Franck Salaün

  • Marivaux Nouv.

    « [...] l'âme humaine n'a pas encore montré tout ce qu'elle peut être ; toutes ses façons possibles de penser et de sentir ne sont pas épuisées. » Marivaux (1688-1763), auteur prolifique aux multiples facettes, occupe une place singulière dans l'histoire littéraire française. Très grand auteur de théâtre (mais aussi romancier et journaliste), il a réinventé la comédie avec des pièces qui, plus de trois siècles plus tard, nous séduisent encore par leur modernité. L'Île des esclaves et Le Jeu de l'amour et du hasard, composées pour la Comédie-Italienne, font partie des chefs-d'oeuvre qu'il nous a légués. Ses personnages, inoubliables, sont entrés dans l'imaginaire collectif. Surtout, personne n'a su analyser les rouages du sentiment amoureux mieux que lui. Mais malgré ses succès, Marivaux fut beaucoup moqué par ses pairs en raison de son style inhabituel, manquant de naturel - le fameux marivaudage. Cela ne l'empêcha pas d'être élu à l'Académie française... contre Voltaire !

  • Notre époque croit à l'opinion publique, au libre arbitre, et à l'existence d'une relation de causalité entre les représentations et les comportements ; mais elle admet aussi l'inconséquence des individus. Ces façons d'envisager le rapport entre les croyances et les conduites doivent beaucoup aux débats du XVIIIe siècle sur les effets supposés des ouvrages philosophiques. À cet égard, le cas du matérialisme est exemplaire. Présenté par ses contempteurs comme un monstre, une affreuse doctrine, un attentat contre les autorités, il est accusé d'être la cause cachée de la corruption des moeurs. C'est la thèse de l'avocat général Joly de Fleury, qui dénonce, en 1760, l'existence d'une « société formée pour soutenir le matérialisme, pour détruire la religion, pour inspirer l'indépendance, et nourrir la corruption des moeurs ». De son côté, Rousseau s'inquiète de la tendance des penseurs de son temps à « matérialiser toutes les opérations de l'âme ». Cette situation est d'autant plus étonnante qu'au début du siècle le terme matérialisme était encore très rare. Que s'est-il passé ? Que cachent ces accusations ? D'après la Lettre au R.P. Berthier sur le matérialisme (1759), dont on trouvera ici le texte, accompagné d'une brève étude bibliographique par Claudette Fortuny, ces réactions excessives trahissent l'instrumentalisation de cette doctrine par différents groupes de pression. Mais les stratégies mises en oeuvre par les champions de l'ordre établi et les avocats des différents courants du christianisme ont aussi pour effet de confirmer l'importance des questions agitées par ceux qu'ils nomment les philosophes, et qui ont en commun d'interroger le système de valeurs dominant, ouvrant ainsi la voie à une réforme de la société. Soupçonné d'être à la tête de ce groupe, Diderot avait déjà compris que les moeurs étaient précisément ce qu'il fallait penser.
    Ce livre, sensiblement augmenté par rapport à la version parue sous le titre L'Ordre des moeurs (Kimé, 1996), révèle le rôle crucial joué par les disputes sur la nature des moeurs dans le phénomène des Lumières. Il constitue aussi une contribution importante au débat actuel sur la formation des individus et de l'opinion publique.

  • Cet ouvrage, conçu comme une introduction, propose une définition des Lumières à partir d'une enquête sur la réalité du phénomène et sur ses caractéristiques. De l'Encyclopédie à l'Histoire des deux Indes, en passant par l'invention du genre sérieux et le renouveau du conte, on constate que le désir de " changer la façon commune de penser " se manifeste de multiples façons. Contre toute attente, entre ironie jubilatoire et mots d'ordre réformateurs, les priorités constitutives des Lumières paraissent aujourd'hui aussi importantes pour envisager l'avenir que pour comprendre les siècles passés.

  • Nouvelle édition revue et augmentée. Les fictions pensent-elles ? On ne se lasse pas de le dire : l'homme est un animal fabulateur, un producteur de fictions. Notre besoin de fiction est même impossible à rassasier. Mais le clivage traditionnel entre réalité et fiction occulte certaines des motivations de ce besoin et le mode d'existence des univers fictionnels. Face à ce constat, Franck Salau n propose une réflexion sur les différentes façons de recourir à la fiction. Il nous invite, en outre, à envisager la littérature comme un espace de pensée, et les oeuvres comme des systèmes signifiants dont le fin mot n'appartient ni à l'auteur ni au lecteur. Il ne s'agit pas, dans cet essai, de fournir une théorie clés en main de la fiction, mais d'interroger la façon dont les textes pensent pas seulement à quoi ils pensent, et dans quels buts, mais comment ils pensent. C'est aussi l'occasion de préciser et d'illustrer le concept de « fiction pensante ». L'entreprise peut dérouter, il n'est donc pas superflu de cartographier la région à explorer, en signalant au promeneur quelques sites intéressants, et aux autres orpailleurs les cours d'eau et les sables aurifères.

