier jour de son exil à Paris. Elle s'est engagée avec elle, parfois contre elle... Lors des combats de rue face à Civitas, pour sauver Amina en Tunisie. Paris serait-elle redevenue la capitale de la révolution ? Bien plus que le portrait d'une héroïne fascinante, ce livre raconte l'odyssée d'une frondeuse tourmentée, tentée par le nihilisme, qui exige en tout la liberté mais s'impose une vie de soldate.
    Dans ce récit haletant, tout est vrai : la solitude, la force d'âme, le goût un peu âcre de la vérité. Tour à tour enquêtrice, conseillère, amie, amoureuse et femme libre, Caroline Fourest raconte à la fois ses doutes, leurs combats et leur romance. Et pour la première fois, se livre.

  • « Je pensais qu'en vieillissant, l'ombre de ce que j'ai vécu pendant la guerre s'estomperait, que j'oublierais un peu. J'ai l'impression que c'est le contraire : soixante-dix ans après mon retour, ce passé est de plus en plus présent en moi.
    J'ai perdu mon sommeil d'enfant pendant la guerre et je ne l'ai jamais retrouvé. Je fais souvent le même cauchemar : la Gestapo me pourchasse. Mais je cours tellement vite que je me réveille. »
    Anise Postel-Vinay
     
     
    Écrit avec la complicité de Laure Adler et Léa Veinstein, Vivre relate avec simplicité le quotidien de celle qui n'aime pas qu'on l'appelle « résistante ». Arrêtée le 15 août 1942, déportée à Ravensbrück aux côtés de Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz de Gaulle, Anise Postel-Vinay nous offre le récit d'une humanité plus forte que la barbarie.
     
     

  • Dans ce livre, écrit à la première personne, Bernard-Henri Lévy a choisi, "au milieu du chemin de sa vie", de faire le point, de se pencher sur lui. Ca se passe à Tanger, en quelques heures. Là, celui qui dit "je" va attendre son vieux maître, un éminent prof de philo, qu'il n'a pas vu depuis trente ans, avec lequel il a un vague rendez-vous et qui, peut-être, ne viendra pas. En chemin, ce "je" va se souvenir, observer, délirer. Il va, dans un désordre apparent - quoique strictement composé en six mouvements - s'interroger sur l'incroyable quantité de hasards qui ont fait sa vie d'écrivain. Sur la non moins considérable quantité de malentendus qui ont tramé son destin, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire. Au passage, on croise Romain Gary ou Guy Debord, le cinéma et la politique, l'échec et le succès, l'amour, les femmes, les idées. Ce livre - autobiographique et imaginé -, répond, au fond, à cette question : comment, en ces temps de brouillage généralisé, apparaître tel que l'on est.

  • « Après plus d'un an de présence en Indochine, je connaissais ce qu'on peut filmer dans la guerre. Au départ, on se dit : "Tiens, il faut filmer l'ennemi." Non, l'ennemi, il ne faut pas le filmer. Il faut filmer les gens avec qui l'on est. L'ennemi, si on le voit, il vous voit. Et il tire le premier ! »
    Pierre Schoendoerffer« La guerre est un combat contre, au minimum, un ennemi. Impossible de la couvrir sans être avec les combattants d'un des camps. Au Liban, en Bosnie, au Tchad, au Nicaragua, à Gaza, en Libye, en Somalie, en Afghanistan, en Iral et j'en passe, cela a été le cas, pour moi et pour d'autres. Difficile de relater la guerre au plus près sans être avec un des protagonistes. »
    Patrick Forrestier

  • Il y a une centaine d'années, l'Ethiopie n'était guère pour l'Europe qu'une expression géographique, et seuls quelques religieux érudits, quelques poètes, rattachaient cette entité à un passé millénaire où se confondaient la fable et l'histoire. Le percement de l'isthme de Suez devait modifier radicalement les faits et faire de ce pays de l'est africain l'un des axes de la grand politique coloniale européenne. Mais l'on constata que l'Ethiopie, tenue à l'écart de la civilisation occidentale par ses déserts et ses montagnes, était restait inchangée, dans ses institutions et ses moeurs, depuis les temps bibliques, et qu'une espèce de miracle avait immobilisé, quatre mille ans durant et jusqu'à nos jours, un ensemble de petits royaumes à bases religieuses et féodales.
    Dans un cahpitre liminaire d'un puissant raccourci, Henry de Monfreid résume l'histoire de ce qu'on peut appeler un anachronisme politique, avant de brosser le portrait et la chronique de celui qui fut le créateur de l'Ethiopie actuelle : Ménélik II, roi du Choa, puis empereur de 1889 à 1913. Et c'est sans exagération aucune qu'il le dénomme le Louis XI africain.
    Car ce fut un étonnant rassembleur de territoires que ce potentat oriental, et les moyens qu'il employa pour parvenir au trône rappellent étrangement ceux de l'homme de Péronne et du Plessis-lez-Tours - l'un de nos plus grands rois. Guerrier et diplomate, il sut non seulement se défendre des intrigues des "grandes puissances", mais en jouer et les utiliser contre les autres prétendants à la couronne et contre son prédécesseur même, l'empereur Théodoros. Ruses, trahisons, équivoques, achats de consciences, machinations, toutes les ficelles, tout l'arsenal retors de la rouerie et de la subtitilité politiques lui servirent pour parvenir à son but, avant d'en venir à l'emploi de la violence. Et certains épisodes de cette geste épique, riche en embûches et en retournements de fortune, ne sont pas sans rappeler les pages les plus colorées et les plus cruelles de l'histoire byzantine.
    Nul mieux qu'Henry de Monfreid n'était qualifié pour évoquer Ménélmik et son pays. Il a vécu près d'un demi-siècle en Ethiopie, et ses livres témoignent de l'acuité, de la netteté de son observation de la vie éthiopienne comme de l'amour qui lui porte. Il a approché beaucoup de compagnons de l'empereur, de ceux qui partagèrent ses luttes, et a obtenu d'eux quantité de souvenirs, de renseignements, d'anecdotes. Et peut-être est-il aujourd'hui l'un des derniers hommes ayant connu Ménélik II, le Louis XI éthiopien.(1954)

