Gallimard

  • Il n'a cessé d'affoler les imaginations avec ses prophéties sur l'avenir et les malheurs de l'humanité. Ses prédictions se sont prêtées à toutes les interprétations au gré des chaos de l'histoire. Qui est Michel de Nostredame (1503-1566), réinventé en « Nostradamus », le devin-astrologue provençal, objet d'idolâtrie ou d'exécration ? La légende a fini par voiler sa voix et sa figure.
    Cette biographie passe au crible la masse des écrits et des dires attachés à ce personnage énigmatique. À la faveur de documents récemment exhumés, elle révèle ses traits inédits, en restituant ses passions, ses emportements, ses croyances religieuses et son savoir éclectique, au confluent du platonisme, de l'occultisme, du judaïsme, du christianisme et de l'alchimie. Elle revient sur ses curieuses entrevues avec Henri II, Charles IX et Catherine de Médicis, magnifiées ensuite pour la postérité. Elle suit ses tribulations d'apothicaire, à la recherche de recettes secrètes et de philtres magiques. Elle évoque le médecin dans son combat contre la peste comme dans ses relations complexes avec les tenants de la médecine officielle et les astrologues patentés. Elle raconte ses succès et ses déboires d'interprète des astres et des prodiges, avec ses almanachs et pronostications aux tirages faramineux, et avec son commerce d'horoscopes recherché à travers l'Europe. Autant de prédictions qui inquiétaient dans une époque de grandes violences.
    Entre les impostures qu'on lui attribue et le génie visionnaire qu'on lui prête, ce livre fait apparaître la vérité d'un homme qui n'a pas fini de subjuguer les esprits.

  • C'est au chevet d'un Marcel Proust mourant que s'affirme la vocation littéraire de Paul Morand ; et c'est dans le vacarme d'une modernité incarnée par Jean Cocteau qu'elle va s'épanouir. Ce rejeton de la bourgeoisie parisienne, éclairée, artiste, aura connu tant d'astres de la bohème comme de l'élite républicaine. Deux mondes étanches qui vont former sa personnalité et dessiner sa double carrière de diplomate et d'écrivain.
    D'emblée, dans ses nouvelles et ses romans, Morand épouse les prouesses de son siècle en rompant avec un monde englouti à jamais par la Guerre. Il roule vite, il vole loin. La terre a rétréci et il le fait savoir.
    L'écrivain au style étincelant, classique mais si reconnaissable, fait découvrir aux Français la magie de l'ailleurs. Sous de fausses allures de dilettante, cet amateur de sport et de jolies femmes trouve le temps d'écrire une oeuvre très ample qui ne s'arrêtera qu'à sa mort.
    S'il n'a jamais été fâché avec la géographie, Morand l'aura parfois été avec l'histoire. En 1940, il choisit Vichy alors qu'il est en poste à Londres. Sa proximité avec les rouages de la Collaboration et sa fidélité indéfectible à Pierre Laval lui vaudront, la guerre finie, des années d'opprobre, d'exil et de solitude. C'est tard, à travers ses publications posthumes, qu'apparaît au grand jour un antisémitisme longtemps occulté.
    La lecture d'archives jusqu'ici inaccessibles, journaux intimes, correspondances inédites, a permis à l'auteur de cette biographie, la première depuis un quart de siècle, de signer le portrait d'un Morand à tant d'égards méconnu. Cette existence, faite de trajectoires superposées, trouve enfin ses ressorts et sa vérité.

  • Mishima

    Nathan John

    En 1970, à quarante-cinq ans, Yukio Mishima, le plus brillant écrivain de sa génération, déjà auteur d'une quarantaine de romans, de dix-huit pièces de théâtre, de vingt volumes de nouvelles et d'essais, trois fois pressentis pour le prix Nobel, horrifiait le monde entier en se suicidant en public par hara kiri : après qu'il eut enfoncé un sabre dans son abdomen et commencé à s'éventrer, un jeune officier qui l'assistait a achevé le rituel en lui tranchant la tête. C'était la conclusion épique et sanglante d'une vie tout entière gouvernée par une quête éperdue de pureté et de sublime. Deux ans plus tard, John Nathan entreprenait la biographie de cette figure hors du commun, qu'il avait un moment fréquentée avant de s'en éloigner. L'ouvrage, paru il y a un demi-siècle et republié aujourd'hui révisé et enrichi d'une préface inédite de l'auteur, reste un phare dans l'océan des études consacrées à l'auteur de Confession d'un masque. Nourri des témoignages directs de Mishima lui-même, de sa veuve, ses parents, ses proches et de nombreux documents jusque-là inaccessibles, il restitue le portrait complexe, volcanique, de cet homme tourmenté épris d'absolu. Décrit la vie apparemment ordinaire d'un époux et père travaillé par les démons. Explore le génie et la manière d'un écrivain aux multiples registres. Interroge l'homosexualité et les pulsions masochistes qui l'habitaient, son obsession de la mort, son ambition de se constituer en légataire de la tradition japonaise du beau. Et met en miroir son goût de certaines choses modernes et son attachement à la tradition impériale, son hostilité à la démocratie moderne comme à la corruption des traditions nationales par la culture occidentale.