  • Des articles rédigés pour l'Encyclopédie aux conseils adressés à Catherine II, en passant par les digressions, les anecdotes, les fables, les contes et les images soigneusement choisies, comme celle de Polyphème mangeant les compagnons d'Ulysse, Diderot a multiplié les modes d'intervention politique. On peut même considérer que sa pensée politique s'est élaborée dans et par ces formes, et qu'elle est indissociable d'une réflexion sur les conditions concrètes de la communication. Par conséquent, le reproche qui lui a souvent été adressé de ne pas avoir laissé de traité comparable au Contrat social de Rousseau repose sur un profond malentendu. A-t-on cherché à comprendre sa conception du rapport entre discours et société ? C'est précisément l'objet du présent volume, qui, en explorant à la fois la poétique de Diderot et ses thèses sur l'histoire des sociétés, la vie de la cité et le pouvoir légitime, exhibe la richesse d'une pensée politique non dogmatique.

  • Diderot, qui n'a cessé de s'interroger sur la nature des événements et sur les limites du langage, a fini par produire une philosophie des singularités dans laquelle la question du moi occupe une place importante.
    Cette aventure intellectuelle et artistique constitue l'objet du présent essai. Trois questions l'organisent : Comment dire les singularités ? Qu'est-ce que le moi selon Diderot ? Quel rôle jouent les fictions et la création littéraire dans cette exploration du monde humain ? On découvre ainsi un penseur attentif à la variété des expériences et soucieux de ne pas trahir le réel. Paradoxalement, cette exigence le conduit, après d'autres, à inventer des fictions d'un type particulier, comme Jacques le fataliste, Le Neveu de Rameau ou Le Rêve de D'Alembert.
    C'est précisément pour définir cette catégorie d'oeuvres que Franck Salaün a forgé le concept de fiction pensante.

  • Sur l'expérience littéraire de la pensée et le concept de fiction pensante.
    Les fictions pensent-elles ? On ne se lasse pas de le dire : l'homme est un animal fabulateur, un producteur de fictions. Notre besoin de fiction est même impossible à rassasier. Mais le clivage traditionnel entre réalité et fiction occulte certaines des motivations de ce besoin et le mode d'existence des univers fictionnels. Face à ce constat, Franck Salaün propose une re´flexion sur les différentes façons de recourir à la fiction. Il nous invite, en outre, à envisager la litte´rature comme un espace de pensée, et les oeuvres comme des systèmes signifiants dont le fin mot n'appartient ni à l'auteur ni au lecteur. Il ne s'agit pas, dans cet essai, de fournir une the´orie cle´s en main de la fiction, mais d'interroger la façon dont les textes pensent - pas seulement àquoi ils pensent, et dans quels buts, mais comment ils pensent. C'est aussi l'occasion de préciser et d'illustrer le concept de "fiction pensante". L'entreprise peut dérouter, il n'est donc pas superflu de cartographier la re´gion à explorer, en signalant au promeneur quelques sites inte´ressants, et aux autres orpailleurs les cours d'eau et les sables aurifères.

  • Le « marivaudage » : dans les lettres françaises, Marivaux est l'un des rares auteurs dont le nom ait donné naissance à une notion, synonyme de raffinement psychologique, de divertissement spirituel, de fantaisie légère et de dialogue subtil.
    Ce succès lui fait tort. Loin de se réduire à cela, l'oeuvre de Marivaux, par-delà la comédie, embrasse le journalisme, le roman, la tragédie, l'essai, et, au milieu de ce foisonnement, manifeste une hardiesse parfois très subversive dans l'exploration des formes comme dans la formulation des idées.
    Tous ces aspects font l'objet de cet ouvrage ; de leur richesse complémentaire naît une vision renouvelée de l'art et de la pensée de Marivaux, dont l'oeuvre fut l'une des plus denses et des plus originales du XVIIIe siècle.