  • Un essai de François Mauriac, auteur du Noeud de vipères et de Thérèse Desqueyroux, sur la vie de Racine.

  • « Gilbert Périer, parlant de sa soeur Jacqueline et de son frère Blaise Pascal, nous dit: «Leurs coeurs n'étaient qu'un coeur.... » Elle nous dit aussi que Jacqueline était la personne que Blaise aimait le plus au monde. Nous pouvons ajouter : la seule créature qu'il ait aimée jusqu'à la fin, la seule, peut-être, qui l'ait fait souffrir.
    Dans l'amour fraternel, comme dans tout autre amour, l'un blesse et l'autre est blessé. Chez les Guérin, Eugénie est la victime de Maurice. Chez les Pascal, c'est Blaise qui subira l'inflexibilité de cette petite janséniste. Mais elle n'a souffert pour lui que lorsqu'il était dans les désordres du monde. Elle n'était pas atteinte dans sa tendresse et ne songeait qu'à le sauver. »

  • Ce « futur armistice » est le texte de l'allocution prononcée par Jean Giraudoux, alors Commissaire général à l'Information, le 11 novembre 1939.

  • La totalité des auteurs qui ont étudié le rêve humain (depuis Maine de Biran jusqu'à Havelock Ellis, en passant par Maury et par Freud) ont eu l'air de le considérer comme un attribut du sommeil, ou, tout au moins, comme un phénomène se produisant à l'occasion du sommeil. Ce parti-pris initial, emprunté à un passage fameux de Lucrèce, a faussé, à notre avis, toute la psychologie du songe, mêlé à notre vie courante, même éveillée, d'une façon beaucoup plus constante et complète que ne le supposaient et ne le supposent maintenant encore les onirologues.

  • « Un jour vient où vous manque une seule chose et ce n'est pas l'objet de votre désir, c'est le désir. »M.J.

  • Du 16 janvier au 5 mai, Patrick Besson s'est livré à un exercice littéraire sans précédent. Chaque jour il a tenu pour Lepoint.fr un journal de la campagne électorale et emprunté la voix d'un célèbre écrivain, vivant ou mort, français ou étranger, pour raconter les grandes heures et les coulisses de l'élection présidentielle.
    Commencé le jour où la France perd son triple A, il se finit à la veille du premier tour de l'élection présidentielle.
    Maigret découvrant Bernard Tapie planqué dans une bou-tique de lingerie fine avec son magot en espèce ; Patrick Bruel chantant Nathalie Arthaud ; Victor Hugo annonçant le châtiment des socialistes ; David Foenkinos constatant l'indélicatesse d'Eric Woerth ; Ernest Hemingway évoquant le vieil homme et Mamère ; ou Louis-Ferdinand Céline accoudé à un bar avec Jean-Louis Borloo... ces pastiches forment un recueil unique, drôle et très actuel.
    Dans cette étude littéraire et politique, l'auteur met à profit 40 ans de lecture...

  • Quand Beretta est morte raconte un moment de la vie d'une adolecente. Isabelle, la narratrice, tombe amoureuse de Beretta, dans un lycée de Strasbourg. Isabelle souffre de l'accusation de bizarrerie. Beretta, belle, méprisante et désespérée, la fascine par son intransigeance et sa radicalité. Elles vont devenir criminelles par dégoût du confort et de la vie ordinaire. Quand Beretta est morte, c'est La Boum en version noire. On est dans la haine du monde chez ces deux adolescentes de la classe moyenne, passionnées de littérature. Beretta et Isabelle se reconnaissent dans leur aversion commune pour la bêtise, la médiocrité et la banalité de la vie ordinaire. Les actes qu'elles accomplissent ont une valeur conjuratoire, et la passion amoureuse qui est née entre elles doit être inédite. Mais la perfection qu'elles recherchent se dérobe sans cesse&hellip.

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