  • Depuis sa mort, voici un demi-siècle, la stature de Céline n'a cessé de croître : qu'on le veuille ou non, il est un des auteurs majeurs du XXe siècle, un des plus lus, des plus commentés et assurément des plus disputés. Céline a inventé une manière entièrement nouvelle d'écrire le français. Son Voyage au bout de la nuit a été ressenti comme un choc, comme une révolution dans la manière de dire par le roman l'expérience humaine. C'est son oeuvre de polémiste qui devait plus tard lui aliéner durablement nombre de lecteurs. Mais peut-on vraiment dissocier le génie de l'écrivain des violences de l'homme ? Pour Henri Godard les deux sont inséparables. Cette biographie se propose précisément de retracer le chemin de la vie à l'oeuvre, tout comme elle s'efforce de pénétrer le secret de cette existence à l'épreuve du travail de l'écriture. Elle part à la découverte des vérités contradictoires de Céline, que restitue par fragments, de l'enfance à la mort, une abondante correspondance récemment réunie. C'est un portrait souvent inattendu qui se dessine peu à peu : de l'enfant sage et affectionné du Passage Choiseul au reclus de Meudon, en passant par le jeune commis de boutique, le cuirassier à jamais marqué par la guerre, le médecin des quartiers pauvres, l'antisémite furieux, le prisonnier de Copenhague. mais aussi l'amoureux de la mer et des ports, le copain qui adore parler sexe, enfin, le plus méconnu, l'homme qui mit le corps féminin et la danse au centre de sa vie. Au fil des pages et des années, c'est une figure plus intime, plus complexe, plus déchirée aussi, que découvre le lecteur. Cet itinéraire hors du commun échappe décidément aux simplifications péremptoires.

  • «Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migrations et ses dégoûts innés de la vie, qui leur faisait quitter leur pays, pour se quitter eux-mêmes.» Dans cette déclaration de Gustave Flaubert (1821-1880), qu'y a-t-il de vrai? Le migrant, à part le grand voyage en Orient et quelques escapades en Bretagne, en Angleterre ou en Corse, a surtout vécu dans le «trou» qu'il s'est «creusé» à Croisset, sa demeure normande, où il écrit son oeuvre et où il meurt foudroyé.
    Peut-on se fuir soi-même, bien qu'on professe la poétique de l'«impersonnalité»? Peut-on lâcher son siècle? Le détester, oui, lui préférer une Antiquité imaginaire, certes, mais Flaubert, comme tout le monde, est entraîné dans les tourbillons du temps. Son oeuvre portera cette double marque : le rêve carthaginois d'un monde flamboyant à jamais disparu mais recréé et la peinture vengeresse du siècle de Monsieur Prudhomme et du pharmacien Homais.
    Michel Winock porte un regard d'historien sur cette vie tout entière vouée à la littérature. Il raconte l'enfance créative de l'écrivain, le suit dans ses pérégrinations de jeunesse, décrit ses amours tumultueuses, l'accompagne dans les salons parisiens et met en scène sa ferveur dans l'amitié - Maxime Du Camp, George Sand, les Goncourt, Zola, Daudet, Maupassant, Tourgueniev...
    Son dégoût proclamé de la vie, Flaubert ne l'a transcendé ni par l'expérience amoureuse (somme toute décevante), ni par la foi en Dieu (il est incroyant), ni par quelque idéal politique (scepticisme revendiqué), mais par la religion de l'Art, dont il fut un pèlerin absolu.