  • La relation agitée mais permanente entre ces deux auteurs hors du commun constitue probablement le plus fécond échange de pensée que connaisse l'histoire de notre littérature. Dans tous les domaines chacune des oeuvres de l'un est intimement travaillée par la pensée et les ouvrages de l'autre. Présence indirecte, inavouée, enfouie, parfois niée, moquée, mais pourtant bien réelle. Au fil des analyses, menées par des spécialistes reconnus des deux auteurs, on découvre à quel point cette relation fut créatrice dans leur
    recherche de la vérité. Et peu à peu, les argumentaires de Rousseau et de
    Diderot semblent se rejoindre dans "une connaissance amère du monde".

  • On l'oublie trop souvent, l'ambition de Beaumarchais en écrivant pour le théâtre n'était pas d'être le continuateur de Molière, mais bien d'être l'auteur grâce auquel le genre sérieux allait s'imposer. Après l'échec de ses premiers drames, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, il s'est illustré dans le genre comique en ressuscitant Rabelais et la franche gaieté, cette gaieté que les règles et la sacro-sainte décence avaient, selon lui, fait disparaître. Il s'est piqué au jeu, au point de subvertir le genre. Dans Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro on le sent qui jubile. Aux représentants de l'orthodoxie théâtrale et du bon goût il adresse même cet avertissement : « n'espérez pas asservir dans ses jeux mon esprit à la règle : il est incorrigible. » Faire rire d'accord, mais sans se soumettre aux règles, et pour mieux faire pleurer ensuite avec La Mère coupable, son ultime pièce, dans laquelle il reprend, en régime sérieux, tous ses thèmes de prédilection. La trilogie espagnole a ainsi pris forme sous le signe de la revanche positive.

  • Hume. l'identite personnelle

    Franck Salaün

    • Puf
    • 16 Septembre 2003

    La collection "Philosophies" dirigée par Ali Benmakhlouf, Jean-Pierre Lefebvre, maître de conférences à l'École normale supérieure, Yves Vargas, professeur au Lycée d'Arras et Pierre-François Moreau, professeur à l'École normale supérieure de Fontenay St-Cloud, se propose d'élargir le domaine des textes et des questions philosophiques pour en ouvrir l'accès à un public plus large. Chaque volume facilite la lecture d'une oeuvre ou la découverte d'un thème par une présentation appropriée au matériau philosophique.

  • Qui parle dans les textes et de quel droit ? D'où le texte tire-t-il son degré d'autorité ? Les pensées qui se forment et se manifestent dans les textes leur confèrent-elles une dignité ? Quel degré d'autorité peut-on reconnaître aux fictions ?
    Ces questions se posent avec une extrême acuité au XVIIIe siècle, au moment où les discours se spécialisant, on voit la littérature émerger des Belles-Lettres. Il ne s'agit pas d'une tendance marginale, mais d'une mutation profonde. À bien des égards, le processus des Lumières réfléchit et accroit une crise des autorités traditionnelles. Partout se pose alors le problème du statut des textes et de la légitimité des auteurs. Les écrits de cette époque constituent donc un corpus privilégié pour étudier le statut des énoncés et des oeuvres, en fonction de leur degré de vérité et des genres dont ils relèvent. À partir de cette masse d'informations, on peut aussi chercher à comprendre comment les textes pensent et de quelles façons les idées circulent. C'est l'objet de ce livre.
    Du phénomène matérialiste aux conceptions de la fiction, en passant par les expériences originales de Marivaux et de Prévost, les études réunies ici proposent à la fois une enquête sur le processus des Lumières, et une réflexion sur l'écriture des idées ou les formes-pensantes.

  • Fruit d'une longue maturation, Le Neveu de Rameau, dont le véritable titre est Satire seconde, est une méditation tonitruante sur l'art et la morale. En choisissant de placer un musicien sans le sou (le Neveu de Rameau) au centre de son dialogue, Diderot semble avoir voulu réunir dans une même figure la sensibilité artistique et l'abjection consentie. De plus, le talent de pantomime qu'il prête à son personnage autorise un glissement du sens propre au sens figuré, car les corps expriment aussi les rapports sociaux : de l'indigent au roi, en passant par les petits abbés, les financiers et les courtisanes, chacun danse "la pantomime des gueux".
    C'est justement parce que les corps expriment la condition des individus que le théâtre et la musique, définis comme des imitations, doivent privilégier la gestuelle et les accents. Tout est lié aux yeux du philosophe. Si la musique et l'art de la pantomime sont omniprésents dans ce texte, cela n'est pas sans rapport avec les importantes mutations que connaissent les arts de la scène dans la seconde partie du XVIIIe siècle.
    Le dialogue de Diderot y fait écho de diverses manières. Pour apprécier toute la richesse de cette oeuvre, il faut donc se tourner vers l'histoire totale des pratiques scéniques, celles des comédiens, des chanteurs et des danseurs.

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