  • Thiers, Bainville, Lefebvre, Tulard. Napoléon ne manque pas de biographes. On s'en étonnerait à tort. Les hommes qui ont laissé une empreinte aussi profonde sur leur temps sont-ils si nombreux? L'histoire de Napoléon, son souvenir, son mythe ont littéralement obsédé le XIXe siècle et une partie du XXe. Aujourd'hui, la légende a pâli, le monde a changé. L'épopée guerrière de l'Empire ne fait plus guère rêver nos contemporains, pour qui la guerre apparaît l'incarnation du Mal. Mais Napoléon n'a pas été seulement un conquérant. Stratège hors pair, il est aussi le plus doué des élèves de Machiavel dans l'art de gouverner. Plus que le guerrier, c'est le Premier consul qui, pour avoir fini la Révolution et fondé les institutions dont elle avait eu l'idée, fascine encore. À la fois héros ancien et bourgeois moderne, il occupe une place unique dans l'histoire universelle.
    Ce premier volume, Bonaparte, retrace l'histoire du jeune Napoléon, de la Corse aux Tuileries, des années obscures de l'enfance jusqu'à la proclamation du Consulat à vie en 1802 où, sans encore porter le titre d'Empereur, il rétablit à son profit la monarchie héréditaire. S'il est dans la vie de chaque homme, comme dit Jorge Luis Borges, un moment où il sait «à jamais qui il est», ce livre s'attache à le déterminer pour comprendre comment Napoléon est devenu Napoléon.

  • Il existe un mythe de Molière édifié sur un monceau de légendes, approximatives, artificieuses, extravagantes : mari jaloux et malheureux ; d'humeur rêveuse et mélancolique ; versificateur maladroit ; acteur doué pour le seul jeu comique ; malade consumé par ses mauvais poumons...
    Des générations de biographes ont colporté ces fables qui composent encore aujourd'hui son portrait.
    Comment retrouver le vrai Molière, celui que ses contemporains ont connu et qui nous est largement dérobé ? Il ne subsiste de lui ni manuscrits ni lettres ni écrits intimes. Pour connaître au plus près la figure de l'homme, l'itinéraire de l'acteur, l'audace du directeur de théâtre, l'ingéniosité créatrice de l'auteur, il faut revenir aux témoignages méconnus, aux documents oubliés, aux traces matérielles - tout ce qui restitue, souvent par effraction, les travaux et les jours de l'homme, la vie d'une famille hors norme, les tribulations d'une troupe d'exception, la séduction de l'artiste-courtisan devenu le favori de Louis XIV, et qui éclairent les fulgurances du plus grand auteur comique occidental.
    Georges Forestier tente de se glisser dans l'intimité du créateur. Il en reconstitue la formation intellectuelle, révèle les secrets de fabrication de ses oeuvres et fait découvrir la logique qui préside à l'enchaînement des pièces en perpétuel renouvellement. Au fil des spectacles, à la Cour comme à la Ville, et d'un triomphe à l'autre, c'est le genre même de la comédie que Molière ne cesse de révolutionner. Voilà pourquoi cet alchimiste reste indéfiniment le contemporain de ses spectateurs et de ses lecteurs.

  • "Prince de l'ambiguïté", personnalité ondoyante, maître de l'équivoque, François Mitterrand a souvent déconcerté ses contemporains : vichyste et résistant, homme de droite devenu chef de la gauche, anticommuniste allié aux communistes, dénonciateur de la Ve République dont il finit par incarner comme personne les formes et les usages les plus discutables. Cet homme doublement enraciné dans sa Saintonge natale et dans son fief du Nivernais, aussi féru de littérature et d'histoire que de politique, sut cultiver le secret, dérouter ses partisans et se montrer un jouteur de première force, combatif mais patient, stratège jamais découragé par l'échec.

    Chez Mitterrand, le privé et le public paraissent si intimement noués que l'un n'est intelligible qu'à la lumière de l'autre. Michel Winock les met en miroir pour explorer la vérité d'un enfant du siècle, qui a traversé les époques, les milieux et les idées sans jamais en renier aucun.

    Devenu Président, François Mitterrand a marqué en profondeur la vie politique française. Figure originale d'un monarque de gauche, il réussit à imposer l'alternance et, par là, à consolider la Constitution. S'il échoue à réaliser les espérances socialistes, il ouvre à la France le nouvel horizon de la construction européenne.

    Dans la maladie, cet épicurien fit preuve jusqu'à la fin d'un stoïcisme digne d'admiration. Honni ou adulé, il reste un grand homme politique du XXe siècle. Complexe, séduisant, attachant, détesté, il a suscité des fidélités inconditionnelles et des rancunes indélébiles. Plus on le découvre et plus on mesure ce qu'il a d'insaisissable.

  • De Vercingétorix, on connaît surtout le nom, sa lutte héroïque contre Rome, sa défaite à Alésia et le récit biaisé qu'en donnera Jules César. Mais d'autres écrits et les trésors exhumés par l'archéologie invitent à le redécouvrir et, au miroir de ce destin hors du commun, à explorer des pans enfouis de l'histoire de l'ancienne Gaule. Cet adolescent arverne, fils de roi, tôt formé à la chose militaire, s'est hissé tout jeune au commandement suprême de la résistance gauloise au conquérant romain. Revers militaire qui recouvre une victoire politique - l'unification des peuples gaulois - dont il deviendra le symbole.
    Cette biographie, la première qui lui est consacrée, n'entend céder ni aux hagiographies complaisantes, ni aux légendes controuvées, ni aux appropriations idéologiques. Elle retrace à nouveaux frais, à partir de sources souvent oubliées, l'itinéraire singulier de cette figure d'exception : son enfance au sein d'une lignée aristocratique ; l'éducation reçue par ses maîtres druides ; sa formation, surtout, auprès de César dont il est devenu l'otage ; la rébellion enfin où il se découvre grand leader politique et redoutable chef militaire. Une vie si brève qui aura nourri une si longue postérité.
    En suivant ses pas, au fil des chapitres, c'est une nouvelle lecture de l'histoire du peuple et de la civilisation gaulois que ce livre fait découvrir ; une société en plein essor, déjà bien structurée, agitée par des assemblées remuantes et ouverte au monde, à l'ombre menaçante de l'impérialisme romain.

  • On l'imagine souvent retiré dans sa tour pour caresser les muses et élaborer une sagesse intemporelle. Mais Montaigne ne peut se résumer à l'image du philosophe voué à la contemplation. C'est un seigneur à la tête d'un vaste domaine, avec ses paysans, ses vignes et ses champs. Un gentilhomme pétri de culture nobiliaire, dont il brave les certitudes pour leur substituer un idéal inédit : conquérir la grandeur dans la « médiocrité » d'une existence ordinaire. Un ancien magistrat aussi, pénétré d'un riche savoir juridique, qu'il mit pour un temps en oeuvre au parlement de Bordeaux, ville dont il deviendra le maire. Un acteur politique surtout, happé par la tourmente des guerres de religion, la violence des haines confessionnelles et la hantise de la mort qui ensanglante la France.
    On ne peut comprendre, écrit Arlette Jouanna, le destin singulier de cet homme d'exception sans mettre en miroir les différentes figures qui composent sa personnalité et le terroir historique dans lequel elles s'enracinent. C'est d'un regard d'historien qu'il faut en effet redécouvrir son itinéraire tumultueux et la fascinante diversité d'une pensée toujours en mouvement.
    Si Montaigne nous parle encore, c'est qu'au milieu des troubles civils, il en appelle à la « raison publique » pour transcender les intolérances ; c'est qu'il invite à affranchir l'esprit du poids des conventions arrêtées et des préjugés invincibles. Ni le vestige d'un passé révolu, ni le prédicateur d'un individualisme hédoniste, mais tout simplement notre contemporain.

  • Aragon s'est beaucoup raconté, en prose et en vers ; il n'a cessé d'appliquer avec virtuosité le principe du "mentir vrai" à sa vie riche déjà de tant d'énigmes et de paradoxes : enfant illégitime à qui le secret de ses origines fut longtemps caché ; antimilitariste décoré de la Grande Guerre puis médaillé de la Résistance ; dandy dadaïste devenu militant discipliné du parti de Staline et de Thorez ; poète surréaliste converti au réalisme socialiste ; homme à femmes - et quelles femmes ! - métamorphosé en chantre de l'amour conjugal, avant de découvrir sur le tard le goût des garçons...
    Tous ces personnages différents n'en font qu'un seul dont l'itinéraire littéraire, intellectuel et politique transcrit le génie et le chaos du siècle. Philippe Forest recompose à nouveaux frais le roman somptueux de cette longue existence, avec ses chapitres glorieux et ses pages lugubres. Il révèle le jeu de miroirs par lequel se réfléchissent l'oeuvre et la vie d'un écrivain surdoué à qui aucune des formes de la littérature n'était étrangère.
    Et si cette oeuvre continue à nous toucher, alors que cette vie n'en finit pas de nous déconcerter, c'est qu'elle possède une jeunesse, une insolence, une énergie sur lesquelles le temps n'a guère eu de prise. Aragon a été aimé autant que haï, admiré autant que décrié, à la fois pour de bonnes et de mauvaises raisons. Il ne s'agit dans ces pages ni de l'acquitter ni de le condamner, mais d'en revenir au mystère même de celui dont on a pu dire qu'il avait été sans doute "le dernier des géants de notre temps".

  • Jean-paul ii restera le dernier " géant " de notre époque.
    Au cours d'un pontificat exceptionnellement long, le premier pape polonais de l'histoire aura joué un rôle à la fois majeur et contradictoire. d'une part, contre toutes les modes, il a obstinément défendu la tradition, la liturgie, le dogme de l'église catholique, ce qui lui vaut parfois une image conservatrice, voire réactionnaire, notamment sur le plan moral. mais, à l'aube du iiie millénaire de l'ère chrétienne, il a surtout modernisé et " mondialisé " cette église d'un milliard de fidèles ; il a replacé l'homme, sa dignité et sa responsabilité, au centre du message évangélique contemporain ; sur le plan politique, il fut un des principaux acteurs de la chute du communisme en europe et n'a cessé de se battre pour la paix et les droits de l'homme ; il a effectué quelque cent voyages apostoliques, souvent spectaculaires, y compris dans le monde musulman ; il a multiplié les rassemblements de jeunes, même dans les sociétés les plus déchristianisées comme la france ; il a spectaculairement dénoncé les fautes passées de l'église, et a contribué à la réconcilier avec le monde juif.
    Qui est donc le vrai jean-paul ii ? élu pape le 16 octobre 1978 à l'âge de cinquante-huit ans, karol wojtyla avait été tour à tour comédien, poète, journaliste, aumônier, philosophe, professeur et archevêque dans une pologne victime successivement du nazisme et du communisme. ce passé riche et contrasté, qui a demandé à l'auteur plusieurs années d'enquête, éclaire la personnalité et l'oeuvre d'un pape hors du commun.

  • On croit connaître Fellini à travers les films dans lesquels il s'est apparemment raconté : Les vitelloni, Huit et demi, Roma, Amarcord. Mais le souvenir inventé l'emportait souvent chez lui sur le souvenir véridique, comme, dans ses films, le décor entièrement reconstitué se substitua au décor réel, quand, après le néo-réalisme de ses débuts, il adopta une conception subjective du cinéma, mêlant nostalgie, rêves et pressentiments.
    Ami du réalisateur pendant quarante ans, Tullio Kezich nous livre un témoignage irremplaçable qui sera, en même temps, un ouvrage de référence pour les admirateurs de Fellini, et les cinéphiles en général. D'abord, il y eut un jeune homme maigre, arrivé à Rome en 1939 en vue d'être dessinateur dans des hebdomadaires humoristiques, qui, devenu scénariste, découvrit aux côtés de Rossellini qu'on pouvait faire du cinéma avec la même liberté qu'en crayonnant ou en écrivant. Des Feux du music-hall (1950), réalisé avec Alberto Lattuada, à La voce della luna (1990) se déroule un itinéraire mouvementé qui pourrait même paraître chaotique, n'étaient des constantes remarquables : l'association si féconde avec Nino Rota ; l'amitié avec Marcello Mastroianni, qui fut son alter ego à l'écran ; surtout l'union indéfectible avec Giulietta Masina, en dépit d'aventures dans la « cité des femmes » sur lesquelles l'auteur confie quelques amicales indiscrétions.
    Utilisant des documents inédits, Tullio Kezich jette aussi un précieux éclairage sur les rapports de Fellini avec la psychanalyse et le spiritisme, qu'il approcha et pratiqua en amateur sceptique : curieux de tout ce qui pouvait nourrir son imagination, mais non moins soucieux de préserver la fraîcheur et la spontanéité de son monde intérieur.
    De film en film, dont on suit chaque fois l'élaboration, par touches successives, se compose le portrait d'une personnalité aussi singulière qu'attachante, et de l'un des plus grands cinéastes du XXe siècle.

  • Ce livre raconte l'histoire de Guillaume Apollinaire, ou comment Wilhelm de Kostrowitzky, apatride aux origines incertaines, est devenu l'un des plus grands poètes français du XXe. Doué d'un talent protéiforme, conteur, journaliste, critique d'art, critique littéraire, éditeur, directeur de revue, il jouit d'une intuition et d'une réceptivité prodigieuses. Ami des peintres, défenseur de l'art moderne, il impose ses idées et ouvre des voies nouvelles à la poésie de son époque, tout en restant attaché au passé, aux vieux livres et aux souvenirs. De «La Chanson du mal-aimé» aux Poèmes à Lou, des fantaisies visionnaires du Poète assassiné à l'invention des calligrammes, son oeuvre, pleine de contrastes et de surprises, manifeste le don le plus merveilleux, celui d'enchanter la réalité.
    Aucune biographie d'envergure n'avait paru sur Apollinaire depuis plus de quarante ans. Fondée sur une somme exceptionnelle de documents originaux, souvent inédits, cette biographie littéraire et historique unit la saveur du réel au plaisir de la recherche et de la recréation. Peuplée d'écrivains et d'artistes européens, qui éclairent la personnalité du poète et le cours de la modernité, elle trace le portrait d'un passeur au caractère étonnamment mobile et parfaitement plastique. Des couloirs du Vatican aux rives du Rhin, des bords de la Seine aux tranchées de Champagne, elle explore un monde machiné par les échanges et les communications, épris de vitesse et de nouveauté, mais aussi fondé sur des valeurs héritées d'un autre temps. Un monde en équilibre instable que la Grande Guerre bouleverse à jamais. Le monde d'Apollinaire.

  • Rabelais

    Mireillle Huchon

    Comment rendre compte d'une vie qui comporte tant d'inconnues ? Quelques témoignages, des vestiges de correspondance, des archives longtemps restées muettes restituent, par fragments, l'existence tumultueuse du premier géant des lettres françaises. Mais c'est dans son oeuvre surtout, marquée par les bruits et les fureurs du siècle, ou encore dans ses liens avec les grands du royaume et de la culture humaniste que se laisse découvrir le véritable Rabelais. Mireille Huchon fait revivre le destin exceptionnel d'un homme intimement engagé dans les affaires du temps et constamment en quête de tous les savoirs : juriste, médecin, mathématicien, sans doute alchimiste, poète, romancier, éditeur aussi, très impliqué dans le travail de l'imprimerie, lieu alors de toutes les audaces et de tous les dangers. Défilent ainsi les multiples figures d'un Rabelais souvent impudent, parfois imprudent, successivement franciscain, bénédictin, curé, à la fois humaniste et espion, commensal de voluptueux prélats et contempteur des vices de la papauté, coureur de bénéfices aussi bien que de femmes. Cet « Eschyle de la mangeaille », cet « Homère bouffon » a hissé la satire à des cimes jusque-là inégalées en puisant dans l'insondable réservoir de l'apparente trivialité des choses. C'est pourtant une oeuvre aux enjeux philosophiques et moraux longuement médités, une réflexion exceptionnelle sur la langue française et la création d'une prose littéraire, que Rabelais invite à décrypter sous les rires et les éclats provoqués par Gargantua, Pantagruel et leurs compagnons. Au fil des pages se dessine, derrière le manipulateur des mots et des êtres, un portrait inédit de l'extravagant maître François Rabelais.

  • Il est né sous Louis XV dans une Bretagne encore féodale ; il est mort en pleine révolution de 1848.
    Au cours de cette longue existence ont passé les régimes et les constitutions. Il a beaucoup vécu et beaucoup vu depuis Combourg : le Paris révolutionnaire, les Indiens de Niagara, les taudis de Londres, Rome par deux fois, les corneilles de l'Acropole, les murs de Jérusalem. Et au milieu de ces tribulations, il a eu le temps de devenir le plus grand écrivain de sa génération. C'est aussi le premier " enfant du siècle " à être entré en politique sous la Restauration pour ne plus en sortir.
    Il en a épousé les vicissitudes sans jamais renoncer à son idéal de liberté aristocratique, qui conjugue la tradition et le progrès, la légitimité royale et la citoyenneté, le double héritage de l'Ancien Régime et de la Révolution. C'est dire que pour ses contemporains, Chateaubriand fut souvent une énigme. Jean-Claude Berchet reconstitue ce parcours complexe dans une biographie magistrale qui tisse des liens continus entre le génie littéraire, la vie amoureuse et les passions politiques du grand homme.
    Au fil des pages se dessine un portrait moral contrasté : le " bon garçon " de la famille et des intimes, ou le pair de France qui interpelle les rois ; le séducteur irrésistible et le fidèle adorateur de Juliette Récamier ; le poète de la mélancolie ou de la tendresse et le polémiste incisif de la Légitimité. De ce destin singulier que Chateaubriand a voulu styliser dans ses Mémoires, ce livre restitue les aléas imprévisibles et méconnus, autant dire le charme secret.

  • Lorsqu'à la fin des années 1920, André Malraux fit irruption sur la scène littéraire, il imposa d'emblée un ton, un style, un personnage.
    En lui, l'action et la littérature, la politique et la morale semblaient se réconcilier. Doué du génie de la séduction et de l'autopromotion, l'auteur des Conquérants puis de La Condition humaine voulait marquer ce inonde de " cicatrices ".
    Restent aujourd'hui ses livres, que l'on petit apprécier en oubliant l'homme, mais on se prive alors de leur personnage principal. " Ma vie ne m'intéresse pas ", disait-il.
    De fait, seule sa vie l'intéressait. Il la conçut comme une oeuvre, et peut-être a-t-elle été soit meilleur roman. Et c'est ainsi qu'Olivier Todd la retrace et l'analyse, sans complaisance et sans agressivité. S'attaquer à la biographie d'un écrivain ne signifie pas, en effet, attaquer sa vie et son oeuvre. Mais aucune des questions que soulèvent celles de Malraux n'est éludée. Son enfance, qu'il disait détester, fut-elle malheureuse ? A-t-il été révolutionnaire ? En quoi ? Résistant et gaulliste aussi tôt qu'on le dit ? Avec passion ou par calcul ? Ministre efficace ou rêveur ?
    S'appuyant sur des témoignages et des documents souvent inédits, le dépouillement d'archives publiques et privées inexploitées.
    Olivier Todd démêle réalités vécues et imaginées, dévoilant un homme qui n'a passionnément agi que pour écrire, un écrivain qui doutait de lui-même, un personnage sans méchanceté ni mesquinerie, dont les métamorphoses et la mythomanie ont nourri une légende.

  • Depuis un demi-siècle, henri michaux est devenu une figure essentielle de notre paysage esthétique et littéraire.
    A l'écart des modes et des avant-gardes, son oeuvre exerce une sorte de magnétisme. ses intuitions fulgurantes dans les domaines les plus inattendus de la pensée, du savoir et de la sensibilité ont anticipé la fin des grandes idéologies. le culte dont il fait aujourd'hui l'objet ne le cède sans doute qu'à celui de rimbaud, mais avec des effets tout aussi réducteurs. michaux secret, michaux barbare, michaux halluciné.
    Telle est la vulgate. l'auteur d'un certain plume s'est, il est vrai, dérobé à la publicité et aux honneurs. a la fois présent et caché dans ses textes comme dans ses peintures, il était réfractaire à la biographie. michaux, pourtant, ne fut pas sans corps, sans famille, sans histoire. " moi je veux voir et vivre ", disait-il, jeune homme. jusqu'à sa mort, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, il prit mille fois le bateau et le train, migra d'hôtel en hôtel, aima plusieurs femmes, noua de profondes amitiés, scruta les foules, les animaux et les arbres.
    C'est avec une curiosité intense qu'en lui le peintre et l'écrivain ne cessèrent d'observer le monde. parti sur ses traces, jean-pierre martin a enquêté, interrogé des témoins, consulté archives et correspondances inédites. de namur à montevideo, de quito à knokke-le zoute, de calcutta à saint-vaast-la-hougue, il a visité de nombreux lieux de passage de la comète michaux, décelant dans l'enfance et l'adolescence belges, dans cette origine détestée, quelques-unes des singularités qui ont façonné un être de fuite.
    Jetant une nouvelle lumière sur l'oeuvre de michaux, sur ses paysages et ses hantises, cette biographie, la première qui lui soit consacrée, est un essai de réincarnation.

  • Sa longue vie a traversé les époques et les régimes - né sous la Restauration, jeune bohème en 1848, artiste flamboyant sous le second Empire, figure parisienne en vue de la IIIe République, avant de quitter la scène à la veille de la Grande Guerre. Il a été successivement gazetier de la "petite presse", journaliste lancé dans le monde des lettres, caricaturiste acéré, photographe enfin, et le plus grand. Tous ses métiers, Félix Tournachon, devenu Nadar, les a vécus comme autant d'aventures. Car cet homme reconnu ne s'est jamais voulu un personnage installé. Sa force, il la puise dans une curiosité insatiable et une audace du commencement sans cesse renouvelée. Nadar devait à lui seul ses découvertes fulgurantes mais aussi ses échecs retentissants, toujours surmontés. C'est cet itinéraire étincelant, mais aujourd'hui trop méconnu, que retrace Stéphanie de Saint Marc. L'homme qu'elle raconte est pleinement dans son siècle dont il a embrassé les promesses, les enthousiasmes et parfois les causes. Voici Nadar parti à pied sauver la Pologne de la tyrannie ; ou perché dans la nacelle d'un ballon, en train d'inventer la photographie aérienne ; et dans son atelier, surtout, explorant indéfiniment la célébrité de ses contemporains qui furent aussi ses amis, de Baudelaire à Théophile Gautier, de Daumier à Gustave Doré, de Hugo à George Sand, et de combien d'autres, immortalisés par le génie de son objectif. Mais ce livre révèle également un Nadar plus secret, personnalité complexe, souvent inattendue, dont le charme et l'exubérance masquent des fêlures intimes qui dessinent son portrait sous un jour nouveau.

  • Lorsqu'en mai 1940, à Saint-Nazaire, Nabokov, échappant à l'occupation de la France, s'embarque pour New York, c'est un écrivain russe accompli, considéré comme le plus grand espoir de sa génération.
    Vingt ans plus tard on saluera en lui le plus grand écrivain américain vivant.
    Cette étonnante métamorphose commence à l'université de Stanford, où il est nommé professeur associé, avant d'enseigner le russe et la littérature à Wellesley College et à l'université de Cornell. Sa passion pour les papillons - il en découvrira deux espèces, dont l'une portera son nom - lui vaut aussi un poste d'entomologiste au Musée de zoologie comparée de Harvard.
    Mais, entre-temps, il s'est fait connaître en collaborant aux meilleures revues américaines, le New Yorker en particulier, et en publiant des souvenirs, Speak Memory (Autres rivages). Le grand public le découvre en 1957 avec Pnine, un conte gogolien tendre et comique. L'année suivante, sa notoriété devient mondiale avec Lolita, qui provoque un scandale et se vendra, en vingt ans, à quatorze millions d'exemplaires.
    Cet immense succès permet à Nabokov de quitter l'enseignement. Il se retire à Montreux, en Suisse, où il mourra après avoir édifié une oeuvre qui, à l'image de sa vie, est un défi à la géographie et à la diversité linguistique..

  • Yes'>#8220;When Matisse dies,yes'>#8221; Pablo Picasso remarked in the 1950s, yes'>#8220;Chagall will be the only painter left who understands what color really is.yes'>#8221; As a pioneer of modernism and one of the greatest figurative artists of the twentieth century, Marc Chagall achieved fame and fortune, and over the course of a long career created some of the bestknown and mostloved paintings of our time. Yet behind this triumph lay struggle, heartbreak, bitterness, frustration, lost love, exileyes'>#8212;and above all the miracle of survival.Born into near poverty in Russia in 1887, the son of a Jewish herring merchant, Chagall fled the repressive yes'>#8220;potatocoloredyes'>#8221; tsarist empire in 1911 for Paris. There he worked alongside Modigliani and Lyes'>#233;ger in the tumbledown tenement called La Ruche, where yes'>#8220;one either died or came out famous.yes'>#8221; But turmoil lay aheadyes'>#8212;war and revolution; a period as an improbable artistic commissar in the young Soviet Union; a difficult existence in Weimar Germany, occupied France, and eventually the United States. Throughout, as Jackie Wullschlager makes plain in this groundbreaking biography, he never ceased giving form on canvas to his dreams, longings, and memories. His subject, more often than not, was the shtetl life of his childhood, the wooden huts and synagogues, the goatherds, rabbis, and violinistsyes'>#8212;the whole lost world of Eastern European Jewry. Wullschlage brilliantly describes this world and evokes the characters who peopled it: Chagallyes'>#8217;s passionate, energetic mother, FeigaIta; his eccentric fellow painter and teacher Bakst; his clever, intense first wife, Bella; their glamorous daughter, Ida; his toughminded final companion and wife, Vava; and the colorful, tragic array of artist, actor, and writer friends who perished under the Stalinist regime.Wullschlager explores in detail Chagallyes'>#8217;s complex relationship with Russia and makes clear the Russian dimension he brought to Western modernism. She shows how, as Andryes'>#233; Breton put it, yes'>#8220;under his sole impulse, metaphor made its triumphal entry into modern painting,yes'>#8221; and helped shape the new surrealist movement. As art critic of the Financial Times, she provides a breadth of knowledge on Chagallyes'>#8217;s work, and at the same time as an experienced biographer she brings Chagall the man fully to lifeyes'>#8212;ambitious, charming, suspicious, funny, contradictory, dependent, but above all obsessively determined to produce art of singular beauty and emotional depth.Drawing upon hitherto unseen archival material, including numerous letters from the family collection in Paris, and illustrated with nearly two hundred paintings, drawings, and photographs, Chagall is a landmark biography to rank with Hilary Spurlingyes'>#8217;s Matisse and John Richardsonyes'>#8217;s Picasso.From the Hardcover edition.

  • Un lorgnon masquant un regard malicieux, quelques notes familières : tout le monde a en tête le visage d'Offenbach et certaines de ses mélodies, parmi les plus célèbres de l'histoire de la musique. Cent trente ans après sa mort, l'inventeur de l'opérette n'a rien perdu de sa popularité. Ses ouvrages - de La Vie parisienne aux Contes d'Hoffmann, d'Orphée aux Enfers à La Périchole - occupent toujours l'affiche des scènes lyriques du monde entier. Et pourtant, Jacques Offenbach (1819-1880) demeure méconnu et une grande partie de son immense répertoire - cent dix oeuvres scéniques sans compter de nombreux autres morceaux - attend encore d'être redécouverte. Cette biographie est la première à retracer la carrière d'Offenbach dans toute sa richesse. Elle exhume une grande variété de sources longtemps ignorées et pour beaucoup inédites. Elle restitue l'ensemble des oeuvres scéniques du maestro des Bouffes-Parisiens, leur genèse, leur fortune, leur postérité. Jean-Claude Yon promène le lecteur d'une main sûre à travers le vaste répertoire de ce génie inépuisable, " l'un des plus grands créateurs satiriques de tous les temps et de toutes les cultures ", selon le mot de Karl Kraus.

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